Les actions de la Task-force pour le Parlement européen : une plaquette en un an
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Les actions de la Task-force pour le Parlement européen : une plaquette en un an

actualisé le 02/12/2014 à 23h04

La nouvelle équipe de députés est déjà assez défavorable à Strasbourg (Photo European Parliament / Flickr / cc)

La nouvelle équipe d’eurodéputés est déjà assez défavorable à Strasbourg (Photo European Parliament / Flickr / cc)

Annoncée en grande pompe à l’été 2013, la “Task Force” mise en place par la Ville regroupant des élus de toutes tendances devait répondre aux attaques contre la légitimité du siège du Parlement européen à Strasbourg. Trois conférences de presse plus tard, le manque d’idées et de moyens efface les belles photos, tandis que dans l’hémicycle, le rapport de force est toujours plus défavorable à la capitale alsacienne.


Répondre aux attaques et légitimer le siège à Strasbourg du Parlement européen, voilà la vocation de la Task Force fondée en juillet 2013 par la Ville de Strasbourg autour de Catherine Trautmann, ancienne maire de Strasbourg et surtout élue à 4 reprises députée européenne.

Une équipe décimée

Sauf que depuis, il y a eu les élections européennes en mai 2014, qui ont sonné le glas pour plusieurs membres de cette équipe. Joseph Daul, toujours président du Parti populaire européen (PPE – le grand parti européen de droite, où siège l’UMP), a souhaité ne plus siéger dans l’hémicycle strasbourgeois, tandis que Catherine Trautmann, deuxième sur la liste du PS du Grand Est et Sandrine Bélier, tête de liste d’Europe Ecologie les Verts n’ont pas récolté assez de voix pour un nouveau mandat.

Après des réunions fin mai et mi-juillet, l’équipe de travail ne s’est plus réunie. La prochaine rencontre est prévue au mois de décembre. Désormais, seuls deux eurodéputés sont issus de la région Alsace : Anne Sander (UMP-PPE) et Jean-Luc Schaffhauser (Rassemblement bleu Marine), conseiller municipal et communautaire à Strasbourg, mais élu sur une liste du Front National en Île-de-France où il réside.

Un scénario qui ne semblait pas envisagé, au point que le soir-même, Nadine Morano (UMP-PPE) comme le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) ont appelé Édouard Martin, tête de liste PS et élu, à céder sa place à Catherine Trautmann. L’ancienne maire de Strasbourg n’est désormais plus que conseillère municipale et vice-présidente de la CUS, en charge entre autres du rayonnement européen de l’Eurométropole. Mais elle reste à la tête de la Task Force, ouverte aux élus locaux et aux députés de la circonscription grand Est.

Jean-Luc Schaffhauser (FN) invité, mais fuyant…

Dès le lendemain des élections européennes, Jean-Luc Schaffhauser propose au conseil municipal de Strasbourg de rejoindre le groupe de travail, ce qui provoque le plus grand embarras de Roland Ries. Le maire répond que Catherine Trautmann, absente ce jour-là, décidera. Comment refuser quelqu’un élu démocratiquement au niveau local comme européen ?

À son lancement, la Task-Force ne manquait pas de solides parrains... (Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc)

À son lancement, la Task-Force ne manquait pas de solides parrains… (Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc)

Il sera finalement accepté par Catherine Trautmann, qui explique son choix :

« Jean-Luc Schaffhauser est le chef d’un groupe politique représenté au conseil municipal. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, mais nous avons du mal à comprendre ses intentions. Un moment, il était question qu’il fasse sa propre task-force, puis il a rejoint la nôtre. Comme il n’habite plus à Strasbourg (ce que l’intéressé dément, ndlr), il est difficile d’échanger avec lui. Si ses idées peuvent faire avancer la cause, elles seront étudiées. Il faut reconnaître que le FN a toujours soutenu Strasbourg lors des votes, mais le discours actuel de l’extrême-droite ne correspond pas aux valeurs du Parlement européen. »

Bien que convié à une réunion de travail le 31 mai, l’élu frontiste n’est pas présent. Selon les DNA, il était à Vienne, pour une réunion avec des cadres du FN, des conseillers de Vladimir Poutine pour la Russie et des Autrichiens. L’ancien centriste est un intermédiaire essentiel entre le FN et Moscou. À la réunion de juillet, il est cette fois-ci présent, mais s’éclipse avant la fin et la rencontre avec les médias, tenu par d’autres engagements.

