Vers une rentrée universitaire sur le campus pour les nouveaux arrivants et à distance pour les autres
Société 

Vers une rentrée universitaire sur le campus pour les nouveaux arrivants et à distance pour les autres

actualisé le 14/06/2020 à 12h14

En septembre, les étudiants en première année de l’Université de Strasbourg devraient pouvoir suivre leurs cours sur le campus. Les autres vont probablement devoir assister à une partie des enseignements par visio-conférence.

Enseignements à distance ou en « présentiel » ? Pour les professeurs et les 50 000 étudiants de l’Université de Strasbourg, les contours de la rentrée de septembre restent imprécis. Une situation qui inquiète le personnel universitaire, les professeurs et les étudiants.

L’Université de Strasbourg (Unistra) souhaite privilégier un accueil « physique » pour les nouveaux étudiants. En particulier pour les premières années et les étudiants étrangers, mais aussi les étudiants qui débutent en Master, la quatrième année du cycle d’études. Dans les bâtiments, des sens de circulation seront mis en place.

Pour les autres étudiants, l’Université souhaite effectuer les présentations des cours et des filières à distance. Cela se déroulera donc par visioconférence ou autres moyens de communication (e-mails, tchat…), tout comme les procédures administratives.

L’Unistra souhaite néanmoins maintenir ouvert son « guichet multiservices« , situé sur le Campus de l’Esplanade. Il permet aux étudiants lors des premières semaines de la rentrée, de régler les formalités de transports, de sécurité sociale ou de logement… Mais les animations telles le « village solidaire », le « village des services » ou le « village des associations« , seront organisés sous une « forme numérique » (qui reste à définir), ou reportés plus tard dans l’année.

Des consignes encore floues qui dépendent du ministère

Le vendredi 5 juin, Benoît Tock, vice-président Formation de l’Unstra évoquait dans le journal interne de l’université :

« Sauf contre-ordre ministériel, nous ouvrirons comme prévu le 1er septembre, et nous accueillerons nos étudiants dans les amphithéâtres et les salles de travaux dirigés et travaux pratiques, en prenant en compte toutes les consignes sanitaires nécessaires. Les enseignements auront lieu dans la mesure du possible en présentiel. Mais aussi et autant qu’il le faudra, à distance. Ce sont les composantes qui organiseront l’équilibre entre présentiel et distanciel. »

Certains événements de la rentrée universitaire seront probablement annulés comme les cérémonies ou le traditionnel « barbecue » de rentrée.

Si beaucoup de points restent à définir, c’est parce que l’Université attend des consignes du ministère de l’Enseignement supérieur. Le mercredi 20 mai, la ministre Frédérique Vidal est restée assez évasive sur France Inter : « la date de rentrée ne sera pas modifiée pour l’enseignement supérieur et se fera bien comme d’habitude au mois de septembre, si les conditions sanitaires le permettent. ». Elle a ajouté que « pour éviter qu’il y ait des amphis bondés à la rentrée, les enseignants pourront proposer qu’une partie des cours soit dématérialisée. »

Une organisation difficile

Ces approximations gouvernementales agacent Julien Gossa, enseignant en informatique et membre du conseil d’administration de l’Université pour la liste opposante « Alternatives » :

« On ne saura pas les modalités de rentrée avant septembre. On ne sait pas quelle sera la situation sanitaire cet été, s’il y aura une deuxième vague ou non… La seule manière de prévoir est donc de se dire que la rentrée et les cours se feront à distance. »

Les professeurs réfléchissent déjà à quelques possibilités, comme avoir moins de 60 personnes pour les cours magistraux dans les amphithéâtres, limiter à un étudiant par table… Mais pour Julien Gossa cela conduit à « diviser le nombre d’étudiants par deux ou trois dans les salles et donc à multiplier les profs par trois, ainsi que le nombre de salles… » Des mesures difficilement réalisables.

Les composantes chargées de s’adapter

Chaque composante est libre de choisir si elle accueille les étudiants ou non, notamment pour les cours en amphithéâtre. L’Unistra en compte 35 composantes, dont certaines accueillent plus de 700 étudiants en première année.

