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Strasbourg va confier la rénovation et la gestion des Bains municipaux à un groupement d’entreprises
Environnement 

Strasbourg va confier la rénovation et la gestion des Bains municipaux à un groupement d’entreprises

par Jean-François Gérard.
Publié le 26 juin 2017.
Imprimé le 22 octobre 2021 à 14:55
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Deux après avoir été relancé, le dossier des Bains municipaux avance doucement. La Ville transfère la gestion à une de ses sociétés publiques, qui paiera elle-même les travaux mais les confiera à un même groupement d’entreprises pour l’exploitation comme la gestion.

Qui veut repeindre les murs décrépis de la piscine de la Victoire à Strasbourg ? Dans une délibération du conseil municipal ce lundi 26 juin, il sera question de plusieurs aspects de la rénovation des Bains municipaux.

Renforcement de la protection

D’une part, les parties déjà inscrites en 2000 à l’inventaire des monuments historiques seront désormais classées. « Une demande de longue date », estime l’adjoint au maire en charge du dossier Olivier Bitz (LREM) qui justifie par le fait que « tout n’est pas remarquable à la même valeur » pour ne pas avoir demandé un classement total de l’édifice. Nous-même avions distingué une « partie belle » d’une « partie moche » lors d’une visite.

Transfert à sa société, montage complexe

D’autre part, la Ville transfère la gestion des deux piscines, des bains romains et des douches publiques à sa société publique locale (SPL) des Deux-Rives pour 35,5 ans. La Ville va en fait lui transférer l’argent que lui verse déjà l’Eurométropole, qui gère les autres piscines à Strasbourg et dans les alentours.

Pendant cette longue durée, la Ville versera 2,47 millions d’euros par an, soit 85,68 millions d’euros à sa SPL. À cela on ajoute une rallonge de 2,6 millions d’euros pour le début des travaux.

La saga des Bains, une histoire toujours complexe (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Avec les 2,47 millions annuels, et une augmentation de son capital de 1 à 5 millions d’euros, la SPL va faire un emprunt pour payer les travaux. Ils sont prévus de 2019 à 2021. Ils débuteront une fois que la piscine d’Hautepierre sera enfin rouverte.

Une fois terminés, l’établissement coûtera moins cher à gérer notamment car il y aurait moins de gaspillage d’eau et de chaleur. Tous les ans, 1,05 millions seraient donc remboursés et 1,42 millions dédiés au fonctionnement du site.

Rappelons que dans la rénovation il est prévu de maintenir les deux bassins aux même prix qu’ailleurs à Strasbourg, ainsi que quelques douches publiques. Les bains romains rénovés et un futur bassin extérieurs seront « à prix libres ».

Jeu d’écritures

Ce tour de passe-passe a l’avantage d’inscrire l’investissement dans les comptes de cette société plutôt que ceux la Ville de Strasbourg ou l’Eurométropole déjà endettées. Les deux collectivités sont pourtant les seules actionnaires de cet instrument.

Mais ce n’est pas la SPL, dont le travail principal est d’organiser la construction des nouveaux quartiers près du Rhin qui va réaliser les travaux, ni embaucher des employés pour accueillir les baigneurs.

Un groupement d’entreprises pour les travaux

La SPL aura à charge de trouver un prestataire qui devra s’occuper de la rénovation comme de la gestion future du lieu dans le cadre d’un marché global. Les 1,42 millions d’euros annuels seraient transférés à l’entreprise gestionnaire, en échange de l’accès au bassin aux mêmes tarifs qu’ailleurs, une activité structurellement déficitaire. Les travaux sont toujours estimés à 30 millions d’euros.

