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Ancrée dans les fifties, la rock’n’roll attitude de Three Devils Production fait tourner Strasbourg
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Strasbourgeoise branchée sur les soirées et les concerts, Lulu partage ses découvertes et ses rencontres.
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Ancrée dans les fifties, la rock’n’roll attitude de Three Devils Production fait tourner Strasbourg

par Lulu.
Publié le 17 décembre 2016.
Imprimé le 30 septembre 2022 à 23:58
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L’autre soir je suis allée au Mudd, pour voir un concert de swing / rythm’n’blues, celui de Nico Duportal and his rythm dudes. Il était organisé par l’association des Three Devils Production. J’en ai profité pour discuter avec leur président, Benoît Zoller, un acteur phare du rock’n’roll à Strasbourg depuis plus de 25 ans.

Dans le caveau du Mudd, les gens sont tous souriants, heureux et beaux. Si tu n’es pas encore allé à un concert de rock’n’roll de Three Devils Production, tu ne peux pas t’imaginer l’ambiance qui y règne.

Plein de pin-up, plus belles les unes que les autres, avec des bandanas ou des rolls dans les cheveux, les lèvres rouges, et les robes qui s’envolent et tournoient tandis qu’elles balancent leurs hanches. Les hommes ne passent pas à côté des exigences esthétiques : jeans retournés, chemise repassée et cheveux gominés.

Tout le monde danse au rythme de la contrebasse avec un bonheur et une liberté qui fait plaisir à voir. Ils rient avec le chanteur, sifflent et poussent des cris de joie.

Quand le rétro n’est pas une mode, mais un art de vivre

C’est ça, le rock’n’roll à Strasbourg. Un joli groupe de personnes qui vivent le rock à fond. Le rétro n’est pas une mode pour eux, mais une façon de vivre, un état d’esprit, qui fait battre leur cœur depuis longtemps déjà. Et ils se connaissent tous très bien.

Parmi eux, Benoît Zoller salue tout le monde, papote avec ses amis, danse avec plusieurs copines. Il s’éclate. Bel homme toujours bien habillé, Benoît est à fond dans le rock’n’roll depuis son adolescence. La musique du diable, les années 50, c’est toute sa vie. Président des Three Devils Production, cette association est pour lui le moyen de vivre pleinement sa passion, d’organiser des concerts, de faire la fête avec ses amis et, surtout, de faire vibrer le rock’n’roll à Strasbourg.

Three Devils Production

Benoît Zoller, président des Three Devils Production (Photo Lulu)

Une motivation sans borne et de très belles dates à venir

Petite structure underground, qui ne bénéficie d’aucune subvention, l’association compte actuellement trois membres : Benoît, Romain et Nina. Mais ces trois amis ne manquent jamais de bras car, depuis presque deux ans que les Three Devils existent, ils ont toujours pu faire appel à leurs potes qui sont nombreux à leur filer un coup de main.

Depuis leur tout premier concert organisé en juillet 2015, quand ils ont fait venir Pat Capocci, ils ont réalisé un beau parcours, multipliant les dates. Psycho, punk, garage, rockab, blues… Leur motivation sans borne les pousse à se battre pour faire venir les meilleurs groupes comme l’explique Benoît :

« Ce n’est pas toujours facile de convaincre les groupes de venir, mais la plupart joue le jeu. Et c’est vrai que, étant bien inséré dans le milieu, je profite d’un beau réseau qui facilite bien les choses. Et puis, dans le rock’n’roll, on s’entraide beaucoup. C’est quelque chose que tu ne retrouveras pas ailleurs. »

Ils ont notamment réalisé en septembre de cette année leur tout premier festival, le Rockin’Rumble, qui a rencontré un énorme succès.

