Ce qu’il faut retenir de la mini-redistribution des postes d’adjoints
Politique 

Ce qu’il faut retenir de la mini-redistribution des postes d’adjoints

actualisé le 28/09/2016 à 16h12 : Pour ajouter des paragraphes d'analyse notamment sur le recul de la diversité, les coûts, le partage des compétences

Trois départs, quatre arrivées, une petite redistribution des compétences pour trois adjoints et deux conseillers municipaux… Le point sur le mini-remaniement à Strasbourg.

Le lendemain de l’élection de quatre nouveaux adjoints (pour remplacer les trois démissions du printemps) au conseil municipal, le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), a procédé à une redistribution d’une partie des postes mardi 27 septembre. Pas de grand remaniement et chambardements politiques, mais des petits détails à retenir.

Les nouveaux : qui a quoi ?

Pour commencer, voici les pouvoirs que prendront les quatre nouveaux adjoints au maire :

  • Françoise Bey, déjà adjointe entre 2008 et 2014, reprendra la compétence des droits des femmes, qu’occupait Mine Gunbay.
  • Camille Gangloff récupère la compétence de Souad El-Maysour sur les médiathèques. Un domaine auquel la lutte contre l’illettrisme est ajouté.
  • Jean-Baptiste Gernet occupera un nombre important de nouvelles délégations : les déplacements en vélo et à pied, les aménagements, les livraisons ou l’économie sociale et solidaire. En tant que conseiller eurométropolitain délégué, il s’occupait déjà des mobilités alternatives.
  • Luc Gillmann sera exclusivement adjoint du quartier Montagne Verte, Elsau, Koenigshoffen. Il habite dans le quartier contrairement à son prédécesseur Éric Elkouby. Il conserve ses anciennes compétences de conseiller municipal comme la réussite éducative.

Parmi les nouvelles figures de l’exécutif strasbourgeois, toutes au Parti socialiste : deux nouveaux élus autour de 30 ans (Camille Gangloff et Jean-Baptiste Gernet) et deux personnes présentes depuis le mandat précédent. C’est donc bien quatre adjoints qui en remplacent trois. L’opposition a regretté une décision jugée « clanique » et voudrait moins d’adjoints par soucis d’économies. À l’exception de Luc Gillmann, tous ont déjà des fonctions déléguées auprès des 28 communes de l’Eurométropole.

Des anciennes compétences réparties entre plusieurs adjoints

La droite a peut-être tapé en partie juste quand on voit que les compétences de Mine Gunbay (droit des femmes, démocratie locale et conseil des résidents étrangers) et Souad El-Maysour (médiathèques et audiovisuel), qui estimaient n’avoir pas assez de travail et de moyens d’agir sont scindées en deux (voir plus bas pour les adjoints qui gagnent des compétences).

En revanche, Éric Elkouby semblait avoir beaucoup de responsabilités pour un seul homme : la prenante thématique du commerce et du tourisme, la plus secondaire du parc naturel urbain et celle d’adjoint de quartier, en plus de ses fonctions d’élu au Département et d’assistant parlementaire. Ses anciens pouvoirs municipaux sont répartis parmi trois adjoints et une conseillère municipale.

Plus de dépenses

Côté Finances, le mini-remaniement coûtera plus cher. Deux conseillers municipaux prennent des délégations, ce qui augmente leur rémunération d’environ 400 euros mensuels bruts à 900 euros. Et il y a donc un adjoint de plus, soit 2 375 euros bruts contre 900 euros pour un conseiller municipal avec des délégations, ce qui est réservé aux domaines qui demandent moins de temps. Un message qui peut faire grincer des dents à l’heure des économies de personnel dans les services (900 départs non remplacés vers 2020).

Roland Ries a justifié sa décision par la nécessité d’avoir désormais un adjoint à plein temps sur le secteur de Koenigshoffen, ce que n’était pas Éric Elkouby. Plusieurs dossiers, dont celui du tramway où une majorité de contributeurs à la consultation ont préféré le tracé par la gare que celui proposé par la municipalité via le Faubourg national vont y émailler la vie locale jusqu’à la fin du mandat.