… car occupé à « préparer Marine Le Pen à gouverner »

Six mois après, le principal intéressé semble déjà découragé par cette cause :

« Je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation. Je perds un temps incroyable dans les transports. Les personnes en charge de la défense de Strasbourg, même si la plupart sont de bonne volonté, sont incompétentes ou n’ont plus la flamme, à droite comme à gauche. Pour moi, il faut abandonner les investissements qui ne sont pas rentables comme le tramway vers Kehl et redéployer l’argent sur ce qui peut avoir des retombées assurées comme le Parlement. Mon projet serait de lancer un grand pôle de réflexion sur l’euro à Strasbourg, car je crois en cette monnaie s’il y a enfin une vraie collaboration entre les États du Nord et du Sud, en réunissant avec les grands dirigeants alsaciens de banques Michel Lucas (Crédit Mutuel) et Jean-Marie Sander (Crédit Agricole et père de l’eurodéputée Anne Sander). Roland Ries me répond que la collectivité est là pour réaliser les projets qui ne sont pas rentables. Si je suis le seul à porter Strasbourg au sein du Parlement, cela ne servira pas la ville. Quand le FN sera au pouvoir, les choses seront différentes, ce qui explique que je suis très occupé à préparer Marine (Le Pen) à gouverner, qui n’est pas assez entourée pour le moment. »

En septembre, Jean-Luc Schaffhauser a convié Anne Sander à une conférence de presse commune, mais l’eurodéputée de droite a décliné :

« La défense du siège ce n’est pas juste faire de belles annonces devant la presse. C’est un travail de tous les jours, dans l’hémicyle, mais aussi auprès des collègues et du personnel adminisitratif qui est un lobby plus fort que les élus. Il faut veiller sur le travail qui est mené dans la Commission des affaires constitutionnelles à ce sujet. De mon côté, j’ai pris la succession de Joseph Daul à la tête du groupe Pfimlin qui réunit des parlementaires de toutes les tendances, amis de Strasbourg, une fois toutes les deux sessions. »

Sandrine Bélier sans nouvelle

La redistribution des cartes ne s’est pas faîte sans perte. L’ancienne députée d’Europe-Écologie les Verts, Sandrine Bélier, indique ne plus avoir de nouvelle depuis cet été :

« Quand j’ai entendu qu’il y avait une réunion cet été j’ai envoyé un SMS à Catherine Trautmann, mais ce message est resté sans réponse. Je reste disponible pour cette cause, mais je ne veux pas m’imposer.”

Catherine Trautmann plaide une erreur de compréhension et que l’écologiste strasbourgeoise est toujours conviée.

Une plaquette et une lettre d’information

Car une fois les retouches de personnel évacuées, ce sont les actions de la dite Task-force qui interpellent certains de ses membres, élus ou personnel administratif. Près d’un an et demi après son lancement, la seule action connue à ce jour reste une plaquette “Bienvenue à Strasbourg”, qui vante les atouts de la capitale alsacienne. Elle a été remise à tous les nouveaux eurodéputés lors de leur arrivée pour la première session plénière de la mandature, le 1er juillet. Si tout le monde s’accorde à dire que ces quelques pages de papier glacé étaient attirantes, la modestie de l’opération est tout autant critiquée.