Three Devils Production

L’affiche du concert de décembre (doc remis)

En 2017, un nouveau Rockin’ Rumble à Illkirch

Je demande alors à Ben ce que les Three Devils nous préparent de beau pour les prochains temps :

« On a beaucoup de grandes idées… On a décidé de faire une nouvelle édition du Rockin’Rumble en septembre 2017, qui se tiendra à Illkirch. Ils ont une grande salle des fêtes, avec un parquet, ce qui est pratique pour danser… Le line-up n’est pas encore tout à fait prêt, alors je ne peux pas en dire plus pour le moment mais… il va y avoir de beaux noms ! On tient vraiment à cet événement car, en plus d’avoir été une grande satisfaction, il permet à notre association de s’élargir et de fédérer d’autres personnes qui sont aussi dans le rock’n’roll, comme les Boogie Spirit. Et pour 2017 on refera un market vintage qui sera plus orienté vers un côté artistique cette fois-ci. »

Quand Benoît évoque leurs différents projets, il le fait avec un sourire plein de malice et un enthousiasme vibrant de joie. Rien ne le passionne plus que la musique et il met toute son énergie dans l’organisation des concerts, à l’image des trois autres membres des Three Devils Production :

« On a vraiment plein de projets. On va évidemment refaire des concerts au Mudd Club. Le prochain sera le 14 février, une belle date, dirty blues, avec les américains King Mud et les Wooden Shields. On a aussi un projet plus blues, assez original, qui aura lieu fin mai. Là aussi, on va faire venir des groupes de bonne facture. On aimerait aussi organiser des soirées dans d’autres lieux, dans l’optique de soutenir ceux qui les tiennent, de leur amener du monde. C’est quelque chose de vraiment important pour nous. »

Un public strasbourgeois pas toujours au rendez-vous

Je le questionne alors sur le public qu’on retrouve à leurs soirées :

« On retrouve des habitués, en fonction du style qu’on propose, et puis nos potes évidemment. Mais il y a aussi des nouvelles têtes à chaque fois. On peut dire que le rock’n’roll ne date pas d’hier ! Alors, pour l’âge, il varie entre 25 et 77 ans ! C’est clair qu’on ne fait pas de l’electro, alors il n’y a pas beaucoup de jeunes qui viennent. C’est dommage, car le rock, à ses débuts, c’était ça, le public teenage ! »

Si on trouve toujours à Strasbourg des personnes pour se plaindre que « rien ne se passe ici », les Three Devils Production regrettent de leur côté que, malgré les bons groupes qu’ils font venir des quatre continents, le public n’est pas toujours au rendez-vous :

« Je remarque que lors des concerts qu’on organise au Mudd Club, la fréquentation est très variable. Ça dépend de la notoriété des groupes, certes, mais du public aussi. On ne maîtrise pas toujours tout. Il y a des périodes où le public répond moins bien, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Pour tout te dire, à chaque fois qu’on prépare une date, on se demande si les gens seront motivés pour bouger ou non. Mais cela ne nous freine pas pour autant ! On se motive nous-mêmes ! Et on le fera tant qu’on peut, parce qu’on aime ça, et on est là pour le rock’n’roll ! »

Le logo de Three Devils Production (doc remis)

Le logo de Three Devils Production (doc remis)

Les années 80, un âge d’or pour le rock’n’roll strasbourgeois ?

Élevé à l’ombre de la scène underground, Benoît regrette un certain âge d’or strasbourgeois, d’avant la construction de la Laiterie :

« Ça fait bien 25 ans que je suis dans le milieu. A la fin des années 80, on traînait avec mes potes dans Strasbourg, on écoutait du wild rockabilly, on allait à pas mal de concerts, dans différents bars. À cette époque, il y avait plein de concerts un peu partout, dans chaque troquet. Il faut dire qu’il y avait beaucoup moins de restriction au niveau du bruit, ce qui est un réel problème actuellement. La municipalité nous laissait bien plus de libertés. Et il n’y avait pas de salles de musiques actuelles, alors les groupes jouaient dans plein de salles différentes… Oui, il y avait vraiment plus de libertés alors. Et ce moment-là, pour moi, c’était l’âge d’or du rock’n’roll à Strasbourg. »

Qu’en est-il du rock’n’roll actuellement ?

