Où l’on calcule les chances du Racing de rester en National
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Le football est ma religion, le Racing ma confession. Je ne suis pas baptisé, si ce n'est à la sueur de mes premières émotions de supporter. Déjà 20 ans que ça dure et ce n'est pas prêt de s'arrêter...
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Où l’on calcule les chances du Racing de rester en National

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Les boîtes à moustaches le montrent : afin de se maintenir le Racing ne peut pas se les friser, les moustaches. (Graphe JPDarky)

Après un début d’année 2014 encourageant le Racing vit un cauchemar depuis trois journées de championnat qui le plonge dans la zone de relégation. Marc Keller ayant confirmé François jusqu’à la fin de la saison, que peut-on attendre des 11 journées qui restent à disputer ? Afin de dépassionner le débat, tournons nous vers les chiffres.

Blog(Nota Bene : ce papier a été rédigé avant la déjà mythique rencontre de la 24ème journée RCS-USBoulogneCO. Les résultats pris en compte sont donc arrêtés à la 23ème journée)

En ce début d’année 2014, après avoir touché le fond, croyait-on, le 13 décembre à la Meinau avec une défaite 1-3 contre le Poiré-sur-Vie, alors relégable, le Racing semblait revivre. Outre des signatures potentiellement intéressantes pendant le marché d’hiver, 5 matchs d’affilée sans défaite nous permettaient d’espérer atteindre sous peu un confortable ventre mou bien cosy pour assurer une fin de saison moins stressante que les deux, trois, cinq, enfin à peu près toutes les saisons précédentes depuis 15 ans. Ces performances plaçaient le Racing à la troisième place d’un classement virtuel entre la 16ème et la 20ème journée.

Plus ça change, plus c’est toujours la même chose

Mais le Racing ne serait pas le Racing s’il ne nous offrait pas le frisson et les montagnes russes émotionnelles qui font passer un épisode de Game of Thrones pour une saison creuse de La Clinique de la Forêt Noire. C’est aussi, et surtout ça, notre Racing. Et voilà que les racingmen ont dilapidé en trois journées le petit pécule de tranquillité durement amassé pendant les mois de Janvier et Février. Trois matchs qui auront vu le Racing encaisser 6 buts et en marquer 2 alors qu’il n’avait pris qu’un but entre le 20 décembre et le 7 février. Selon les observateurs, le Racing a totalement déjoué et se serait vautré dans un football inepte avec de surcroît un simulacre d’envie et d’engagement qui faisait peine à voir.

Et c’est ainsi que nous entrons en fracassant la porte dans la terrible zone de relégation constituée des 4 dernières positions du classement. Le classement virtuel sur ces trois journées maudites est édifiant, le Racing est dernier ex-aequo avec Bourg-Péronnas sur cette période.

Marc Keller a vite circonscrit la crise au domaine purement sportif en effectuant un rapide tour de table pour sonder les cœurs et éprouver les reins des actionnaires en début de semaine. Il a confirmé son François de frère à la tête de l’équipe fanion jusqu’à la fin de la saison.

There are three kinds of lies: lies, damned lies, and statistics

Maintenant que nous savons exactement sur quels hommes compter pour terminer le dernier tiers de la saison, que peut-on espérer ? Les chiffres, et en l’occurrence, l’étude des performances des journées écoulées, peuvent être utilisés pour tenter d’évaluer par la statistique et les probabilités ce qui nous attend.

L’excellent Juba (@nozav sur Twitter) a fort à propos publié tout récemment une étude statistico-probabiliste de la fin de championnat de D1. Il fournit même le code source de son travail. Avec son aimable autorisation, son travail a été adapté au championnat de National et voici ce qui nous attend (le script que j’ai laborieusement modifié pour récupérer les données des matchs de National est disponible sur simple demande).