Catherine Trautmann peut comprendre « une certaine impatience » :

« Les élections municipales et européennes ont demandé une réorganisation pour les élus comme le personnel administratif. Nous avons aussi mis en place une lettre d’information pour chaque session plénière. La dernière traitait du Millénaire de la Cathédrale, ou ce que signifie la venue du Pape à Strasbourg. Les projets plus importants mettront quelques mois à se concrétiser, mais nous y travaillons. Pour tirer un premier bilan, il faudra attendre au moins un an. »

L’agence de communication et de lobbying promise est oubliée

En jullet, l’équipe réunie promettait aussi de faire appel à un cabinet de lobbying. Certes, cela pouvait surprendre que des hommes et femmes politiques rémunèrent avec de l’argent public des consultants pour les aider à influencer … des hommes et femmes politiques, mais cette annonce volontariste restera au stade de promesse.

Invité de la Task-Force, Pierre Loeb, président de l’association européenne des jeunes entrepreneurs européens (AEJE), s’est imposé ses dernières années comme un grand défenseur de la légitimité des locaux strasbourgeois. En 2012 et 2014, ses rapports intitulés « le siège dans tous ses états » qui mettaient à mal, ou du moins relativisaient, les arguments des anti-Strasbourg, notamment sur les coûts avancés ont plus aux élus locaux. Tellement, que c’est son agence de communication qui était pressentie pour remporter l’appel d’offre, mais pour le jeune homme, il n’en sera rien :

« C’était une promesse que m’avait faite Roland Ries comme Fabienne Keller (candidate UMP en 2014, maire de Strasbourg entre 2001-2008 et également membre de la Task-Force, ndlr) lors des élections municipales, mais cela ne se fera pas. »

Catherine Trautmann répond que la Task-Force préfère finalement travailler ponctuellement sur des missions avec des agences et ne pas traiter avec un seul cabinet. L’AEJE reçoit par ailleurs une subvention de 5 000€ par an. L’ancienne maire de Strasbourg affirme aussi avoir activé plusieurs de ses contacts et lobbyistes présents à Bruxelles sans que l’on puisse savoir de qui il s’agit.

« L’Alsace enfermée dans le syndrome colombages, cigognes »

Correspondant à Bruxelles pour ARTE depuis un an, après avoir travaillé de nombreuses années à Strasbourg, Vladimir Vasak n’est pas étonné par la situation qui patine :

« C’est une réponse institutionnelle à un problème qui est surtout beaucoup plus large. À Bruxelles, je n’ai jamais entendu parler de cette Task Force. Le problème de Strasbourg, c’est qu’on dit c’est beau, que c’est une belle ville, mais on ne dit pas que c’est bien comme on pourrait le dire pour Nantes ou Lyon. Le quartier autour du Parlement est complètement mort, il n’y a pas un café, et c’est surtout cela qui fait que les députés et le personnel administratif traînent des pieds. De l’extérieur, l’Alsace est enfermée dans le syndrome des 5C : colombages, cathédrale, cigogne, choucroute et costume. Tant que la réponse sera institutionnelle, l’incompréhension continuera. »

Un petit budget, pas encore utilisé

Dotée de 50 000€ , là où « les lobbys bruxellois fonctionnent avec des budgets de 2 à 3 millions d’euros par an » dixit Pierre Loeb, le budget de la structure interroge s’il s’agit d’une vraie priorité ou d’un montant symbolique. Impossible d’embaucher un chargé de mission avec cette somme. À titre de comparaison une subvention de 65 000€ à Reporters Sans Frontière a été adoptée au conseil municipal du 17 novembre au titre du rayonnement de Strasbourg.

Catherine Trautmann estime que la réussite ou non de la Task-Force n’est pas une question de moyens :

“Tout l’argent n’a pas été utilisé. Nous sommes un groupe de concertation stratégique, mais c’est à chacun de se saisir de la question pour que la ville s’approprie son Parlement. Je vais bientôt rencontrer le président de l’Université, Alain Beretz par exemple. Avec les hôteliers, nous allons aussi nous concerter pour mettre un terme à l’augmentation des prix lors des sessions. Si elles s’arrêtent, ils ont tout à perdre.”

