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Suicide de Dinah : le parquet de Mulhouse classe sans suite la plainte des parents pour harcèlement
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Suicide de Dinah : le parquet de Mulhouse classe sans suite la plainte des parents pour harcèlement

par Guillaume Krempp.
Publié le 30 septembre 2022.
Imprimé le 09 décembre 2022 à 07:12
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En conférence de presse ce vendredi 30 septembre, la procureure du parquet de Mulhouse Edwige Roux-Morizot a annoncé le classement sans suite de la plainte des parents de Dinah. La jeune fille de 14 ans s’était suicidée en octobre 2021.

Près de six mois d’enquête… et aucune mise en examen. Ce vendredi 30 septembre, au tribunal judiciaire de Mulhouse, la procureure Edwige Roux-Morizot a annoncé le classement sans suite de la plainte pour harcèlement des parents de Dinah :

« Les éléments recueillis au cours de l’enquête ne permettent pas d’établir le harcèlement (…) De même, l’enquête a objectivement démontré que l’établissement scolaire a pris en compte le mal-être de la fille, qui a été reçue à plusieurs reprises. Toute l’équipe éducative avait appelé les professeurs de Dinah à la vigilance. Des questions ont été posées, des filles ont été convoquées. Tout est documenté. »

La procureure du tribunal de Mulhouse, Edwige Roux-Morizot, lors d’une conférence de presse vendredi 30 septembre 2022. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

La direction du collège mise en cause par les parents

Les parents de Dinah, Samira et Serge Gonthier, avaient porté plainte pour harcèlement suite au suicide de leur fille le 5 octobre 2021. La famille Gonthier avait aussi déposé une plainte contre X pour « harcèlement moral », « complicité de harcèlement moral », « provocation au suicide », « omission de porter secours » et « homicide involontaire ».

Le suicide de Dinah avait provoqué un fort retentissement médiatique. Très vite, le geste de la jeune fille de 14 ans a symbolisé l’extrémité à laquelle peuvent pousser le harcèlement et le cyberharcèlement dans les établissements scolaires. L’adolescente avait également été la cible d’insultes homophobes. L’affaire Dinah représentait ainsi, en particulier pour ses parents, une défaillance de la direction du collège dans le soutien à une élève harcelée et subissant l’homophobie de certains de ses camarades.

Aucun élément passible de poursuite

Malgré près de 120 auditions et des exploitations d’ordinateurs et de téléphones portables, les policiers de Wittenheim et les gendarmes de l’Office central de lutte contre la haine en ligne ne sont pas parvenus à caractériser des faits passibles de poursuite.

« Il n’était pas question d’aller dans un sens particulier. Les élèves de la classe de troisième de Dinah, toute l’équipe éducative, ses professeurs de troisième… Ils ont tous été auditionnés », assure la procureure du parquet de Mulhouse. Edwige Roux-Morizot indique aussi avoir donné les résultats de l’enquête à la famille Gonthier dès avril 2022, lui laissant ainsi la possibilité de formuler des observations… qui n’ont été transmises que la veille de cette conférence de presse, jeudi 29 septembre.

Malgré près de 120 auditions et des exploitations d’ordinateurs et de téléphones portables, les policiers de Wittenheim et les gendarmes de l’Office central de lutte contre la haine en ligne ne sont pas parvenus à caractériser des faits passibles de poursuite.

Aucune poursuite non plus du côté du collège Emile Zola à Kingersheim. La procureure a indiqué qu’aucun élève n’avait été identifié comme harceleur de Dinah :

« Dinah assumait résolument son orientation sexuelle. De même, elle faisait partie d’un collège où 80% des élèves sont issus d’origine diverses. Il n’y avait pas de stigmatisation du fait de son métissage. Il y a bien eu quelques insultes, mais aucun fait répété dans le temps ne permet de caractériser le harcèlement. »

La procureure a décrit l’enquête comme une plongée dans l’intimité de Dinah, à travers ses échanges téléphoniques et sur les réseaux sociaux comme Snapchat et Discord. Les investigations ont ainsi révélé une personnalité « à la fois lumineuse et solaire, et en même temps extrêmement sombre », selon Edwige Roux-Morizot. L’adolescente avait déjà fait une tentative de suicide en mars 2021, « dont la cause immédiate est une déception amoureuse » a affirmé la procureure.

Des CPE menacés de mort, une audience à venir

Suite au suicide de Dinah et aux accusations des parents à l’égard du collège de Kingersheim, les CPE de l’établissement ont subi des menaces de mort sur les réseaux sociaux. « Une des CPE est toujours en arrêt maladie à l’heure actuelle », a précisé la procureure avant d’indiquer que deux des auteurs de ces menaces – un militaire actif et un habitant de la région dijonnaise – ont été placés en garde à vue et seront jugés au tribunal correctionnel de Mulhouse en mars 2023. Selon la procureure, « ce sont de braves citoyens qui disent avoir agi sous le coup de l’émotion, sans aucune volonté de passer à l’acte. »

Mais les parents de Dinah ne s’arrêteront sans doute pas là. Ils ont encore la possibilité de contester ce classement sans suite auprès du procureur général ou de déposer une plainte avec constitution de partie civile, une manière de poursuivre l’enquête en demandant de nouvelles auditions.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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