Urgences : le Samu réduit ses moyens d’intervention à la rentrée
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Urgences : le Samu réduit ses moyens d’intervention à la rentrée

actualisé le 17/07/2014 à 11h26

De cinq véhicules en journée, le SMUR va réduire à quatre véhicules mobilisables (Photo DR)

De cinq véhicules en journée, le SMUR va réduire à quatre véhicules mobilisables (Photo DR)

Par souci d’économies, le service médical d’urgence des hôpitaux de Strasbourg va tester à l’automne un dispositif déployant quatre véhicules d’intervention maximum au lieu de cinq en journée. Chez les professionnels de l’urgence, c’est la consternation car ils souffrent déjà d’un manque de moyens qu’ils jugent « dangereux ».

Répondre à la détresse médicale dans l’agglomération strasbourgeoise jusqu’à Brumath par l’envoi en urgence d’une équipe composée d’un médecin, d’un infirmier et d’un ambulancier coûte entre 5,5 et 6 millions d’euros par an aux hôpitaux de Strasbourg. Problème : l’État ne paie que 5 millions d’euros, la même somme depuis 10 ans, pour cette mission d’intérêt général (MIG). Les hôpitaux de Strasbourg, dont le budget est attaqué de toutes parts, cherchent à économiser partout où cela est possible et la direction a saisi l’opportunité d’une demande de modification des horaires du personnel pour tenter de réduire les coûts liés à l’activité du service mobile d’urgence et de réanimation (Smur).

Un projet de réduction du volume horaire global utilisé par le Smur a été présenté en juin à la commission de permanence des soins à la préfecture du Bas-Rhin et sera proposé en septembre à la représentation du personnel de l’hôpital. Florent Chambaz, directeur de pôle aux hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) détaille :

« Le personnel médical souhaitait passer d’horaires comptés en demi-journées à un volume annuel. On en a profité pour repenser l’organisation du service. À la suite d’un audit mené dans le cadre de notre contrat performance avec l’Agence régionale de santé, on s’est rendu compte que le Smur déployait plus de véhicules que les services d’urgence d’autres agglomérations équivalentes. Donc on débute en octobre une expérimentation pendant six mois, phase pendant laquelle aucune économie de moyens ne sera réalisée. Si elle est concluante, cette nouvelle organisation pourrait nous faire économiser environ 300 000€ par an sur le personnel non médical, sans dégrader la qualité du service aux habitants. »

Un peu de jargon

Le Samu (service d’aide médicale d’urgence) est le service qui accueille les appels envoyés au 15 ou au 112. Un médecin régulateur décide ensuite quelle est la réponse à apporter. Il peut décider d’envoyer une équipe médicale mobile. Dans ce cas, il fait appel au Smur (service mobile d’urgence et de réanimation) qui est opéré, à Strasbourg, par les Hôpitaux universitaires. Le Smur dispose d’un certain nombre d’UMH (unités mobiles hospitalières), des ambulances.

De 5 à 4 équipes mobilisables en journée

Sans dégrader la qualité de service, c’est là où les opinions divergent. Car la direction va supprimer une « colonne », c’est à dire un véhicule prêt à partir avec à son bord un médecin, un infirmier et un ambulancier, en journée. En septembre, le Service d’aide médicale d’urgence (Samu) ne pourra plus compter que sur quatre colonnes en journée (7h – 19h) contre cinq jusqu’à présent. Le nombre d’équipes est en revanche inchangé en soirée (4), la nuit (3) et le week-end (4 en journée et en soirée, 3 pour la nuit).