Le prix des hôtels, un des sujets qui irrite Jean-Luc Schaffhauser et où Strasbourg souffre de la comparaison avec son homologue belge :

« À Bruxelles, il est possible de loger dans des hôtels 5 étoiles pour 140€ la nuit. Certes, il faut un peu anticiper pour avoir ces tarifs, mais le calendrier est connu avec un an d’avance. Comme l’indemnité journalière d’un eurodéputé est de 300€, il sera plus incité à dépenser le reste dans la ville. »

Le quartier d’affaires, futur atout… s’il se réalise

Dans les travées du Parlement, les conférences de presse contre Strasbourg continuent. La Commission des affaires constitutionnelles plancherait sur un rapport non plus consultatif comme en 2013, mais législatif pour fixer un lieu de travail unique. Le 22 octobre, 511 députés ont voté un amendement dans le budget 2015 demandant au Conseil de l’Union européenne et la Commission de fournir un agenda sur ce sujet. Pierre Loeb s’inquiète de la dégradation de la situation :

“Au début, environ 200 députés votaient des résolutions défavorables à Strasbourg, aujourd’hui c’est plutôt 500 sur 751. Cette mandature est très importante à ce niveau et personne ne semble vraiment habité par le sentiment d’urgence. En attendant le rapport de force contre Strasbourg s’accentue. Un des premiers investissements repoussé par la Ville est justement le quartier européen, ce qui n’envoie pas un bon message. Pourtant avec le Palais de la musique, le théâtre du Maillon, le Rhénus, il y a quelques bases pour que cela devienne un quartier vivant et plus attrayant.”

Catherine Trautmann précise la situation et se veut rassurante :

« Le nouveau Parc des Expositions au Wacken sera probablement décalé de quelques années, mais le quartier d’affaires doit commencer dès 2015 pour une livraison en 2017-2018. Une partie des mètres carrés seront réservés au Parlement européen pour établir une annexe des bureaux, puisqu’une des plaintes est de ne pas avoir assez de bureaux. »

L’État a plombé le contrat triennal

Car là où les moyens financiers sont importants, ce n’est pas à la Task-Force mais au niveau du contrat triennal. Un pacte sur trois ans, comme son nom l’indique, entre l’État et toutes les collectivités territoriales locales (Ville de Strasbourg, CUS, Département du Bas-Rhin et Région Alsace). Ses 3 missions sont d’améliorer les transports en direction de Strasbourg, l’attractivité dans le domaine de l’Education et le rayonnement de la ville.

Sur la période 2009-2011, 244,48 millions d’euros ont été réunis, avec une participation de l’Etat de 117,54 millions. Une partie de cette somme couvrait encore des remboursements de la mise en place du TGV Est en 2007, mais la baisse des crédits sur le contrat suivant (2012-2014) a été plus forte qu’annoncée.

Élue au Conseil général du Bas-Rhin, Pacale Jurdant-Pfeiffer (UDI) se rappelle de cette mauvaise surprise. La situation pose quelques questions sur le fonctionnement de la démocratie :

« Lorsque l’assemblée du conseil général avait voté le nouveau contrat triennal à la fin de l’année 2011, le montant de la participation de l’État était de 68 millions d’euros, mais lors de la signature, fin 2012, il n’était plus que de 47 millions d’euros. Le président du Bas-Rhin, Guy-Dominique Kennel ne s’était pas rendu à la signature, par opposition. Cette année-là, la Ville de Strasbourg et la CUS avaient compensé la baisse de l’État, mais avec la baisse de la dotation aux collectivités territoriales, plus personne ne sera en mesure de le faire cette-fois-ci. »

Résultat, le montant pour la période 2015-2017 devrait avoisiner 150 millions d’euros, soit une diminution totale de 39%. La participation de l’État passerait de 47 à 45 millions d’euros. La Préfecture a répondu qu’elle ne peut pas communiquer sur le contenu pour le moment mais que « l’objectif est de le signer avant la fin de l’année”.

Ouf ! Car pour l’instant, entre les initiatives individuelles d’Anne Sander, de Jean-Luc Schaffhauser et les atermoiements de la Task-Force, la bataille pour le siège de Strasbourg manque peut-être de cohésion.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur la bataille du siège

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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