Enquêtes et informations locales
Enquêtes et informations locales
Réforme des retraites : « Je n’ai jamais vu une manifestation sociale aussi grande à Strasbourg »
Société 

Réforme des retraites : « Je n’ai jamais vu une manifestation sociale aussi grande à Strasbourg »

par Thibault Vetter, Eva Chibane et Roni Gocer.
Publié le 19 janvier 2023.
Imprimé le 28 janvier 2023 à 10:21
7 544 visites. 13 commentaires.

Les syndicats bas-rhinois se félicitent d’une mobilisation historique ce jeudi 19 janvier. Avec environ 18 000 manifestants, le nombre d’opposants dans la rue a quasiment doublé par rapport à la première tentative d’Emmanuel Macron de réformer le système des retraites en 2019.

Ce jeudi 19 janvier, la neige tombe doucement à Strasbourg. Mais il en faut plus pour refroidir les opposants à la réforme des retraites. Il est 13h45. Les manifestants commencent à arriver place de l’Étoile. Ils sont emmitouflés dans des vêtements chauds. Certains brandissent fièrement des pancartes et des drapeaux, les doigts rougis par le froid. Quelques minutes plus tard, la place est noire de monde. Le brouhaha ambiant fait monter le ton de toutes les personnes présentes. Les manifestants trépignent d’impatience. Serrés les uns contre les autres, ils n’attendent qu’une chose : que le cortège s’élance pour défiler dans les rues. « Bon allez on y va maintenant ! », hurle un manifestant arborant les couleurs CFDT.

« C’est du jamais-vu ! » « T’en vois le bout toi ? »

Pour les derniers manifestants du cortège, il faudra attendre plus d’une heure pour décoller, car la foule est immense. « C’est du jamais-vu ! » « T’en vois le bout toi ? » Les commentaires fusent. Les visages rayonnent. Le mouvement social commence fort. Les manifestants remplissent les rues de Strasbourg en entonnant des chants anticapitalistes. Ils se dirigent vers la place Kléber, passant par la place Broglie, où le cortège s’arrête un moment pour attendre les derniers.

Lorsque la tête de cortège atteignait l’église saint-Paul, les derniers manifestants n’avaient pas encore quitté la place de l’Étoile. (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Le sol vibre alors que la tête de cortège tape des pieds et des mains en chantant, libérant des fumigènes de toutes les couleurs dans un mélange d’excitation et de colère. Dans la foule, certains scandent « grève, blocage, manif sauvage. » C’est ce que feront un petit millier de personnes, vers 16h15, en se dirigeant vers l’université. Un cortège sauvage qui s’est vite dispersé. Seule une partie est entrée dans le Patio pour une assemblée générale sur les coups de 17h.

Près de 18 000 manifestants selon nos estimations

Selon la préfecture du Bas-Rhin, 10 500 personnes ont manifesté à Strasbourg ce jeudi 19 janvier. Notre journaliste sur place a fait une estimation de 18 000 manifestants. En utilisant l’application mapchecking.com, on obtient une estimation de 20 000 manifestants. Une évaluation basée sur le nombre d’individus présents par mètre carré (que nous avons estimé en comparant les photographies de l’événement) rapporté à la surface totale qu’ils couvrent. En effet, lorsque la tête du cortège atteignait l’église réformée Saint-Paul en milieu d’après-midi, l’arrière du cortège n’avait pas quitté la place de l’Étoile. La manifestation mesurait alors plus d’1,7 kilomètre de long.

Avec une estimation de 10 500 personnes, la préfecture a sans doute sous-estimé la participation à la mobilisation contre la réforme des retraites à Strasbourg. (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Si l’on compare l’ampleur de cette première journée de lutte aux derniers conflits sociaux, la mobilisation contre la réforme des retraites est prometteuse. Même en mêlant les sources policières et syndicales, les chiffres restent flatteurs pour les opposants au projet d’Élisabeth Borne. Ainsi, la première manifestation contre la loi travail de la ministre Myryam El-Khomri, le 9 mars 2016, avait réuni un nombre de participants estimé à l’époque entre 5 000 et 7 000. Un an plus tard, lors de la première journée de mobilisation contre la loi travail II, le 12 septembre 2017, le chiffre oscillait entre 2 600 (police) et 3 200 personnes (CGT).

