Tribune : engager la transition écologique et sociale de l’aéroport
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Tribune : engager la transition écologique et sociale de l’aéroport

L'aérogare de Strasbourg-Entzheim (Photo aéroport)

Pour Alain Jund et Jacques Fernique, respectivement porte-parole et secrétaire régional d’Europe Ecologie – Les Verts, les subventions versées par les collectivités locales ne peuvent que retarder l’inévitable conversion de cette plate-forme aéroportuaire. Ils plaident pour une mise en réseau des structures à l’échelle du Rhin supérieur.

TribuneDepuis l’ouverture de la ligne TGV Est, la fréquentation de l’aéroport a chuté de plus de 35 %. Avec la mise en service de la ligne TGV Rhin Rhône la chute de fréquentation s’est poursuivie.

Devons nous attendre 2013 ou 2017 pour agir et anticiper pour engager les transitions nécessaires ? Le dumping fiscal, engagé par la Région Alsace, le Département du Bas-Rhin et la Communauté Urbaine de Strasbourg ne sont, en tout état de cause, pas une perspective durable. En encore moins si nous nous plaçons du point de vue de l’espace du Rhin Supérieur où 12 aéroports accélèrent leur concurrence effrénée.

Les écologistes portent trois convictions au débat sur l’avenir d’Entzheim : les personnels de l’aéroport ont droit à un langage de vérité ; notre région a besoin d’élus qui sachent conduire une stratégie cohérente des transports incluant l’aérien ; le Grenelle de l’Environnement et les engagements de Kyoto ne sont pas du vent, les préconisations pour Entzheim ne seront crédibles que si elles y sont compatibles.

Lucidité, cohérence, durabilité. Les écologistes mettent ces trois principes au cœur de ce débat : les éluder ne sauvera à terme aucun emploi. Ne rejouons pas 30 ans après la mauvaise pièce de la sidérurgie lorraine.

Un report nécessaire vers le ferroviaire

On voudrait presque nous faire croire que le TGV est une catastrophe. Quoi ? Ils ne prennent plus l’avion pour aller à Paris ? Qui aurait pu l’imaginer ? Ces 600 000 usagers du train qui délaissent l’avion sont autant de points marqués face à la crise énergétique et face au péril climatique : les regretter, c’est refuser la conversion écologique négociée au Grenelle. Celui-ci a sans ambiguïté recommandé de favoriser le ferroviaire à grande vitesse par rapport à l’aérien sur les lignes sur lesquelles ces deux modes sont en concurrence (Paris-Strasbourg est explicitement cité en exemple). Il a notamment préconisé de supprimer les aides publiques et les exonérations des compagnies à bas coûts sur de telles lignes, voire d’augmenter le prix des billets aériens correspondants via une écotaxe sur le kérosène.

Les transports aériens intérieurs dégagent 4,9 millions de tonnes de CO2 (7 fois plus que le ferroviaire). Dans ces conditions, concurrencer le ferroviaire sur les liaisons où il est le plus pertinent c’est clairement attiser la catastrophe climatique. Il est une évidence aujourd’hui, et François Hollande le rappelait à l’occasion de l’ouverture de la Conférence Environnementale qu’il n’y aura plus de pétrole bien avant la fin du siècle. Dans ces conditions brûler à tout va du kérosène détaxé relève de l’irresponsabilité économique et sociale.

Kérosène détaxé d’autant plus incompréhensible que la récente diminution du prix de l’essence de 3 centimes pour le compte de l’État coûte à elle seule, si elle se poursuit pendant un an, un milliard d’euros au budget national.

Un schéma des transports et un contrat de conversion de l’aérien

Les enjeux nécessitent de la cohérence : à 240 km autour de Strasbourg l’Européenne, il y a 12 aéroports. C’est en jouant leur mise en réseau et leur complémentarité qu’on sécurisera un avenir tenable pour chacune de ces infrastructures et pour leurs salariés. Qui peut croire un instant que c’est par la concurrence sauvage, le retour aux vols de nuit, le dumping fiscal et l’agressivité commerciale qu’on garantira durablement un avenir équilibré ?

Il est trop tard pour continuer à gérer les transports par l’empirisme, l’esprit de clocher et la schizophrénie : la responsabilité politique nous oblige à l’élaboration d’un schéma et d’une programmation des transports (voies ferrées, routes, aéroports, transport combiné, transports collectifs…). Ne trompons pas les citoyens : nos collectivités territoriales ont trop d’investissements à réaliser en transports collectifs urbains et péri-urbains pour avoir les moyens de mettre l’aérien sous perfusion budgétaire. Celui-ci doit engager sa mutation pour se stabiliser à un niveau pertinent et accompagner la nécessaire transition professionnelle. Elaborons pour Entzheim un contrat concerté d’anticipation et de conversion assurant à la fois un volet « maintien d’une activité aéroportuaire justement calibrée à la vocation européenne de Strasbourg », un volet « sécurité de l’emploi et formation » qui garantisse la continuité entre l’emploi actuel et futur, et un volet « transition vers les métiers de la mobilité durable ».

L’imprévoyance des décideurs et l’inconscience face aux mutations, voilà ce qui menace les salariés d’Entzheim, pas les propositions lucides des écologistes !

Jacques Fernique
Alain Jund

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : L’aéroport de Strasbourg engagé dans une partie serrée

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