Roland Ries et ses adjoints dans son bureau. De gauche à droite : Paul Meyer, Patrick Roger (conseiller municipal), François Bey, Camille Gangloff, Chantal Cutajar, Roland Ries, Christel Kohler et Jean-Baptiste Gernet (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Roland Ries et une partie de ses adjoints dans son bureau. De gauche à droite : Paul Meyer, Patrick Roger (conseiller municipal), Françoise Bey, Camille Gangloff, Chantal Cutajar, Roland Ries, Christel Kohler et Jean-Baptiste Gernet. Il manque Luc Gillmann. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Montée en puissance d’élus déjà en place

À cela, trois adjoints déjà en place et deux conseillers municipaux voient leurs compétences s’élargir :

  • Chantal Cutajar, en plus des marchés public et de la déontologie s’occupera désormais de la démocratie locale ainsi que des conseils de quartiers, l’ancienne tâche de Mine Günbay et de l’aide aux victimes du terrorisme, une nouvelle compétence.
  • Christel Kohler, déjà en charge de la nature en ville s’occupera aussi du parc naturel urbain (ex-compétence d’Éric Elkouby) et de celle du cinéma et l’audiovisuel (ex-compétence de Souad El-Maysour).
  • Paul Meyer, déjà en charge du numérique, des questions d’économie sociale et du quartier gare, s’occupera de l’importante délégation du commerce et du tourisme qu’occupait Éric Elkouby.
  • Conseiller municipal, Patrick Roger, président du centre socio-culturel du Neuhof et chef d’entreprise, s’occupera des relations avec le monde économique en plus de la Mission locale pour l’emploi. Le développement économique est davantage du ressort de la métropole.
  • Conseillère municipale, Martine Jung, s’occupera spécifiquement du parc naturel urbain Ill-Bruche (voir plus bas).

Ces ajustements ne concernent aucun prétendant pressenti pour diriger la mairie après les futures élections de 2020, à savoir le premier adjoint Alain Fontanel, le député et conseiller municipal Philippe Bies ou encore le président de l’Eurométropole Robert Herrmann. Les attributions des trois hommes sont déjà nombreuses. Personne ne perd d’attribution.

La diversité recule

D’origines marocaines et turques, Souad El-Maysour et Mine Gunbay représentaient la diversité, mais surtout étaient issues du monde associatif et culturel. Les quatre nouveaux adjoints ont tous issus de la fonction publique ainsi que du monde politique et institutionnel, de même que Chantal Cutajar (maître de conférence en droit à l’université) et Christel Kohler (cadre à l’ASPA, association pour la protection de l’air) pourtant étiquetées « société civile ». La compétence du Conseil des résidents étrangers, qui appartenait à Mine Gunbay a également disparu. Le premier adjoint Alain Fontanel s’était rendu à la session de septembre.

Tous les postes d’adjoints sont pris

Le maximum de 19 adjoints thématiques, comme précédemment, est de nouveau atteint. A cela, s’ajoutent deux adjoints qui s’occupent seulement d’un quartier : Annick Neff (Neuhof) et le nouveau venu Luc Gillmann (Koenigshoffen, Elsau et Montagne Verte), ce maximum autorisé étant à six (soit 25 adjoints au total à condition que 6 adjoints de quartier n’aient pas d’autres responsabilités).

Ce remplissage n’est pas anodin pour la suite. Si le député et conseiller municipal Philippe Bies venait à ne pas être réélu en juin 2017, cela voudrait dire qu’il n’y a pas de poste d’adjoint directement disponible. On se rappelle qu’après la non-élection de Catherine Trautmann lors des élections européennes en mai 2014, Souad El-Maysour avait par exemple dû céder sa vice-présidence à l’Eurométropole pour l’ancienne maire de Strasbourg.

