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L’usage des piscines devient payant pour les clubs, qui s’inquiètent
Société 

L’usage des piscines devient payant pour les clubs, qui s’inquiètent

par Pierre France.
Publié le 7 juillet 2014.
Imprimé le 20 janvier 2022 à 12:57
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Enfants à la piscine d'Ostwald (Photo Strasbourg.eu)

Enfants à la piscine d’Ostwald (Photo Strasbourg.eu)

Les associations et les clubs utilisant les piscines de la communauté urbaine de Strasbourg vont devoir désormais payer l’utilisation des bassins. Le coup est rude pour les clubs qui ont alerté leurs adhérents sur une augmentation de leurs tarifs d’inscription. Engagée dans un vaste plan de rénovation de tous ses bassins, la CUS veut faire participer tous les usagers à l’effort.

Les deux plus importants clubs de natation de Strasbourg, la Société de Natation de Strasbourg (SNS) et l’ASPTT, viennent d’envoyer à leurs membres une lettre pour les informer que les tarifs des inscriptions à leurs cours augmenteront en septembre, d’environ 40€ par enfant et par an. La raison ? Les clubs de natation et toutes les organisations utilisant les neuf bassins de la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) vont devoir payer la location des lignes d’eau à partir de septembre.

Selon le SNS et l’ASPTT, cette décision leur a été « imposée sans concertation » et représente un surcoût d’environ 100 000€ pour les cours de natation. Dans leur lettre commune, les deux clubs indiquent :

« Nos premières décisions nous ont conduits à réduire le fonctionnement général, financier et de l’organisation sportive, les pratiques sociales et de perfectionnement seront revues significativement à la baisse. L’effet de l’augmentation de 40€ est rétroactif à toutes les personnes préinscrites. Nos trésoreries respectives ne nous permettent pas de prendre cette significative augmentation à notre charge. Nous regrettons d’avoir à vous faire subir dans l’urgence cette situation indépendante de notre volonté et qui est loin de notre philosophie sportive. »

Pour l’opposition municipale, c’est le signe que les finances de la CUS sont exsangues, comme l’explique Jean-Emmanuel Robert, conseiller municipal et communautaire UMP :

« L’équipe de Robert Herrmann nous présente la facture, opportunément après les élections. Après l’augmentation des tarifs des piscines pour les usagers et de la CTS, voici l’augmentation des inscriptions à la pratique sportive de la natation ! Les finances de la CUS sont dans le rouge, malgré ce qu’on nous raconte. Nul doute que des augmentations d’impôts vont suivre. Cette décision unilatérale fragilise les clubs qui ont été mis devant le fait accompli. »

« Faire participer les clubs d’aqua-gym à l’effort collectif »

De son côté, la CUS temporise par la voix de Claude Froehly, vice-président (PS) en charge des piscines :

« Depuis plus de 10 ans, l’utilisation des bassins n’était pas facturée aux clubs. Néanmoins, le coût apparaissait dans les conventions d’occupation qui sont signées entre les clubs et la CUS. Et depuis trois ans, on leur indique que cette facturation sera appliquée en septembre 2014. Donc ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas ! Tous les présidents de clubs ont été reçus en entretien et se sont vus expliqué les détails de cette facturation. En résumé, ils devront payer 15,5€ par heure pour une ligne de 25 mètres mais une subvention viendra prendre en charge ce coût pour la pratique sportive de ces clubs.

Ceux qui sont visés, ce sont surtout les clubs de loisirs, qui proposent de l’aquabike ou de l’aquagym, comme le détaille Claude Froehly :

« Une heure d’une ligne de 25 mètres coûte environ 46€ à la collectivité. Il est normal que ces structures, qui demandent d’importantes sommes à leurs adhérents, participent à l’effort collectif. Je rappelle que les 9 bassins de la CUS coûtent 14 millions d’euros par an pour seulement 2 M€ de recettes. Avec cette nouvelle facturation, on espère environ 500 000€ supplémentaires, il ne s’agit donc pas d’une mesure d’économie budgétaire. »

