Richert / Masseret : ce qu’ils ont fait de différent
Politique 

Richert / Masseret : ce qu’ils ont fait de différent

actualisé le 06/11/2015 à 13h44

Philippe Richert (à g.) et Jean-Pierre Masseret (à d.) présidents de l'Alsace et de la Lorraine et adversaires pour les régionales. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Philippe Richert (à g.) et Jean-Pierre Masseret (à d.) présidents de l’Alsace et de la Lorraine et adversaires pour les régionales. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les élections régionales de décembre en Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne (ALCA) opposent deux présidents de région en exercice : Jean-Pierre Masseret (PS) et Philippe Richert (« Les Républicains »). L’occasion, unique, de se demander quelles décisions différentes ont été prises en Lorraine et en Alsace au même moment.

D’habitude lors d’élections, le candidat sortant dit « tout ce que j’ai fait est génial » et les opposants répondent que « tout a été nul » ou à la rigueur losqu’il y a consensus, « oui mais ça a coûté cher ». Avec le regroupement des régions Alsace, Lorraine et Champagne – Ardennes (ALCA), deux présidents de région en exercice vont s’opposer lors des élections de décembre : Jean-Pierre Masseret (PS) en Lorraine et Philippe Richert (« Les Républicains) en Alsace. Qu’ont-ils fait de différent ? Rue89 Strasbourg passe à la loupe les choix des deux candidats.

Les compétences des régions concernent principalement les transports, les lycées, le développement économique, la formation et à partir de septembre 2017 les transports scolaires, sauf délégation aux départements. Les politiques actuellement en place devront être harmonisées lors de la fusion des collectivités dès le 1er janvier 2016, ce qui nécessitera probablement quelques années.

1. Le TER, des tarifs sociaux en Lorraine

La comparaison des systèmes de trains-express régionaux (TER) est périlleuse, car les offres et abonnements sont très différents. De plus, le territoire de la Lorraine est plus étendu et avec plus de distances entre le gares, ce qui rend plus complexe l’élaboration d’un service compétitif qu’en Alsace. On compte néanmoins 65 000 voyageurs par jour en Lorraine, contre 80 000 en Alsace. Les deux régions sont les plus ponctuelles de France. La Champagne-Ardenne, elle, se classe troisième.

La Région Lorraine prend en charge 76% des dépenses de fonctionnement du réseau, contre 66% en Alsace. Cette différence ne se répercute que très marginalement sur le prix du billet. Le prix moyen (tous types d’offres confondus) est de 0,71 centimes par kilomètre par voyage en Lorraine contre 0,76 en Alsace.

Comparaison des systèmes de TER


Un choix très différent est en revanche celui du type de tarification. En Lorraine, les personnes les plus modestes (demandeurs d’emploi, invalides, titulaires du RSA, etc.) bénéficient de 75% de réduction sur le tarif normal, valable pour un aller/retour en Lorraine par jour. Le billet pour se rendre à un entretien d’embauche dans la région est intégralement pris en charge avec Pôle Emploi.

L’Alsace connaît de multiples offres en fonction de l’âge ou du type de voyage (domicile-travail, domicile-études…), mais pas selon les ressources. On notera que la SNCF a réalisé un meilleur résultat net en Lorraine (5 millions d’euros), qu’en Alsace (3 millions d’euros) en 2014.

Les grands projet de la Région Alsace ont été la mise au norme de gares pour personnes handicapées, la réouverture de la ligne franco-allemande Mulhouse-Mülheim, le calculateur de trajet Vialsace, la construction d’un atelier de maintenance à Mulhouse ou la commande des nouveaux trains Regiolis, plus grands, mais qui ne permettent plus d’emmener son vélo. Les deux régions ont transformé certains trajets en lignes par autocars, mais de manière plus rapide en Alsace.

2. Une aide aux livres scolaires plus conditionnée en Alsace

C’est l’une des différences les plus claires. Le choix est inverse de celui de la tarification des trains. La gauche en Lorraine a choisi d’aider indistinctement toutes les familles à l’achat des livres pour leurs enfants lycéens en Lorraine. Elle s’échelonne de 40€ (pour les troisième années de CAP) à 100€ (pour tous les élèves de seconde).

