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Usine à Lauterbourg, extraction à Soultz, prospection en Outre-Forêt… L’Alsace, future terre de lithium ?
Environnement 

Usine à Lauterbourg, extraction à Soultz, prospection en Outre-Forêt… L’Alsace, future terre de lithium ?

par Nicolas Dumont.
Publié le 14 juillet 2022.
Imprimé le 16 août 2022 à 16:03
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L’entreprise Viridian a annoncé la construction d’une usine de raffinage de lithium à Lauterbourg. Une première en France. Opérationnelle d’ici fin 2025, le groupe affiche la volonté de devenir un acteur indispensable de la production de lithium pour l’Europe.

Il y a encore un an, personne n’avait entendu parler de Viridian. Et pour cause, l’entreprise strasbourgeoise n’existait pas. Immatriculée en tant que société en novembre 2021, Viridian a annoncé le 7 juin 2022 construire la première usine de production de lithium en France à Lauterbourg.

L’or blanc des batteries

Surnommé « or blanc », le lithium est un métal naturellement présent sur terre. Il est contenu dans des minerais ou bien dans des saumures. Une fois extrait, ce nouvel or blanc est ensuite raffiné afin de le transformer en carbonate de lithium ou bien en hydroxyde de lithium. Ces éléments sont des composants essentiels à la production de batteries, notamment à destination de voitures électriques.

Viridian a prévu de s’implanter au niveau des ports de Lauterbourg, appartenant au Port Autonome de Strasbourg (PAS). Rémy Welschinger, PDG de l’entreprise, explique ce choix :

« À Lauterbourg, nous avons un accès privilégié sur le Rhin. Le site est déjà grandement aménagé et possède tous les permis industriels nécessaire, excepté ceux sur le plan chimique. De quoi faire avancer rapidement le projet. »

Posséder en amont les permis industriels permet d’éviter de réaliser des études d’impact. Un vrai gain de temps pour l’industriel. 

Un calendrier serré

Deux grandes étapes attendent encore Viridian avant de pouvoir lancer définitivement sa production d’hydroxyde de lithium d’ici fin 2025. Dans un premier temps, l’entreprise a lancé une étude de faisabilité financière sur les douze prochains mois. Une fois les résultats obtenus, l’objectif est de récupérer les fonds nécessaires durant le second semestre 2023. Le coût total de l’usine est estimé entre 160 et 180 millions d’euros. Le chantier devrait débuter fin 2023 et durer environ deux ans.

D’ici fin 2025, Viridian compte produire 25 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an. « Concrètement, avec 25 000 tonnes d’hydroxyde de lithium on peut construire environ 500 000 voitures de type citadine », explicite Rémy Welschinger.

À l’horizon 2031, l’objectif affiché est d’ouvrir trois lignes de production supplémentaires sur le site ce qui multiplierait le rendement par quatre et permettrait d’atteindre 100 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an. En atteignant cette capacité de production, Viridian pourrait répondre à environ 20% du marché européen aux alentours de 2030. D’ici une dizaine d’année, la demande européenne en lithium est estimée à 500 000 tonnes par an, soit plus que la production mondiale actuelle qui s’élève à 475 000 tonnes sur une année.

La volonté d’avoir la plus faible intensité carbone 

Derrière ces objectifs, il y a l’ambition de devenir le leader mondial dans la production d’hydroxyde de lithium. Là où Viridian veut se démarquer de ses concurrents, c’est par sa production faiblement émettrice en carbone. Cela commence par le choix de la matière première. 

Il y a deux manières d’extraire le lithium brut dans le monde. La première consiste à prélever du minerai via des mines, notamment en Australie et en Amérique latine. Le problème, c’est que la concentration de lithium est assez faible, aux alentours de 1%. Et l’extraction est très énergivore. Cette technique représente 60% de l’approvisionnement mondial.

La seconde méthode repose sur l’extraction de saumure et se fait principalement en Amérique latine. Concrètement, la saumure et un mélange d’eau et de différents éléments chimiques dont le lithium. Une fois extraite, elle sèche pendant plusieurs mois à l’air libre formant ainsi ce qui ressemble à des marais salants. Ce procédé est cinq fois plus propre que l’extraction minière.

