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La Ville prête à acheter la Semencerie
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La Ville prête à acheter la Semencerie

par Pierre France et Maud de Carpentier.
Publié le 2 décembre 2021.
Imprimé le 22 janvier 2022 à 21:35
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Alors qu’un projet d’auberge de jeunesse avait été présenté, et vivement contesté, lors d’une réunion publique en octobre, la Ville de Strasbourg annonce ce jeudi matin dans un communiqué qu’elle va « entrer en négociation pour se porter acquéreur du site ».

L’information est parvenue ce matin. Dans un mail, bref et dense envoyé à la presse, la Ville de Strasbourg indique simplement :

« La Ville, à l’écoute des interrogations des habitantes et des habitants, et des partenaires du quartier sur l’opportunité de la Semencerie et souhaitant préserver l’esprit créatif du quartier, a informé les propriétaires qu’elle souhaitait entrer en négociation pour se porter acquéreur du site en lieu et place du groupement et prendre toutes les dispositions pour permettre l’intégration du site dans un projet d’aménagement global du secteur ».

Adieu l’auberge de jeunesse

Le lundi 18 octobre 2021, Rue89 Strasbourg avait assisté à une réunion publique électrique, au sujet de l’avenir de la Semencerie. Ce lieu atypique, situé dans le quartier Laiterie, accueille depuis 2007 une trentaine d’artistes contre un loyer dérisoire : 420€ par mois pour 2 000 m². C’est l’un des co-gérants des Semences Nungesser (ancien propriétaire des lieux), Roger Heitz, qui a permis aux artistes de s’installer là. Mais aujourd’hui âgé de 66 ans, le mécène aimerait bien désendetter son entreprise et partir à la retraite.

Après plusieurs ventes avortées, Roger Heitz était finalement entré en négociation avec la société Melt Hotel, qui ouvre des hôtels à concepts dans plusieurs villes de France. Pour le projet de Strasbourg, le groupe Melt s’était associé à Cogedim afin de construire un « un ensemble immobilier de 12 340 m² comprenant un hôtel de 133 chambres, une halle commerciale, une résidence étudiante et 60 logements ».

Mais l’accueil par les habitants du quartier Laiterie était au mieux indifférent, voire hostile comme lors d’une bonne part des expressions entendues lors de la réunion publique. Certains y voyaient un embourgeoisement du quartier et craignaient une forte hausse des loyers. D’autres, comme les artistes, redoutaient d’être mis à la porte, sans pouvoir trouver un lieu similaire.

À la Semencerie, les artistes hébergés partagent leurs savoirs-faire avec des habitants lors d’ateliers, comme ici lors de Selbst Gemacht, un festival annuel du « fabriquer soi-même » (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc).

Les artistes avaient demandé à la Ville de préempter

Ce soir-là, le collectif d’artistes avait demandé à la Ville de Strasbourg de préempter la vente de cet entrepôt construit en 1890, issu du patrimoine industriel du XIXe siècle. On parle alors d’une somme oscillant entre 2 et 3 millions d’euros. Il semble donc que la Ville ait entendu l’appel des artistes et des habitants :

« Au sein de ce quartier, le secteur de la Laiterie, classé en Quartier Prioritaire de la Ville avec un taux de pauvreté de 40,6%, va connaitre d’importantes mutations dans les prochaines années qui vont accentuer la pression immobilière ».

La Ville de Strasbourg parle d’une offre directe aux propriétaires pour l’instant, et pas d’une préemption, ce qui ne laisserait pas le choix aux propriétaires de la parcelle. Quant à l’avenir, la Ville formule, pour l’instant, une proposition encore vague pour la reprise du lieu : « Elle y expérimentera une nouvelle méthode de projet urbain co-construit avec les citoyennes et les citoyens, ainsi que les partenaires associatifs et culturels ».

Pour Gauthier Mesnil-Blanc, l’un des artistes de la Semencerie, cette annonce est « une excellente nouvelle » :

« On va pouvoir pérenniser le lieu, s’inscrire dans la durée, faire des travaux importants… et continuer toutes nos activités en pouvant leur donner plus d’ampleur. On n’a pas encore d’idées précises quant au mode de fonctionnement avec la Ville mais on leur proposerait bien un bail emphytéotique comme au Molodoï. »

Adjointe à la maire en charge du quartier Gare, Marie-Dominique Dreyssé se félicite de cette décision :

« Ce n’est jamais facile de renoncer à un projet de développement, surtout avec des logements qui manquent à Strasbourg. Mais le quartier Gare, très morcelé, manque déjà de lieux publics de respiration, tournés vers les habitants. »

L'AUTEUR
Pierre France et Maud de Carpentier

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