Peut-être est-ce au niveau des vices-présidences de l’Eurométropole qu’il faudra regarder si une porte de sortie est laissée à Philippe Bies. Le maximum de 20 postes est actuellement atteint. Mais avec l’arrivée de cinq nouvelles communes en janvier, tous les vices-présidents doivent être de nouveau réélus au début de l’année et il pourrait y avoir des changements à la marge.

Parmi les places qui intriguent le microcosme, celle de Françoise Bey, vice-présidente en charge des déchets, de nouveau adjointe au maire. La réduction des déchets et les négociations avec le groupe Séché, délégataire de l’incinérateur arrêté pour deux ans et demi est le dossier majeur de l’Eurométropole. Elle a reçu le soutien de Jeanne Barseghian (EELV) qui a pris la nouvelle délégation de la réduction et du réemploi des déchets. Pour le moment, aucun signe de changement n’a été annoncé officiellement. Françoise Bey est également élue au conseil départemental du Bas-Rhin. À moins que son fidèle soutien Mathieu Cahn, également adjoint à la Ville de Strasourg, soit prêt à lâcher sa place à ce moment-là.

La mainmise Jung/Elkouby continue à l’ouest

Christel Kohler s’occupe désormais des parcs naturels urbains partout sauf… dans l’ouest de Strasbourg. Conseillère municipale et conseillère départementale, Martine Jung épouse de l’ex-député Armand Jung s’occupera du parc naturel urbain sur le secteur Ill-Bruche. Roland Ries a expliqué que l’idée d’un parc dans ce secteur « pour protéger le quartier de l’urbanisation » était une idée du couple Jung dès la fin des années 2000. Une « protection » qui va continuer à l’heure où tous les quartiers construisent de nouveaux logements. Martine Jung est également élue au Département sur ce territoire avec Éric Elkouby, ancien adjoint de quartier devenu député d’une circonscription qui englobe ce secteur.

Rien pour les écolos

En mai, les écologistes se disaient « intéressés » par les compétences à reprendre à la mairie, où ils sont alliés avec le PS. Paient-ils leur non-soutien au PS lors de l’élection partielle en mai ? Le lien est difficile à établir : tous les élus démissionnaires étaient issus de la liste PS de 2014 et non celle des écologistes. Néanmoins, de nouvelles compétences sont créées et EELV n’en bénéficie pas, ce qui peut contribuer à marginaliser le parti dans les décisions.

Les soutiens de Roland Ries prennent des responsabilités

Roland Ries a insisté sur le fait qu’il lui fallait une équipe de « confiance » et de gens « prêts à travailler ». On y retrouvera Jean-Baptiste Gernet, son ancien attaché parlementaire et Paul Meyer, promu de conseiller municipal à adjoint en 2014, un autre jeune soutien loyal du maire. L’adjoint du quartier gare aura désormais deux élus en lien avec ses différentes thématiques : son ami Jean-Baptiste Gernet et Jean-Jacques Gsell, élu depuis 1983 et président de l’office du tourisme.

Christel Kohler et Chantal Cutajar (ancienne adjointe de droite puis candidate Modem à la mairie en 2008), toutes deux non-membre du PS sont arrivées à des responsabilités politiques locales grâce à Roland Ries ou ses proches, en se retrouvant sur liste PS en 2014.

Parmi les autres élus qui prennent du galon, Françoise Bey, Patrick Roger et Luc Gillmann sont plus difficiles à classer au sein de la politique strasbourgeois. Camille Gangloff est, elle, membre du bureau du parti socialiste du Bas-Rhin, dans lequel Mathieu Cahn, Philippe Bies ou Pernelle Richardot sont très investis. Ses marges de manœuvre risquent d’être limitées car les médiathèques sont davantage du ressort de la métropole et la politique se construit en lien avec celle de la Culture, un portefeuille que contrôle le premier adjoint Alain Fontanel.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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