C’est notamment le cas de faculté de Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Chaque année, elle accepte 740 étudiants en première année. Dans cette filière, les cours magistraux pourraient se faire à distance. Les cours d’APS (activités physique et sportives) devraient cependant être maintenus en présentiel, repensés et adaptés sans contact. Les sports collectifs par exemple pourraient être remplacés par d’autres activités.

Les cours à distance au coeur du débat

Pour les travaux dirigés (TD), aucune décision n’est encore prise. Michel Koebel, qui enseigne la sociologie en STAPS, craint qu’ils soient également tous organisés à distance. Si c’est le cas, il redoute une augmentation des inégalités entre les étudiants ayant accès à un ordinateur et une bonne connexion internet et les autres. Il craint aussi que de nouvelles inégalités culturelles se créent, entre les étudiants déjà très autonomes et ceux ayant plus de difficultés :

« À la faculté, j’organisais déja des cours à distance avant le coronavirus, mais uniquement aux deuxièmes années de Master, ils maîtrisent les logiciels et ont derrière eux 4 ans d’apprentissage… »

Il redoute que cette pratique à distance se généralise :

« L’argument que s’il a été possible de faire cours à distance pendant deux mois, on pourrait le faire toute l’année m’inquiète. Je ne suis pas contre les innovations pédagogiques, mais si on supprime le présentiel on perd le lien avec les étudiants… Les échanges ou l’encadrement sont essentiels. »

En IUT, un système hybride entre présentiel et visioconférence

Philippe Viallon, professeur à l’IUT en Information-Communication est lui, plus optimiste. Pour les cours en amphithéâtre avec une centaine d’étudiants, les élèves seront divisés en 3 groupes. Un groupe suivra le cours en présentiel avec le professeur dans l’amphithéâtre. Le deuxième, sera installé en visioconférence dans une autre salle. Le dernier, lui, visionnera le cours depuis chez lui. Et à chaque séance, les groupes s’interchangeront.

Pour les travaux dirigés (TD) et travaux pratiques (TP), les 30 élèves seront également divisés en 3 classes. Les professeurs eux, comme Philippe Vaillon, seront contraints de refaire leurs séances :

« Les échanges avec les enseignants sont essentiels. Donc si on doit répéter trois fois nos cours, on le fera. À situation exceptionnelle comportement exceptionnel ! »

Pour ne pas manquer de salles, des cours pourront avoir lieu après 17h30. Même si cela n’est pas idéal pour l’apprentissage : « le plus important est de garder le contact humain », estime Philippe Viallon.

L’inquiétude des étudiants et syndicats

Du côté des étudiants, l’inquiétude augmente semaines après semaines. En souhaitant garder l’anonymat, un membre du syndicat Solidaires étudiant-e-s Alsace, qui n’a pas d’élu à Strasbourg, regrette le manque d’informations dont il dispose :

« On ne se rend pas compte de l’angoisse que cette absence d’informations génère ! On a reçu beaucoup de messages de demandes par rapport à la rentrée. On n’a pu que répondre qu’on n’en savait pas plus qu’eux ! Pour ceux qui ont perdu leur emploi, ou en situation de pauvreté, ne rien savoir ne leur permet pas d’anticiper la rentrée dans de bonnes conditions. »

Ce syndicat s’oppose à la reprise des cours en distanciel, qui ne ferait qu’accroître les inégalités sociales :

« Tous les étudiants ne vivent pas dans un cadre sain et propice à la réussite scolaire. Certains, vivent dans des logements petits ou insalubres, d’autres vivent avec leur famille… Et tous n’ont pas accès un ordinateur ou à une bonne connexion internet. »

Le Syndicat de l’Union Nationale Universitaire (UNI) de Strasbourg, présent au conseil d’administration de l’université, est lui, au contraire, plutôt favorable aux cours magistraux à distance. Mais sous certaines conditions explique son président François Blumenroeder :

« Il faut que l’Université soit prête, et mette les moyens pour permettre à la fois aux professeurs d’être formés, et aux étudiants d’être équipés. »

Ce qui n’a pas été le cas durant le confinement.

L'AUTEUR
Clara Monnoyeur
Étudiante en journalisme. En stage à Rue89 Strasbourg.

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