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Face au racisme, trois candidats aux élections municipales détaillent leur stratégie

Trois candidats non-blancs aux élections municipales de Strasbourg ont été ciblés par des messages racistes sur les réseaux sociaux. Des attaques qu’ils déplorent mais qu’ils estiment largement circonscrites à ces plateformes.

Élections municipales 2026

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Face au racisme, trois candidats aux élections municipales détaillent leur stratégie
Fahad Raja Muhammad du Mouvement Populaire Indépendant, Mohamed Sylla d’Utiles et Cem Yoldas de Strasbourg c’est nous ! ont été ciblés par des commentaires racistes sur les réseaux sociaux.

« Je ne vais pas perdre du temps avec ça », explique Fahad Raja Muhammad. À 21 ans, le candidat aux élections municipales de Strasbourg mène une campagne intense sur les réseaux sociaux. Et sous chacune de ses publications, des commentaires racistes apparaissent.

« C’est systématique, je les supprime même pas, reconnaît-il. Il n’y a jamais aucune critique sur mon programme, mes idées… Ce qui les dérange, c’est ma barbe. » Des commentaires lourds de sous-entendus ont commencé à être publiés dès sa déclaration de candidature, sous un post relayant l’article d’Actu Strasbourg daté du 8 octobre. Le post et ses commentaires malveillants sont toujours visibles. Ce n’est pas le cas des posts relayant les candidatures de Mohamed Sylla et Cem Yoldas, autres candidats non-blancs engagés dans les élections municipales strasbourgeoises, sur Actu Strasbourg. Ils ont été supprimés, face au nombre de commentaires racistes qu’ils avaient générés…

« C’est vrai que c’est désolant », soupire Cem Yoldas. À 29 ans, le candidat en tête de la liste « Strasbourg c’est nous », soutenue par le NPA et D’ailleurs nous sommes d’ici, précise :

« Actu.fr a supprimé la publication trois – quatre jours après sa mise en ligne. Le préjudice de publicité n’est pas si grand, ça aurait été différent si la suppression était intervenue après trois – quatre heures… »

« J’essaie de comprendre… »

« J’ai été choqué qu’autant de gens puissent exprimer des insultes racistes sans gêne », analyse Mohamed Sylla de son côté. Tête d’une liste soutenue par Utiles, le candidat de 45 ans, né en Guinée et arrivé en France à 17 ans, n’avait pas été confronté au racisme avant sa déclaration de candidature :

« En tant que cadre pour un syndicat (il est secrétaire général de l’Unsa du Bas-Rhin, NDLR), je rencontre beaucoup de monde, ça ne m’est jamais arrivé. Même des gens dont je sais qu’ils votent à l’extrême droite n’ont jamais eu ce genre de propos à mon encontre. Mais sur Facebook, j’ai eu deux articles sur moi et les deux publications ont dû être supprimées… À un moment je me dis que ce n’est pas normal. »

Alors que faire ? Porter plainte ? Faire des signalements à Pharos ? Les trois candidats estiment qu’ils ont autre chose à faire. Cem Yoldas détaille :

« Porter plainte, c’est long et coûteux. J’aurai dû avancer l’argent pour l’avocat, des captures d’écran authentifiées et le temps que la procédure aboutisse, la campagne sera terminée. Je préfère garder cet argent pour faire campagne. »

Pas de plainte

Mohamed Sylla non plus n’a pas porté plainte :

« Je suis allé voir les profils de ceux qui m’insultaient… Qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils partagent ? Comment en sont-ils arrivés à exprimer autant de haine ? Je suis dans l’apaisement, c’est ma ligne personnelle et professionnelle depuis de nombreuses années… J’ai essayé de discuter, de répondre… Il y a beaucoup de faux profils mais certains existent, affichent des vies normales avec des amis, etc. »

Fahad Raja Muhammad adapte sa réponse selon les cas. Quand Damien Rieu, un influenceur d’extrême droite, l’a désigné comme cible à sa horde, il ne s’est pas démonté et lui a répondu sur le ton de l’humour avec une vidéo l’invitant à Strasbourg. « Je préfère le prendre comme ça », détaille le jeune candidat :

« Je le fais aussi pour mes soutiens et toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ma candidature. Ils regardent aussi comment je réagis et je fais attention à mes répliques. Répondre à l’insulte par l’insulte est tentant mais ce serait délétère et surtout, les rageux n’attendent que ça. Et puis je n’ai pas envie d’apparaître comme une victime. Je porte un projet, des idées… C’est ça l’image que je veux donner de moi et de notre équipe. »

« Je lui ai répondu que « chez moi », c’est ici »

Mohamed Sylla, tête de liste Utiles à Strasbourg

Tous les trois assurent que ces attaques racistes n’existent que sur les réseaux sociaux. Alors qu’ils sillonnent les marchés, organisent des réunions publiques et multiplient les rencontres depuis l’automne, aucun ne déplore d’incident raciste sur le terrain. « Une femme m’a accusé d’entrisme islamiste une fois » se souvient Fahad Raja Muhammad. « J’étais avec quelques jeunes, elle m’a accusé de prosélytisme mais ça s’est arrêté bien vite ». « Sur un marché, une femme âgée m’a dit de rentrer “chez moi, qu’il n’y avait plus rien ici” », indique Mohamed Sylla :

« Alors on a parlé, je lui ai répondu que “chez moi”, c’est ici et on a discuté des services publics. À la fin, on s’est serré la main et j’ai pris un selfie tout sourire avec elle… C’est ça le truc. Si on peut parler, toute cette haine s’évapore… »

Aucun des candidats rencontrés n’entend cependant suspendre sa campagne en ligne. Tous dotés de faibles moyens financiers pour faire campagne, les réseaux sociaux forment bien souvent leurs principaux canaux de communication. Et tant pis si leur mécanique délétère permettent à certains d’exprimer des messages qui dépassent les limites de la liberté d’expression. Les propos racistes sont un délit, lorsqu’ils sont tenus de manière public, ils peuvent être punis jusqu’à un an de prison et 45 000€ d’amende.


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