Strasbourg et sa métropole prêtes à tout pardonner à l’office de tourisme
Politique 

Strasbourg et sa métropole prêtes à tout pardonner à l’office de tourisme

Des délibérations pour renouveler les subventions annuelles de l’office de tourisme doivent être votées en février. Mais les audits commandés par l’Eurométropole recommandent de s’y prendre autrement, à un mois et demi des élections.

Les premiers mois de l’année civile sont d’habitude ceux des votes des subventions annuelles à l’office de tourisme de Strasbourg, ainsi qu’à son événement phare « Strasbourg Mon Amour ». Mais il n’est pas tout à fait sûr que ces délibérations soient votées début 2020, juste avant les élections municipales des 15 et 22 mars.

Ce vote se télescope avec la fin du feuilleton débuté en 2017 des différents audits de l’association en charge de la politique du tourisme à Strasbourg (voir nos articles). Les différents rapports concluent à une nécessaire remise à plat des relations entre Ville, Eurométropole et office de tourisme.

Avant le changement d’équipes municipales, il ne reste qu’un seul conseil à la Ville et à l’Eurométropole, respectivement les lundi 10 et vendredi 14 février. À ce stade, les délibérations habituelles des subventions sont bien programmées à l’ordre du jour, a-t-on appris auprès du cabinet du maire et du président de l’Eurométropole de Strasbourg. Mais il arrive parfois qu’elles soient retirées la semaine précédente, voire en plein conseil lorsqu’aucune majorité ne se dessine. C’était le cas en décembre 2019 sur le « périmètre de sauvegarde du commerce » en centre-ville.

« On ne peut pas faire comme si de rien était »

D’après le premier vice-président de l’Eurométropole, Yves Bur (divers droite), qui a piloté ces travaux, des maires demandent à ne pas voter les mêmes subventions qu’à l’habitude (environ 500 000 euros pour la Ville et 1,3 million à l’Eurométropole pour le fonctionnement). « Ils estiment qu’on ne peut pas simplement voter la subvention comme si de rien n’était. » Son groupe est le pilier de la coalition droite-gauche. Mathieu Cahn, le président du principal groupe (PS et apparentés), nous a indiqué que ses membres n’avaient pas encore arrêté de position sur le sujet.

D’une part, le dernier rapport estime que selon la loi, seule l’Eurométropole devrait financer la politique du tourisme, sans la municipalité. De plus, la Ville et la métropole n’ont que 5 sièges sur 40 membres du conseil d’administration d’une structure qu’elles co-financent à plus de 50%.

Il n’empêche, Yves Bur a beau enchaîner les formules choc (« l’Office de tourisme brille par son isolement » ; « le temps des remerciements, dans tous les sens du terme, du président et du directeur est venu » ; « nous avons été traités avec nonchalance » ; « nous avons eu l’impression d’une chasse gardée »), cet épilogue ressemble à un enterrement de première classe du dossier. Le tout après deux audits, un groupe de travail trans-partisan de près de deux ans, et des dizaines de milliers d’euros dépensés.

Car ce travail ne débouche que sur des « préconisations » du cabinet de conseil Deloitte, (voir en fin d’article), que la future coalition pourra suivre… ou pas. Le tandem Bur-Herrmann ne se représente pas dans leurs communes respectives de Lingolsheim et Strasbourg.

Après un mandat de réduction du personnel (environ 10%), la mission plaide pour que plus d’agents de la métropole s’occupent de la question du tourisme, quitte à reprendre certaines missions. « La collectivité demande des choses que ne fait pas l’office de tourisme », indique Michel Reverdy, auditeur pour la Ville et la métropole, en référence notamment à une absence d’efforts dans le domaine du numérique. À l’Eurométropole, les effectifs sur le tourisme sont passés de 1 à 2 agents en ce début d’année. L’office de tourisme compte 31 salariés, pour 25 équivalents temps plein.

Le cas des présidents rémunérés éludé

Enfin, la situation prend une tournure plus polémique et électorale puisque le président délégué Paul Meyer est en 15e position sur la liste d’Alain Fontanel, candidat LREM aux élections municipales. Élu municipal depuis 1989, Jean-Jacques Gsell, initiateur de « Strasbourg capitale de Noël », n’est au contraire pas dans les 51 premiers noms, c’est-à-dire les personnes « éligibles ».

Comme le révélait Rue89 Strasbourg dès novembre, par leurs fonctions de conseiller municipal délégué et d’adjoint au tourisme, ainsi qu’en raison de leur présidence rémunérée, les deux hommes sont en situation qualifiée de « prise illégale d’intérêts » par le rapport d’audit interne de l’été 2019.

D’après nos informations, la question d’un signalement au procureur a été évoquée en séance, mais n’a pas été retenue par les élus. « C’est la responsabilité de tout le monde et de personne », répond Michel Reverdy, laconique. « Ce n’est pas le procès de quiconque », assure Yves Bur.

Des préconisations très classiques

Missionné à plusieurs reprises, le cabinet Deloitte a formulé 26 préconisations. Elles sont assez généralistes (adapter les transports en commun, propositions d’excursions à la journée, créer des parcours dans les quartiers), parfois à la limite du compréhensible (« formaliser et mettre en oeuvre un schéma d’hébergement hôtelier sur l’EMS » ; « une transition vers un slow tourisme urbain »).

Surtout, elle sont entendues depuis des années dans le monde du tourisme : une fusion avec la structure de tourisme d’affaires (Strasbourg Convention Bureau), modernisation du « Strasbourg Pass », renforcer la dimension européenne, associer les habitants… Tout ça pour ça.

Le diagnostic et les préconisations de Deloitte

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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