La méthodologie est clairement expliquée dans son très bon papier. Pour aller très vite, il s’agit de s’appuyer sur les performances à domicile et à l’extérieur des différentes équipes au cours des journées écoulées pour calculer les probabilités de succès à l’extérieur et à domicile pour chaque équipe. Ces probabilités sont ensuite combinées pour estimer les probabilités de résultats de tous les matchs restants. Des simulations sont ensuite effectuées et moyennées pour obtenir une prédiction de classement final. Dans ce cas précis, ce sont 1000 simulations qui ont été exécutées.

Cette méthodologie présente un certain nombre de limitations qu’il est bon de garder à l’esprit pour ne pas sombrer dans une dépression grave lorsque l’on est supporter du Racing. Juba les détaille clairement :

Il ne s’agit évidemment que d’une méthode possible parmi d’autres. L’avantage est qu’elle prend en compte si le match est joué à domicile ou à l’extérieur, ainsi que le niveau des équipes, mesuré par leurs résultats précédents.

Mais cette approche a évidemment plusieurs limites :

  • elle “fige” le niveau d’une équipe à celui de la dernière journée connue, et ne peut évidemment pas prendre en compte des dynamiques propres à chaque équipe qui interviendraient pendant les journées à venir.
  • elle ne prend pas en compte les événements tels que les blessures ou le fait que certaines équipes jouent plus de matchs que d’autres.
  • elle ne tient pas compte des aspects tactiques ou du fait que le jeu de certaines équipes convient plus ou moins bien à d’autres.

Selon les stats, le Racing finira relégable

En utilisant les résultats des 23 journées jouées on peut visualiser les prédictions pour la fin de championnat à l’aide d’un graphe dit « boite à moustache« , un genre de graphe totalement hipster il y a quelques années.

Graphe boîte à moustache de simulations de fin de championnat en tenant compte des 23 journées déjà jouées. (Graphe JPDarky)

Graphe boîtes à moustache de simulations de fin de championnat en tenant compte des 23 journées déjà jouées. (Graphe JPDarky)

  • le Racing finirait à la place de premier relégable, mais très proche de Vannes, premier sauvé dans ce classement, voire même du Poiré-sur-Vie. La différence n’est pas très significative, l’espoir existe. Colomiers à la 12ème place semble presque inaccessible. Il faudrait un fort changement d’attitude et de résultats pour inverser la tendance, ce qui valide l’opération commando décrétée par Marc et François Keller, malgré les réticences de certains joueurs.
  • le trio de tête actuel, composé d’Orléans, Luzenac et Ajaccio semble destiné à la D2. Il faudrait un changement de forme drastique pour inverser la tendance.
  • en ce qui concerne les autres clubs concernés par la relégation, le destin d’Uzès et dans une moindre mesure celui d’Amiens semble scellé.

Ces 1000 simulations permettent aussi d’étudier club par club la répartion du classement final afin de se faire une idée de la probabilité des positions finales obtenues comme l’indique Juba.

Probabilités de classement club par club à l'issue de la saison en tenant compte des 23 journées jouées. (Graphe JPDarky)

Probabilités de classement club par club à l’issue de la saison en tenant compte des 23 journées jouées. (Graphe JPDarky)

  • le Racing finit à la 15 et 16ème place, toutes deux synonymes de relégation, dans 50% des cas. Cependant, la 14ème place salvatrice semble atteignable, puisqu’elle apparaît dans environ 1 cas sur 4. Si les joueurs se ressaisissent, cela ne semble pas totalement impossible. Si la dernière place semble peu probable (moins de 5% des cas), une terrible 17ème place est presqu’aussi probable que la 14ème.
  • Uzès paraît condamné, puisque la 14ème place n’est jamais atteinte.
  • le trio de tête, synonyme de promotion, qui est un rêve inatteignable pour nous, pourraît se jouer entre 7 clubs, dont Colmar fait partie ! En effet, dans presque 25% des simulations, le club de l’autoroute finit à la 3ème place. Même le PFC ou Carquefou, à la faveur de bons résultats, semblent être dans la course.