« Aujourd’hui, il y a quelques salles où le rock’n’roll vit encore. Il y a le Mudd bien sûr, le Molodoï, le Kawati… Peut-être le Snooker aussi. Mais je n’en vois pas beaucoup d’autres. Alors oui, on souffre du déficit de lieux, mais ce n’est pas nouveau. »

Benoît n’hésite pas à faire de longs trajets pour voir les groupes qui lui tiennent à cœur. Il se déplace régulièrement aussi bien dans d’autres régions de France, qu’en Suisse et, surtout, en Allemagne :

« En Allemagne, c’est tout à fait différent, il y a d’autres structures. Rien qu’à Fribourg, on trouve une bonne dizaine de bars où il se passe des choses toute la semaine ! »

Three Devils Production

King Mud, qui sera en concert le 14 février à Strasbourg. (Doc remis)

À la recherche du vrai rock’n’roll

Il est assez étonnant de constater que le rock’n’roll ne rencontre pas toujours le succès escompté, alors que le rétro est sur toutes les lèvres. Il s’est vraiment popularisé ces dernières années et on le retrouve absolument partout. Je le sens, quand je me promène dans les rues de ma ville. Entre les robes à pois, les grandes lunettes vintage, tout le monde a son accessoire… Même mon médecin de famille à dans sa salle d’attente des chaises inspirées des fifties ! J’en parle à Benoît :

« Tout est vintage aujourd’hui. Ce mot est un peu galvaudé. On trouve plein d’événements vintage, alors c’est bien, certes, mais beaucoup ont un côté très farce-et-attrape aussi. Je me méfie un peu de tout ça. Avec les Three Devils Production, on veut préserver une culture authentique et la recherche. On ne veut pas d’une pâle copie des années 30 ou 50. On ne veut pas d’un vintage façon Ikéa, ce qu’on veut, c’est l’original ! Et ce côté-là se perd… Et puis, quand on parle de mode, on en revient toujours à la même question : qu’en sera-t-il dans six mois ? Rencontrera-t-elle toujours le même succès ? »

Mais qu’en est-il alors de l’effet de la mode du vintage sur les concerts ?

« Selon moi, cette mode n’a aucune incidence côté musique. Les personnes qui vont aller à ces événements ne vont pas forcément écouter la musique qui va avec. Et puis ils ne vivent pas le rétro au quotidien. Ils s’habillent façon fifties le temps d’une soirée, ou d’un week-end, puis ils remettent leurs tenues normales. Regarde comme je suis habillé aujourd’hui, quand je vais au travail, j’ai exactement le même look. »

Je lui propose alors de m’expliquer ce qu’est le rock’n’roll pour lui. Entre nous, je crois qu’il a dû me maudire pour cette question difficile, mais je savais qu’il allait jouer le jeu ! Il répond :

« Le rock’n’roll, c’est de la musique afro-américaine influencée par le jazz, la soul, le blues, … Et il y a toute une palette de nuances à découvrir ! C’est quelque chose qu’on aime d’ailleurs chez les Three Devils Production, découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux sons … Et puis faire la fête avec nos potes ! Le rock’n’roll, c’est une musique, et puis tout un état d’esprit aussi. C’est la bière, les potes, la fête ! Et puis le rock’n’roll, pour moi, se trouve pour une grande partie dans un livre que je te conseille vraiment, tu ne le regretteras pas, c’est Les héros oubliés du rock’n’roll de Nick Tosches. Mon livre de chevet quotidien ! »

Pour finir en beauté, je ne peux pas m’empêcher de lui demander ce qu’il aurait à dire aux personnes qui estiment que le rock’n’roll, c’est Johnny et Elvis. Il éclate alors de rire en me disant :

« S’ils pensent ça, c’est qu’ils ne méritent pas mieux. Qu’ils continuent de les écouter, tant pis pour eux. »

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Que reste-t-il du Strasbourg underground des années 80

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Article actualisé le 17/12/2016 à 15h08
L'AUTEUR
Lulu
Lulu
Je suis Lulu ! Strasbourgeoise depuis mes 18 ans, passionnée de musique, je te propose de me suivre à la découverte de notre impressionnante scène locale ! Electro, hip hop, rock'n'roll, les talents ne manquent pas. Les concerts non plus. Alors viens, on va boire des coups et écouter du bon son !

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