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Les riverains de l’aéroport repartent au combat pour récupérer la tranquillité de leurs nuits d’été
Environnement 

Les riverains de l’aéroport repartent au combat pour récupérer la tranquillité de leurs nuits d’été

par Claire Gandanger.
Publié le 24 août 2021.
Imprimé le 22 octobre 2021 à 14:59
2 685 visites. 17 commentaires.

Les survols nocturnes de Strasbourg ont repris, avec la reprise du trafic aérien et des vols vers les destinations de vacances. Pour l’association des riverains, les équilibres qui prévalaient avant la crise sanitaire ne tiennent plus.

Les dormeurs installés sur une ligne allant de Schiltigheim à Bischoffsheim, et dans les quartiers strasbourgeois de Cronenbourg, Hautepierre et Koenigshoffen, sont nombreux à redécouvrir les réveils nocturnes causés par le passage des avions. Avec la crise du Covid-19, ces nuisances avaient cessé, l’aéroport d’Entzheim n’ayant compté que neuf atterrissages nocturnes sur toute l’année 2020.

Mais avec la reprise du trafic aérien à été 2021, finies les nuits calmes et sans sursaut avec les fenêtres ouvertes. « Depuis juin, nos adhérents ont déjà entendu plus d’une cinquantaine de survols de nuits », déplore Francis Rohmer, président de l’Ufnase, l’Union fédérale contre les nuisances de l’aéroport de Strasbourg-Entzheim, qui fédère des associations d’habitants des communes riveraines de l’aéroport. À 2h du matin le 2 août, à 1h50 le 8 août… « Le bruit peut monter jusqu’à 75 décibels (comme le bruit d’un aspirateur, ndlr) », prévient le responsable associatif. « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande pourtant de ne pas dépasser 40 décibels la nuit et considère que le seuil pour être réveillé est à 60 décibels. » La force du bruit est plus ou moins intense selon le sens du vent.

De plus en plus de gros avions adoptent pour atterrir la méthode de la trajectoire d’approche continue, qui permet entre autres de limiter le bruit des moteurs. « Mais à part Air France, les compagnies ne l’utilisent pas à Entzheim », constate Francis Rohmer. Cette manière de procéder serait plus compliquée pour les pilotes et les aiguilleurs. L’aéroport préfèrerait selon le responsable associatif la méthode traditionnelle qui fait descendre les avions par paliers, et cause des vrombissement de moteurs.

Schéma des deux méthodes d’approche d’un aéroport. (Illustration ecologie.gouv.fr)

Plus d’avions après minuit

Pourtant l’aéroport d’Entzheim, les communes environnantes et les riverains, représentés par l’Ufnase, ont fixé des règles. La nécessité de poser un cadre s’était fait sentir avec l’arrivée sur l’aéroport de la compagnie Volotea en 2015, explique Francis Rohmer. Jusqu’en 2018, la compagnie espagnole avait basé trois avions à Entzheim :

« On a eu jusqu’à 697 vols de nuit pour l’année 2018. Les chiffres ont baissé à 470 en 2019, alors que Volotea n’avait plus que deux avions. »

En décembre 2019, les négociations ont abouti à un protocole d’accord sur les vols de nuit. En général, la limitation des horaires de fonctionnement d’un aéroport est posée par arrêté ministériel. Le cas d’Entzheim est unique en France : les engagements sont pris entre les partenaires locaux. Depuis le 1er avril 2021, les avions les plus bruyants ne peuvent plus atterrir sur l’aéroport entre minuit et 6h. Les décollages sont quant à eux interdits après 23h30. Les contrevenants s’exposent à un rappel à l’ordre de l’aéroport.