Selon la direction, cette nouvelle organisation répondra à 100% des besoins, sur la base d’une simulation faite à partir de l’activité du Smur sur l’année 2013. Mais pour Christian Prudhomme, délégué syndical FO chez les infirmiers, ce calcul méconnaît la réalité :

« Évidemment, si on lisse les sorties des équipes sur un mois, on peut penser qu’une cinquième colonne en journée est de trop. Mais dans la réalité, cette équipe répond aux pics d’activité et donne surtout plus de latitude au Samu pour mieux répondre aux appels. Parce que si le médecin régulateur sait qu’il ne lui reste qu’une seule équipe prête à partir, il ne va pas la déployer aussi facilement que s’il lui en restait deux. Du coup, certaines urgences ne seront pas adressées aussi bien. Par ailleurs, je ne vois pas comment il sera possible de supprimer une équipe, les rythmes de sorties sont déjà très tendus. »

Un véhicule du Smur 67 (Photo Kevin B / Wikmedia Commons / cc)

Un véhicule du Smur 67 (Photo Kevin B / Wikmedia Commons / cc)

Un week-end de Pentecôte très chaud…

Même discours auprès d’un infirmier urgentiste :

« On nous compare à d’autres services qui ne sont pas comparables. Strasbourg est une ville frontière, nous accueillons et devons gérer les demandes de soins urgents d’une population fragilisée plus nombreuse qu’ailleurs. Et puis, on connait déjà des périodes de carence, c’est à dire avec toutes les équipes engagées, pendant lesquelles on prie pour que ne subvienne pas une urgence vitale. Pendant le lundi de Pentecôte (9 juin), on a eu très chaud… »

Un médecin du service d’urgence des HUS confirme :

« Oui, pendant le lundi de Pentecôte, on a accusé des délais d’attente d’une dizaine de minutes, délais pendant lesquels aucune voiture n’était disponible pour se porter au secours des gens. Mais la situation est tendue bien plus souvent. Elle ne se voit pas dans les statistiques parce qu’on joue avec les plannings des équipes qui prennent leur service et celles qui le quittent, pour optimiser à la minute près l’utilisation des véhicules. Mais en pratique, une à deux fois par mois, on serre les fesses. »

Situation « dangereuse »

Selon les équipes en place, la 5e colonne est engagée entre 20 et 30 fois par mois, une centaine d’heures sur les 7 200 contenues dans un mois. Un autre médecin du Samu juge la situation actuelle « dangereuse » :

« La situation n’est pas catastrophique, mais elle est dangereuse. On est trop souvent sur la brèche. Si la majorité des interventions se déroulent bien, il y en a quand même un bon quart qui sont exténuantes. On ressort parfois lessivés après une sortie et on a besoin de souffler. Nous renvoyer tout de suite a un sens comptable, mais c’est dangereux. Et ça, ils ont bien du mal à le comprendre à la direction. »

Pour corser l’ensemble, l’expérimentation prévoit de placer la 4e équipe non pas au centre logistique des HUS mais aux service d’accueil et d’urgences de l’hôpital de Hautepierre. Pour Florent Chambaz, l’idée est de mutualiser les moyens :

« La dernière équipe est forcément la moins sollicitée. Donc le personnel peut aider aux urgences hospitalières, souvent saturées, tant que la 3e équipe n’est pas sortie. Elle quittera l’hôpital dès qu’elle sera susceptible d’être appelée. »

Une idée qui fait bien rire l’un des médecins du service :

« Je ne donne pas dix jours avant que cette lumineuse idée ne soit enterrée. Le service d’accueil d’urgence de Hautepierre a son organisation propre, millimétrée… Une équipe du Smur va plus les gêner qu’autre chose, surtout si en 10 minutes, elle doit pouvoir tout lâcher pour revenir une heure après. Et surtout, comment fera cette colonne pour s’équiper ? Par manque de moyens, on ne dispose pas de tous les équipements dans tous les véhicules, on se passe le matériel en fonction des types d’intervention. Si l’intervention pour la 4e équipe nécessite l’emploi du Lucas par exemple (un appareil de massage cardiaque, ndlr), il n’y en a qu’un pour le service, donc elle devra repasser au centre logistique ! C’est n’importe quoi. »

Devant la fronde des médecins et du personnel, la direction des HUS rappelle qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une expérimentation, et qu’une marche arrière est possible en cas de résultats non concluants. Mais FO prévoit déjà de voter contre. Sur les 23 médecins du service Samu / Smur des HUS, 3 ont été victimes d’un « burn-out », une forme de dépression liée à une suractivité au travail.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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