Environnement 

Une nécropole de l’âge du fer découverte sur le tracé du GCO

actualisé le 15/04/2018 à 23h36

Les fouilles archéologiques ont révélé la présence de vestiges sur le site de Griesheim-sur-Souffel sur le tracé du Grand contournement ouest (GCO). Une nécropole y a même été découverte. Rue89 Strasbourg a suivi une équipe de spécialistes qui travaillent sur place depuis janvier.

Les nostalgiques d’Indiana Jones seront déçus. Sur le chantier archéologique de Griesheim-sur-Souffel, sur le tracé du futur Grand contournement ouest (GCO), les chercheurs n’ont ni fouet ni mythique chapeau Fedora, mais des pelles et des casques de chantier. C’est Arcos, la filiale de Vinci concessionnaire du GCO qui est en charge des travaux où l’on croise des pelleteuses, des brouettes… et des pelles.

Travaux sur le site archéologique de Griesheim-sur-Souffel (Photo Salem Slimani – Rue89 Strasbourg – cc)

L’équipe est constituée d’experts multidisciplinaires, archéozoologues, anthropologues et céramologues. Pour Sébastien Goepfert, archéologue protohistorien et responsable des fouilles, « le site de Griesheim-sur-Souffel est exceptionnel ».

« Il y a eu des diagnostics archéologiques en amont au printemps. Ça consiste en des tranchées régulières pour connaître son potentiel archéologique. À partir de ces tranchées, la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a demandé des fouilles expansives. Ce n’est pas une procédure systématique, mais la DRAC procède ainsi dans des zones dites sensibles. »

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La première étape, c’est le décapage

Les archéologues ont démarré les fouilles en janvier 2018. La première étape est le décapage, explique Sébastien Goepfert :

« Au départ on creuse de 50 à 70 cm sous la surface pour atteindre le loess, le niveau jaune, dans lequel apparaissent les structures. »

Une structure est une construction artificielle due à l’homme. Le site de Griesheim-sur-Souffel est particulièrement riche en découvertes puisque les archéologues ont mis au jour un « enclos gaulois quasiment entier. On peut vraiment raisonner sur une échelle large. L’idéal est d’avoir des zones comme celle-ci, très expansives » se réjouit l’archéologue. Le site est exceptionnellement grand, mesurant précisément 3,4 hectares.

Les archéologues ont bien l’intention de retourner le site gaulois sur 3,4 hectares (Photo Salem Slimani)

Pour se donner une idée de ce à quoi devait ressembler cet enclos gaulois, « il faut plutôt imaginer des exploitations agricoles isolées, un peu comme les villas romaines, mais faites de torchis et de bois. »

Stéphanie, archéologue, procède a des relevés de coupes :

« On enregistre tout ce qu’on voit et on dessine la forme des structures des profondeurs. On travaille avec un GPS pour reprendre les points topographiques et les replacer sur un plan avec exactitude. »

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La mode au service de l’archéologie

Le travail est long, minutieux, et les conditions météo ne sont pas spécialement favorables avec un vent qui bat cette plaine. C’est aussi ça le travail archéologique. Sébastien sillone la plaine avec un détecteur de métaux. Son utilisation est soumise à l’autorisation de la DRAC. Les fouilles sauvages au détecteur posent bon nombre de problèmes pour les archéologues. « Le problème est que les « détectoristes » détruisent des sites archéo en extrayant des objets. Ces objets aussi beau soien-isl n’ont alors plus de valeur scientifique. On a besoin de savoir d’où vient l’objet pour savoir pourquoi il est là. Un objet en métal nous donne une indication historique très précise. C’est par exemple le cas des fibules (épingles à nourrices bien décoré). A l’époque gauloise déjà « la mode évoluait très vite, ce qui nous permet de dater avec une grande précision l’époque. Ces informations nous sont précieuses ». « L’objet peut être vendu sur ebay pour une vingtaine d’euros mais il perd toute sa valeur scientifique, quel dommage ».

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Six corps exhumés intacts

À 200 mètres des premières fouilles, les archéologues ont découvert une nécropole. Six corps ont été exhumés, parfaitement intacts et datant probablement du Hallstatt, le premier âge du fer. Le site daterait donc de -2000 ans à 0 avant Jésus Christ. La position des corps est particulièrement soignée. Les jambes et les bras sont parfois fléchis, comme en position fœtale.

Faut-il y voir une interprétation de cycle de la vie ? Les scientifiques se gardent bien de toute supposition à ce stade. Au cours de notre reportage, deux anthropologues découvrent un nouveau corps. On aperçoit le sommet d’un crâne, fragmenté. Sébastien rappelle que régulièrement d’autres ossements sont découverts, comme le corps d’un adulte avec son enfant, ou encore ce corps retrouvé avec une flèche plantée à l’arrière du crâne, dans une vertèbre. Des céramiques sont également découvertes, permettant de constituer davantage de témoignages issus du passé.

« L’âge du bronze et du fer est une période très intéressante car les textes sont absents, donc tout reste à découvrir, on a une vision plus objective que la vision historique, qui elle, est liée aux textes. Retracer l’histoire uniquement à partir d’objets demande à exploiter tous les indices », rappelle Sébastien en qualité de archéologue protohistorien.

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L’archéologie, c’est 50% de terrain et 50% d’analyse

Mais le travail sur le terrain n’est qu’une partie de l’iceberg archéologique. Quoique spectaculaire, Sébastien relativise cette première étape :

« La fouille c’est très intéressant, mais ça représente environ 50% du travail. La seconde partie, c’est l’interprétation, on essaie d’élaborer des hypothèses, c’est l’exploitation des données qui est très intéressante… Ensuite on rend un rapport des fouilles. Notre premier travail en archéologie préventive est de donner toutes les infos, il y avait ça là, le profil était comme ça… Ça permet par exemple à un étudiant qui ferait une thèse d’exploiter ces données pour aller plus loin dans ses réflexions. »

Les fouilles doivent se terminer fin avril 2018. D’autres parcelles paraissent pourtant tout aussi intéressantes puisque dans le prolongement de ce premier site. En effet, à quelques mètres du site, on aperçoit un tracé conduisant jusqu’à la plaine opposé. Pour Sébastien, pas de doute, ce nouveau site s’inscrit dans la continuité, avec certainement d’autres reliques et d’autres sépultures.

Les opposants au GCO ont choisi de ne pas s’interposer physiquement sur ce type d’opération. Ils estiment que ces travaux ont un intérêt culturel et scientifique. Comme ils se déroulent dans les champs, ils n’ont pas d’effets irréversibles sur la nature. En revanche des diagnostics archéologiques sont aussi prévus en forêt, ce qui entraîne des coupes d’arbres à partir de septembre.

L'AUTEUR
Salem Slimani
Salem Slimani
Journaliste passionné par les rencontres, la mise en image et le direct.
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