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Une semaine Droits de l’Homme à Strasbourg : et alors ?
Société 

Une semaine Droits de l’Homme à Strasbourg : et alors ?

par Agathe Duvigneau.
Publié le 30 octobre 2014.
Imprimé le 13 juin 2021 à 04:12
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L'événement cherche à davantage concerner les Strasbourgeois et être moins élitiste. (Photo JFG/ Rue89 Strasbourg)

L’événement cherche à davantage concerner les Strasbourgeois et être moins élitiste. (Photo JFG/ Rue89 Strasbourg)

Strasbourg capitale européenne, Strasbourg capitale des droits de l’Homme. Mais pour qui ? Le Festival du Film International des Droits de l’Homme et le Forum Mondial de la Démocratie, qui débutent jeudi 30 octobre et samedi 1er novembre, ont l’ambition d’intéresser les Strasbourgeois à ces questions. Chiche ?

Du 1er au 9 novembre 2014, la capitale alsacienne accueille la 3ème édition du Forum Mondial de la Démocratie. D’un côté, un programme IN au Conseil de l’Europe, plutôt réservé aux experts, aux professionnels et aux personnes déjà impliquées dans les questions de démocratie et de l’autre, un programme OFF dans tout Strasbourg davantage destiné au grand public. Et dans ce programme OFF, on trouve notamment le Festival International du Film des Droit de l’Homme (FIFDH), qui entame du 30 octobre au 8 novembre 2014 sa 6ème édition.

Ça fait beaucoup de droits fondamentaux, de démocratie et de grandes idées, et tout ça sur une semaine. Mais si ces questions ont vocation à être débattues entre diplomates, elles peuvent aussi s’adresser à tous les citoyens et particulièrement aux Strasbourgeois. C’est en tout cas la conviction des organisateurs du FIFDH, l’association Alliance Ciné, qui propose un rendez-vous similaire à Paris tous les ans depuis 2003. Saïda Kasmi, coordonnatrice, détaille :

« On ne veut pas que la question des droits de l’Homme reste entre les mains des personnes qui maîtrisent un certain langage. Notre but est que tout le monde s’approprie cette question et y participe. »

La discrimination, la pauvreté, l’éducation ou encore la liberté d’expression sont des problématiques locales et non réservées aux autres pays ou continents. Ainsi le documentaire « Tziganes, un voyage à l’infini« , qui traite de la question des Roms, sera projeté le lundi 3 novembre à 20h au Star, ou « Pôle Emploi ne quittez pas » (samedi 1er novembre, 18h) raconte comment 40 conseillers « s’occupent » de 4 000 demandeurs d’emploi en Seine Saint-Denis mais ceux qui fréquentent ou ont connu les agences strasbourgeoises savent que les situations sont similaires. Comment ne pas voir que les drames vécus par trois femmes issues d’Europe de l’est dans « Une lettre d’Allemagne » (jeudi 30 octobre, 20h) se déroulent parfois sous nos yeux sur les quais de Strasbourg ?

Toucher le plus grand nombre, en particulier les jeunes

Nouveaux supports, nouveaux lieux. Les organisateurs ont opéré plusieurs changements pour attirer un public plus varié. Chloé Bamberger, ancienne coordonnatrice du FIFDH, reconnaît que, lors années précédentes, le public du Festival était principalement composé de personnes déjà sensibilisées et engagées, tels que des étudiants et des associations.

Afin de remédier à cela, les organisateurs ont décidé de diversifier les formats de films. En plus des traditionnels documentaires, le spectateur pourra assister à la projection de fictions, de courts-métrages et de films d’animation. Saïda Kasmi espère attirer un nouveau public grâce au format court :

« Le court-métrage permet d’aborder des sujets forts sous des durées plus courtes. Cela permet aux participants d’avoir une première approche sur une question et d’aller plus loin s’ils le souhaitent, en allant voir un long métrage par exemple. »

Nouveauté : les films d’animation

Quant à Anaïs Pichard, membre de l’organisation du FIFDH, elle espère les mêmes conséquences avec l’introduction des films d’animation dans le festival :

« Ce support existe donc pourquoi ne pas l’utiliser ? Les films d’animation se sont beaucoup développés, entre autre pour parler de sujets liés aux droits de l’Homme, comme le célèbre film d’animation Persépolis qui reprend la vie et l’exil d’une Iranienne après la révolution islamique dans son pays. De plus, ce type de projection permet de toucher davantage les jeunes. »

Autre changement d’importance, les séances ne se déroulent plus à l’Odyssée. Désormais, les affiches du festival des Droits de l’Homme côtoieront celles d’Hollywood à l’UGC Ciné-Cité et celles du cinéma d’auteur au Star. Là encore, l’objectif est d’étendre le public, selon Saïda Kasmi.

Les organisateurs espèrent surtout toucher plus de jeunes grâce à l’inclusion de l’UGC Ciné-Cité, cinéma très fréquenté par les collégiens, lycéens et étudiants, dans le festival. D’autres séances auront aussi lieu en dehors de Strasbourg ou hors des salles obscures afin, toujours, d’aller chercher un nouveau public, comme au centre social et culturel de Hautepierre, à l’Étage, à la maison centrale d’Ensisheim, ou encore à l’université.

La parole à ceux qui ont « la rage de débattre » ?

De son côté, la Ville de Strasbourg poursuit aussi l’objectif de donner la parole aux jeunes et de rendre accessible au plus grand nombre les questions de démocratie et des droits de l’Homme. Nawel Rafik-Elmrini, adjointe (PS) au maire de Strasbourg, en charge des relations internationales et européennes, espère contribuer à l’ouverture du Conseil de l’Europe sur la ville et vers ses habitants :

« L’essentiel pour Strasbourg est de donner la parole au public qui a “la rage de débattre” pour reprendre l’expression du journal Le Monde mais aussi de faire en sorte que le débat se transforme en projets concrets et que certaines initiatives soient reprisent par la suite. »

L’objectif est de créer une passerelle entre les « Labs » (ateliers de discussion autour d’initiatives présentées par des jeunes sélectionnés par le Conseil de l’Europe) du programme IN du Forum de la Démocratie et les événements culturels, manifestations universitaires et conférences-débats avec le public à l’occasion du programme OFF. C’est encore timide, puisqu’un seul « Lab » sur les 21 prévus, prévoit de faire se rencontrer des jeunes de Strasbourg et des participants du Forum mondial : le Lab 21, mardi 4 novembre à l’Espace Apollonia, avec comme thème « Jeunes Créateurs de Démocratie ».

Pour le reste du Forum mondial, il faudra se contenter de suivre la retransmission vidéo, en direct ou en différé, sur le site du Conseil de l’Europe.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Forum mondial de la Démocratie, ce que coûte le « rayonnement » de Strasbourg

Le site du Forum mondial de la Démocratie 2014

Le site du Festival International du Film des droits de l’Homme de Strasbourg

L'AUTEUR
Agathe Duvigneau
Agathe Duvigneau
Juriste dans les droits de l'Homme

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