Ce contrat unique fait craindre une privatisation cachée à Liane Zoppas, du collectif « La Victoire pour Tous » :

« Lors de la première réunion du Comité de liaison Bains Municipaux, j’ai questionné le représentant de la SPL, au sujet de l’implication exacte de ladite SPL dans le processus de rénovation. Il a confirmé, devant l’assemblée, que la SPL ne s’occuperait pas du projet ni des travaux, mais elle chercherait un groupe suffisamment solide pour tout prendre en charge, le projet et la rénovation proprement dite. J’ai encore cité, pour que ce soit clair – un opérateur comme Bouygues, Vinci, etc ? “Exactement”, m’a-t-il répondu. Concernant la gestion, la SPL préférerait qu’elle soit confiée au même groupe. Le chef de projet de la SPL m’a d’ailleurs confirmé cette intention. »

Oliver Bitz défend le concept de « contrat global de performance », mais assure que ce ne sera pas un promoteur qui gérera au quotidien un établissement de luxe :

« Il faut que le futur exploitant soit associé à la rénovation car il y a des besoins qu’il doit déterminer lui-même. De la même manière quand nous construisons une piscine, nous savons quels vont être les attentes du public et de nos agents. Ce sera une entreprise de bâtiment public qui fera les travaux, mais pas qui exploitera le site. Aucune entreprise n’a tous les savoir-faire pour tout réaliser à ce jour. Ce sera un groupement d’entreprises sous notre contrôle. »

« La première piscine de luxe du centre de Strasbourg »

Dans l’opposition, Jean-Philippe Vetter (LR) interpellera la municipalité lors (à suivre en direct et commenté à partir de 15h). Il n’est pas convaincu non plus par ce mode de gestion :

« Sur la forme la SPL est une structure opaque pour que la gestion ne soit pas publique. Sur le fond, ce contrat global ne laisse aucune chance à une petite entreprise et favorise un bail long. On parle de 10 à 30 ans. L’idéal aurait été de réaliser nous-même la rénovation et ensuite éventuellement le confier à un partenaire renouvelable tous les 5 ans afin de maintenir la pression et obliger le privé a réaliser des prestations de qualité. La municipalité va construire la première piscine de luxe du centre de Strasbourg, dans un joyau public, et son accès sera gérée par le secteur privé, avec des prix qui pourraient empêcher certains d’y accéder. J’ai demandé à plusieurs reprises des garanties sur les prix, sans succès. »

Olivier Bitz de son côté devra continuer de déminer au possible, en arguant que la SPL est un outil du conseil municipal, auquel multiples instances de contrôles vont être ajoutées et qu’il continue le dialogue à travers un comité de liaison. Pour autant, ses séances ne sont pas filmées et ses délibérations non-accessibles.

Sport santé dans la chaufferie, quid de l’aile médicale

La chaufferie et l’aile médicale ne sont pas concernées par ce montage financier. Dans le premier bâtiment, les machines seront retirées, pour raccorder l’établissement au réseau de chaleur du quartier. Il s’agira d’un espace pour le sport-santé. Un somme de 1,8 millions d’euros est donc ajoutée pour moderniser cette partie.

La chaufferie sera retirée pour utiliser l’intérieur pour le sport-santé (photo JFG / Rue89 Strasboury

Il est notamment question d’y implanter un espace pour faire de l’exercice sur place (en plus des deux bassins) et même un institut de formation novateur dans ce domaine. Les employés de ce programme y auront aussi leurs bureaux. Dernier projet d’ajout en date, le dispositif PRECOSS pour aider les enfants en surpoids, qui déménagera aussi boulevard de la Victoire.

L’affectation de cette partie du bâtiment, utilisée par des kinésitérapeutes n’est pas encore connue. Le sport santé pourrait y trouver sa place. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dans l’aile médicale, l’avenir est toujours inconnu. Néanmoins la place grandissante du sport-santé à chaque présentation de la rénovation laisse penser qu’une partie de ces espaces pourraient lui être alloués, à moins qu’il s’agisse des étages inoccupés du bâtiment principal. C’est un autre sujet à déterminer à l’avenir, la rénovation du site étant « évolutive », à l’instar de la Coop au Port-du-Rhin.


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L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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