En Alsace, ce soutien régional est limité à l’ensemble des lycéens de l’enseignement général, technologique et professionnel, dont les familles sont non-imposables ou payent moins de 1 000€ d’impôts nets avant corrections. Le montant de la prime de rentrée est de 100 € pour les élèves de l’enseignement général et technologique et de 70 € si l’élève est dans une filière professionnelle. On compte environ 18 000 bénéficiaires par an.

3. Santé : la prévention en Lorraine, la formation en Alsace

La Lorraine (tout comme la Champagne-Ardenne) a choisi de financer des actions de santé, une prérogative qui n’est que secondaire dans les compétences des régions. La Région Lorraine accompagne quelques actions de prévention avec des associations. Elle propose aussi une aide de 70€ pour l’acquisition d’une mutuelle pour les étudiants boursiers, dans la limite des 1 000 premières inscriptions. En Alsace, s’il n’y a pas de ligne budgétaire consacrée à la santé, la Région a choisi de soutenir la recherche médicale et d’intervenir dans le domaine scientifique. Le plus important d’entre eux est celui de l’Institut de chirurgie guidée par l’image de Strasbourg pour 10 millions d’euros en 2012.

La Lorraine a aussi participé au financement de maisons de santé, c’est-à-dire des infrastructures où plusieurs médecins libéraux se regroupent pour limiter les frais et les tâches administratives, souvent dans des territoires ruraux qui manquent de praticiens. Au niveau national, le PS a fait de ces projets l’un de ses axes de campagnes des régionales. Mais l’Alsace a choisi de ne pas investir dans de tels établissement, contrairement à la Ville et l’Eurométropole dans certains quartiers périphériques de Strasbourg, car la région ne connaît pas de « désert médical » si marqué, bien que certains secteurs du nord-ouest et du sud ouest de l’Alsace connaissent des difficultés.

4. Des aides aux apprentis

En Lorraine, une aide à l’achat du premier matériel pour 6 700 apprentis, entre 60 et 200€. Pour les plus démunis, la prise en charge de l’hébergement est totale. Cela a concerné 10 apprentis en 2014. En Alsace, l’aide s’échelonne entre 50 et 450 euros. Les aides directes en termes de transport, hébergement et restauration – versées aux Centres de formation des apprentis qui les reversent ensuite aux élèves – sont plus élevées en Lorraine (5,7 millions de budget contre 2,65 millions d’euros) pour un nombre d’apprentis similaire (14 921 en Lorraine), mais plus fort en proportion en Alsace (14 790 en 2014). L’Alsace soutient également les apprentis les plus défavorisés. Les deux régions aident aussi en cas d’expérience à l’étranger.

5. Des cartes pour les jeunes : le Multipass et Vitaculture

La Lorraine a choisi de regrouper plusieurs services sur la carte Multipass + (16-25 ans). Cette carte permet d’avoir son abonnement de transports Metrolor, mais aussi une réduction de 10€ sur la première licence sportive scolaire et sur des manifestations culturelles sélectionnées. La carte permet aussi d’accéder à la plateforme d’aide au logement pour les jeunes (LOJ’Toit), qui depuis 2012 a « accueilli et accompagné » 9 000 jeunes et permis à 1 300 personnes d’être logés ou relogés. Le principal but de cette plateforme est la mise en réseau.

En Alsace, la Carte Vitaculture permet d’aller à tarif réduit pour tous les 15-28 ans à des spectacles (5,5€) dans la région en dehors des agglomérations de Colmar, Mulhouse et de l’Eurométropole de Strasbourg qui connait déjà les cartes Atout Voir et Culture aux dispositions similaires (mais payante pour 7€). Les autres politiques envers les jeunes ne sont pas déclinées avec une carte mais se retrouvent dans les aides pour les stages en entreprises (300 bénéficiaires par an), les projets « Expériences de jeunesse » (80 bénéficiaires par an), l’animation de la vie lycéenne (700 000 euros) ou le concours « Alsace Terre de Jeunes Talents (5 à 6 récompensés) ».