Dans un deuxième temps, afin de resserrer les simulations sur ce qui pourrait être la forme du moment, les calculs ont été effectués en prenant en compte les résultats des 5 dernières journées (se limiter aux 3 dernières est trop cruel pour nous).

Graphe boîtes à moustache de simulations de fin de championnat en tenant compte les 5 dernières journées jouées. (Graphe JPDarky)

Graphe boîtes à moustache de simulations de fin de championnat en tenant compte des 5 dernières journées jouées. (Graphe JPDarky)

  • le constat est terrible pour le Racing qui se retrouve en moyenne à la 17ème place tandis que Vannes s’envole à la 12ème.
  • en haut du classement c’est la divine surprise pour les colmariens qui se retrouvent à la lutte avec Ajaccio mais avec une légère domination probabiliste, à la 3ème place, bonjour la D2 ! Pendant ce temps, Orléans se rit de toutes ces élucubrations en continuant de siéger royalement au sommet.

La visualisation des classements obtenus ne nous rassure pas plus :

Probabilités de classement club par club à l'issue de la saison en tenant compte des 5 dernières journées jouées. (Graphe JPDarky)

Probabilités de classement club par club à l’issue de la saison en tenant compte des 5 dernières journées jouées. (Graphe JPDarky)

  • le Racing et Uzès sont décrochés en queue de classement avec environ seulement 1 chance sur 8 pour nous d’accrocher la 14ème place du bonheur simple des humbles besogneux après lequel nous courons.
  • cette 14ème place se jouerait dans un mini championnat à 4 entre Amiens, Luçon, le Poiré-sur-Vie et Colomiers.
  • le Red Star semble tenir une bonne forme, et il remplacerait le PFC dans la course à la montée avec Fréjus, Ajaccio et Colmar tandis que Luzenac et Orléans seraient déjà à l’abri.

La joie par le stress

Vous n’aviez probablement pas besoin de ce petit jeu de chiffres pour savoir que le dernier tiers de la saison allait être très difficile pour notre Racing. Cependant, il est intéressant de mesurer l’obstacle qui se dresse devant les racingmen. Cela permettra de réaliser l’exploit qu’auront réalisé les joueurs et l’entraîneur au soir du 23 mai si le maintien est acquis.

Mais l’exploit est une composante du sport en général et du football en particulier qu’il ne faut jamais exclure. Les émotions suscitées si souvent par le Racing depuis la plus Haute Antiquité grâce à son destin définitivement chaotique procurent presque systématiquement des abîmes de détresse ou des sommets d’euphorie à ses chanceux supporters dont il est prouvé scientifiquement qu’ils vivent plus que les supporters de Guingamp, du Bayern ou même du Real tant ces derniers sont gâvés de saisons planplan pour les uns, ou de victoires systématiques et attendues sans surprise pour les autres. Le Racing permet de sentir qu’on a un coeur qui bat, des yeux qui pleurent parfois, et une gorge qui hurle de joie à l’occasion aussi !

Et le meilleur endroit pour se sentir vivre ainsi, c’est évidemment le Stade. Après cette saine plongée dans l’aridité des chiffres qui permettent de réfléchir un peu et de se faire une idée du défi, c’est à la Meinau qu’il faut maintenant aller pour avoir une chance, même minime, d’exulter en apportant son modeste écot à l’improbable exploit et faire partie de l’Histoire.

A bientôt au stade.

Spéciaux mercis à Juba (@nozav sur twitter) pour son accord, l’ouverture de son code et son aide technique précieuse.

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L'AUTEUR
JP Darky
Le football ne m'intéresse pas, c'est pourquoi je suis supporter du Racing Club de Strasbourg depuis 1986 lors du premier match auquel j'ai pu assister à la Meinau. (JPDarky est un pseudo pour éviter une amère désillusion de plus à ma mère)

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