Les bons comptes des écoles de formation pour les clubs

Les clubs seront facturés mensuellement à partir de septembre et le conseil de CUS devrait voter les subventions par tranches de six mois, également en septembre, pour les clubs sportifs. Mais les clubs sont inquiets car ces subventions ne devraient pas concerner la location des bassins pour les écoles de natation. Ce service était jusqu’à présent l’activité rentable des clubs sportifs, comme l’explique Nathalie Bisch, présidente de Plongeon Strasbourg :

« J’avais pris les devants en augmentant les tarifs de 20€ pour l’année prochaine, mais ça ne suffira pas. Comme le SNS, je vais augmenter de 40€ pour couvrir les nouveaux frais de location. On forme à la natation plus de 200 enfants, dès 4 ans, et c’est ce qui finance le club de plongeon, qui une activité qui coûte extrêmement cher. Si les parents nous suivent, ça devrait passer. Je ne râle pas, c’est normal de payer l’utilisation des bassins, mais c’est vrai que je suis inquiète. Les moyens de la formation de l’équipe de plongeon de Strasbourg dépendent directement de l’école de natation… »

Jean-Michel Dohin préside le club de ballet nautique de Strasbourg. Pour lui, les choix à venir sont discutables :

« Notre activité, c’est à 99% de la préparation sportive, nous sommes le 2e club de France en natation synchronisée. Donc nos frais de location seront couverts par une subvention. Mais on peut regretter que la CUS ne subventionne pas également les écoles de formation, ça participe quand même au service public, surtout auprès des plus petits qui nécessitent le plus d’encadrants adultes. »

À Schiltigheim : « On va tout arrêter »

Au club Léo Lagrange à Schiltigheim et Bischheim, on prévoit carrément de tout arrêter. Son président depuis 12 ans, Claude Klein est très remonté contre la CUS :

« C’est la honte, la honte, la honte ! Si les élus de la CUS avaient voulu décourager les derniers bénévoles de la natation, ils ne s’y seraient pas pris autrement. La CUS va me réclamer 63 000€ par an, dont ils prendraient en charge environ la moitié, alors que le budget de notre club, c’est 80 000€. Tout cet argent sert à faire fonctionner l’équipe de compétition, je ne me vois pas réclamer une augmentation de cotisation, qui coûte déjà 112€, à nos membres. Nous sommes un club social, qui a accueilli 463 enfants l’an dernier, nous sommes le 3e club en Alsace et on va tout arrêter. Si la CUS persiste, c’est la fin de la natation à Léo Lagrange. »

Un choix que critique également Jean-Daniel Moussay, de Strasbourg Piscines pour tous :

« On ne comprend pas bien l’utilité de ce tour de passe-passe comptable qui consiste à faire payer d’un côté pour subventionner de l’autre… Surtout si c’est pour pénaliser les écoles de natation. C’est quand même bien que les jeunes puissent apprendre à nager, ça crée du lien. Voilà encore une mesure qui va emmerder les jeunes… 40€ d’augmentation, c’est beaucoup sur des inscriptions annuelles qui dépassent déjà les 200€. »

Du rudes négociations s’engagent donc en ce moment entre la CUS et les clubs. Ces derniers pourraient voir leurs locations pour les écoles de natation subventionnées en partie, surtout pour les plus petits. Les choix finaux seront entérinés à l’automne.

La CUS investit 100 millions d’euros en dix ans (2010-2020) dans la rénovation de ses piscines. Avec la réouverture samedi 12 juillet de la piscine de la Kibitzenau, ce vaste plan sera arrivé à mi-parcours. Pour Claude Froehly, faire participer les clubs consiste aussi à les sensibiliser à prendre soin des équipements. Mais Jean-Daniel Moussay pointe que malgré ces 100 millions d’euros, l’Eurométropole ne disposera toujours pas d’un bassin aux normes internationales.

Aller plus loin

Sur DNA.fr : Au milieu du gué (accès abonnés)

Sur Rue89 Lyon : Piscines municipales en France : préférez les villes moyennes, évitez Lyon et Marseille !

Sur Rue89 Strasbourg : Le plan piscines, « absurde et inadapté aux besoins »  (tribune)

Article actualisé le 08/07/2014 à 15h07
L'AUTEUR
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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