Les discussions pour le protocole d’accord ont été serrées, se souvient Francis Rohmer, alors représentant de la société civile : 

« L’objectif de notre fédération a toujours été qu’il n’y ait plus d’atterrissage après 23h. Mais avons dû accepter minuit parce que c’était la seule possibilité d’arriver à un accord avec les maires. Ils nous exposent toujours “la situation économique” de l’aéroport. »

L’aéroport de Strasbourg lutte depuis 10 ans pour sa survie, depuis que le TGV a remplacé les navettes aériennes vers Paris. Il s’est engagé dans une transition vers le tourisme mais la proximité de l’Euroairport et de Francfort le condamne à des destinations subalternes.

Une exception qui fait la règle

Les riverains ont fait une autre concession : tolérer les arrivées après minuit pour les vols retardés des avions basés à Strasbourg. Mais cette disposition est utilisée abusivement selon eux. Dans les faits, elle profite aux joueurs de la SIG et du Racing club de Strasbourg pour leurs retours de matchs en extérieur. « Mais ça arrive très rarement, puisqu’ils prennent le bus ou le train pour les distances de moins 500 km », nuance Francis Rohmer. Autres bénéficiaires : les avions sanitaires, surtout pour les transports d’organes.

L’immense majorité des réveils nocturnes est donc constituée par les deux avions de Volotea qui rentrent à leur base. « Ils dépassent facilement minuit, puisque leurs dernières arrivées sont programmées à 23h55 », explique Francis Rohmer.

En théorie, les atterrissages de nuit sont interdit à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim. (Photo Muroi / Flickr / cc)

Pendant des années, le service environnement de l’aéroport a informé le président de l’Ufnase de chaque incident. Mais, depuis la crise du Covid-19, la responsable du service est partie et n’a pas été remplacée, « officiellement pour des raisons économiques », explique-t-il. L’association n’a plus accès qu’a posteriori à un bulletin mensuel des données environnementales de vols, où les informations sur ce qui se passe la nuit sont noyées dans les listes. Les adhérents de l’organisation relèvent désormais eux-mêmes les vols pendant leurs heures de sommeil. Depuis la reprise du trafic aérien en juin jusqu’au 22 août, l’Ufnase estime d’après ces décomptes qu’une soixantaine de vols ont atterri à Entzheim après minuit.

Une commission de suivi du protocole d’accord devrait se tenir à l’automne. Pour l’heure les noms de ses membres ne sont pas connus. Hormis les délégués de l’Ufnase, les membres qui avaient négocié cet accord à l’amiable, maires et directeur de l’aéroport, ne sont plus en poste.

Anticiper les retards

L’Ufnase entend y faire des propositions pour une meilleure anticipation des retards de la compagnie Volotea. « Nous comprenons qu’il puisse y avoir des retards, mais là il y en a trop », insiste Francis Rohmer. La fédération d’associations de riverains propose d’abaisser le dernier horaire d’atterrissage à 23h et que Volotea utilise des avions de secours quand les retards sont prévisibles au cours de la journée :

« Pourquoi programmer un retour de Dubrovnik à 23h55 ? Plus le vol et lointain, plus ça augmente les retards. Les avions de Volotea fonctionnent au plus juste, avec 30 à 40 minutes d’escales entre chaque vols, pour vérifier l’avion, faire le ménage et embarquer les passagers. Il suffit d’un incident et ça se répercute sur le vol suivant. Volotea fait 4 allers-retours par jour. À raison d’une moyenne d’une douzaine d’heures de vols dans la journée, c’est pratiquement ingérable. Et en cette période d’été, il y a une saturation des vols autour de la Méditerranée. Si un avion n’arrive pas à prendre son créneau, il peut être retardé d’une heure au moins. »

Le protocole d’accord de 2019 mentionne la possibilité d’une majoration de la redevance due à l’aéroport pour les compagnies qui multiplieraient les vols retardés. Un levier resté sans suite : « L’aéroport n’a jamais fait de proposition sur point à notre connaissance », regrette Francis Rohmer. Les retrouvailles en octobre s’annoncent animées.

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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