6. Développement économique et innovation

L’Alsace a créé sa propre agence de développement économique (comme la Champagne-Ardenne), l’Agence d’attractivité d’Alsace (AAA – tourisme et prospection à l’international), contrairement à la Lorraine, dont l’administration gère directement cet aspect. À ce jour, il n’est pas clair si une grande agence sera crée en ALCA.

Les deux régions mènent des réflexions sur « l’usine du futur ». Le « livre bleu » produit par les trois administrations des trois régions note une différence dans le domaine de l’innovation :

« En Lorraine : Prestation d’intelligence économique aux créateurs et PME pour sécuriser les phases amont d’un projet d’innovation et des ateliers de partenariat-innovation pour rapprocher l’Université des entreprises dans le cadre d’un premier projet innovant.

En Alsace : soutien à la création d’entreprises innovantes, à l’intégration d’une personne dédiée à un projet innovant, à la structuration d’une première démarche d’innovation. »

Et en termes de développement économique :

« L’Alsace mise sur l’usine du futur, la fertilisation croisée, l’accompagnement sur mesure des entreprises en croissance ainsi que sur une politique offensive en matière d’attractivité dont le principal outil est la Marque Alsace.

La Lorraine entend faire levier sur l’initiative privée, afin de maximiser l’effet des fonds publics. Elle recherche systématiquement les partenariats opérationnels les plus efficaces (mutualisation entre entreprises, apport d’ingénierie, partenariats financiers,…). »

Dans son développement économique, la Région Lorraine a surtout ciblé la « Vallée européenne des matériaux, de l’énergie et des procédés (VEMEP). L’Alsace, aucun secteur particulier.

7. Un référendum raté partout

Les deux présidents ont tous les deux proposé un référendum lors de leur mandat et ont connu un revers. Jean-Pierre Masseret a mis au vote sur le projet de la gare « interconnectée » de Vandières, amenée à remplacer celle qui accueille le TGV à Louvigny (à mi-chemin entre Metz et Nancy), à une vingtaine de kilomètres. Le 1er février 2015, le « non » l’avait emporté avec 58,66% des voix pour ce projet à 100 millions d’euros. Mais le projet pourrait resurgir.

Philippe Richert avait proposé la fusion des deux départements et de la Région Alsace, avec le Conseil unique d’Alsace. Une majorité d’électeurs avaient voté « oui » (58%), mais pas dans le Haut-Rhin et la participation était trop faible dans le Bas-Rhin (il fallait que 25% des inscrits disent « oui »). Dans les deux cas, l’abstention avait été très importante (90% en Lorraine).

8. Impôts plus élevés en Lorraine, mais plus de rentrées en Alsace

Depuis la réforme de 2011, les conseil régionaux ne sont maîtres que de deux impôts : la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), qui est au taux maximum partout (44,19 centimes par litre pour le gasole et 61,42 centimes pour l’essence sauf en Corse et dans le Poitou) et celui sur les chevaux fiscaux lors de l’immatriculation d’un véhicule voiture.

Ce dernier taux est plus élevé en Lorraine (45€ par cheval fiscal contre 36,5€ en Alsace), mais les recettes d’impôts directs par habitant sont plus fortes en Alsace (78,72€ par habitant contre 65,6€). La dernière rentrée directe pour la région, la taxe sur la valeur ajoutée des entreprises (TVAE), qui a remplacé le taxe professionnelle, obéit à un taux fixé au niveau national.

Les budgets par population

Les deux régions sont très endettées (386 euros par habitant en Lorraine et 415 en Alsace), car elles ont financé en partie la ligne Est du TGV, plus la fin de la ligne LGV en Alsace, pour le compte de la SNCF.

D’autres politiques différentes en Alsace et Lorraine ? Laissez les en commentaire !

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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