Concernant la précédente mobilisation contre la réforme des retraites, le 5 décembre 2019, l’affluence était aussi plus basse, entre 9 000 manifestants selon la police et 12 000 personnes d’après les syndicats. Avec 18 000 manifestants selon nos estimations, le nombre d’opposants au second projet de réforme des retraites d’Emmanuel Macron a presque doublé en comparaison avec la manifestation de décembre 2019.

Made with Flourish

« Nous envoyons un signal puissant au gouvernement »

« Je n’ai jamais vu une manifestation sociale aussi grande à Strasbourg », estime Laurent Feisthauer. Le secrétaire départemental de la CGT est ému :

“C’est historique. La lutte contre la réforme des retraites commence très fort, car les gens la rejettent massivement. Il va falloir continuer et nous sommes déterminés à faire reculer le gouvernement.”

“C’est historique. La lutte contre la réforme des retraites commence très fort, car les gens la rejettent massivement », selon Laurent Feisthauer, secrétaire départemental de la CGT.

Malgré des mobilisations massives dans toute la France, depuis Barcelone, Emmanuel Macron a déclaré que l’exécutif « poursuivra sa réforme avec détermination ». Éric Borzic, secrétaire départemental du syndicat Force Ouvrière, s’attendait à ce type de communication du gouvernement :

« Aujourd’hui, nous envoyons un signal puissant avec une mobilisation énorme dans toute la France. Emmanuel Macron peut reculer, mais il va falloir peser sur l’économie. La semaine qui vient, nous allons nous organiser pour toucher le plus d’entreprises possibles en Alsace. Nous demanderons à nos élus d’organiser des assemblées générales partout. Notre mission maintenant, c’est d’élargir le mouvement de grève. Les patrons, s’ils sont sous pression, finiront par demander au gouvernement de changer de braquet. »

« Retraites : pas un jour de plus, pas un euro de moins. »

Rien que le cortège Force Ouvrière comptait 2 500 à 3 000 personnes d’après Éric Borzic. « D’habitude on est plutôt à 1 000 pour les grosses manifestation », indique t-il. Même son de cloche du côté de l’Unsa. « Il y avait les collègues des secteurs de la santé, de l’éducation, du ferroviaire, du transport… C’était massif », expose Éric Vautherot, de l’Unsa CTS. Il rappelle qu’un préavis de grève illimité a été déposé à la Compagnie des transports strasbourgeois :

« Les collègues sont motivés, et nous saurons nous mobiliser pour des grèves impactantes à Strasbourg s’il le faut. Tout dépendra de la suite de la stratégie de l’intersyndicale au niveau national, mais nous nous tenons prêts. »

Une banderole appelant à la grève générale a été accrochée sur un pont à côté de la place de l’Étoile quelques jours plus tôt. (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Une réunion entre tous les syndicats qui ont participé à la manifestation aura lieu dès vendredi 20 janvier à 9h30 pour faire le bilan de la mobilisation strasbourgeoise et préparer la suite. Les syndicats locaux projettent des grèves impactantes pour les usagers et les entreprises dans l’objectif de créer un réel rapport de force avec le gouvernement.

ÉCOUTER L'ARTICLE
Article actualisé le 20/01/2023 à 14h28
ÉCOUTER L'ARTICLE
L'AUTEUR
Thibault Vetter, Eva Chibane et Roni Gocer

En BREF

À Hautepierre, concertation lancée pour un nouveau pont sur la M351

par Loris Rinaldi et Pierre France. 7 014 visites. 3 commentaires.

Maison d’arrêt de Strasbourg : un détenu succombe à ses brûlures après un feu survenu dans une cellule

par Loris Rinaldi. 650 visites. 3 commentaires.

Un festival de banalités pour transformer le Marché de Noël

par Eva Chibane. 3 773 visites. 4 commentaires.
×