Ensuite, vient le raffinage du lithium en hydroxyde de lithium. Viridian souhaite se fournir en saumures, la méthode, moins énergivore. Et pour la transformation à Lauterbourg, qui nécessite des traitements chimiques et de grandes quantité d’électricité, le groupe compte s’appuyer sur le mix énergétique français. La production d’électricité dans les centrales nucléaires françaises est considéré comme faiblement émettrice de CO2. « À travers ces choix d’approvisionnement en matière première associés au mix énergétique français, nous allons produire l’hydroxyde de lithium avec la plus faible intensité carbone au monde. Nous pensons vraiment apporter une solution réaliste », souligne le PDG de Viridian. 

Un marché en pleine expansion

En s’implantant à Lauterbourg, Viridian deviendra la première usine de production de lithium raffiné en France. À ce jour, 60% du lithium est raffiné en Chine. « L’industrie du lithium n’existait pratiquement pas il y a 20 ans. C’est un peu comme le pétrole au XXe siècle. La majorité des gens creusait dans le sol à la recherche de l’or noir. Les plus malins avaient compris qu’il fallait contrôler le raffinage. C’est un peu la même chose aujourd’hui », confie Rémy Welschinger.

Le 8 juin, le Parlement européen a voté un texte actant l’interdiction de la vente de véhicules thermiques en 2035. De quoi ravir la filière du lithium et des voitures électriques. Or, l’Union Européenne n’extrait quasiment pas le nouvel or blanc dans ses sous-sols. Elle est complètement dépendante de ses importations.

La France possède des réserves de lithium, notamment en Alsace, en Auvergne et en Bretagne. Cependant, aucune exploitation n’existe à ce jour. Jusque-là, il n’y avait pas de réelles opportunités économiques, le marché du lithium étant assez récent. Viridian devra donc s’approvisionner en Amérique latine.

L’Alsace : future filière de lithium ?

En décembre 2021, les premiers kilos de lithium de qualité batterie ont été extraits et produits en Alsace au cours du projet expérimental EuGeLi à Soultz-Sous-Forêts. « L’objectif du projet était d’extraire le lithium de l’eau souterraine avant de la réinjecter tout en exploitant la ressource géothermique », indique le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Cette expérimentation faisait partie d’un projet sur trois ans visant à développer la production de lithium dans la zone du fossé rhénan, en France et en Allemagne. Les premiers résultats évoquent un gisement de lithium d’envergure qui pourrait garantir 10 à 30% des besoins européens de 2030.

Le nord de l’Alsace en particulier est un secteur à fort potentiel géothermique. Cette zone recèle de saumures géothermales contenant du lithium. Plusieurs entreprises dont Électricité de Strasbourg et Lithium de France SAS se montrent intéressées par l’exploitation de la zone. À ce titre, Électricité de Strasbourg bénéficie d’un permis exclusif de recherches de substances minérales de lithium via un arrêté rendu le 4 avril 2022 par le ministère de l’Économie. Pour une durée de cinq ans, l’entreprise va pouvoir rechercher du lithium sur une surface de 423 km2.

Zone définie dans l’arrêté du 4 avril octroyée à Électricité de Strasbourg dans le cadre d’un permis de recherche de lithium (Source : « Demande de Permis Lithium d’Outre-Forêt« )

Deux bémols pour le lithium alsacien

Des perspectives d’approvisionnement plus local pour l’usine Viridian ? Rémy Welschinger se montre prudent. Selon lui, il y a deux bémols à court terme pour le lithium alsacien, notamment du fait de l’utilisation de la géothermie pour remonter la saumure. Le PDG de Viridian fait part de ses réserves :

« Dans les cinq années à venir, la quantité de lithium extraite sera minime. Il faut faire les choses proprement. La façon dont se sont soldés les forages de Fonroche en déclenchant des séismes est plus que dommageable. Et puis les saumures alsaciennes sont cinq à dix fois plus pauvres en lithium que celles provenant d’Amérique du Sud. Pour le moment, aucun procédé ne laisse entrevoir une stabilité financière à la filière alsacienne. J’espère me tromper mais pour l’instant, je vois les choses ainsi. »

Article actualisé le 20/07/2022 à 18h28
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Nicolas Dumont
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