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Vitrines de Strasbourg : « on est bien dans nos baskets »
Economie 

Vitrines de Strasbourg : « on est bien dans nos baskets »

par Claire Gandanger.
Publié le 13 octobre 2016.
Imprimé le 04 février 2023 à 03:40
4 022 visites. 1 commentaire.

L’année dernière, Rue89 Strasbourg révélait les comptes de l’opération des Illuminations de Noël. La gestion et les méthodes des Vitrines de Strasbourg, l’association des commerçants de centre-ville, faisait l’objet d’étonnement et de critique. Depuis, la municipalité a lancé un groupe de travail sur l’avenir des Illuminations et des commerçants ont lancé une nouvelle association. Interview de Pierre Bardet et Gwenn Bauer, directeur et président de l’association.

Des commerçants ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis de votre gestion des crises successives qui ont touché le centre-ville depuis un an. Que leur répondez-vous ?

Pierre Bardet : Les commerçants subissent un contexte économique compliqué, un manque d’accessibilité au centre-ville et des contraintes sécuritaires. Le problème des Vitrines de Strasbourg, c’est qu’on ne voit que le côté animation de l’association, avec la fête des Vendanges, les Illuminations de Noël, la grande braderie… Mais à côté, on se bat tous les jours pour le commerce. Dans la vie, il y a les blablateurs et ceux qui agissent en coulisses. L’année écoulée est la seule dans l’histoire des Vitrines où on a eu à gérer une situation de crise à un tel niveau. Nous sommes dans un état de guerre en France. On n’est quand même pas responsables des attentats. On a fait le maximum pour sauver la braderie et le Marché de Noël avec les contraintes qui nous étaient imposées.

Gwenn Bauer : Quand les attentats du 13 novembre 2015 se sont produits quinze jours avant le Marché de Noël, nous avons travaillé en coulisses pour que ce marché soit maintenu. C’est une des rares manifestations en France avec autant de monde qui a été maintenue si peu de temps après les événements. Nous sommes arrivés à faire rouvrir la station de tram Langstross-Grand’rue deux jours avant le 24 décembre. Nous sommes aussi intervenus en quelques heures sur une grande annonce sur l’autoroute qui signalait le centre « fermé ». Nous avons fait inscrire « piéton » pour être plus positif et ne pas dissuader les gens de venir.

Concernant le passage au stationnement payant entre midi et 14h, je l’ai appris comme tout le monde, par la presse. Cette décision a été prise sans concertation. On nous a mis devant le fait accompli. Nous continuons neuf mois après de nous battre pour lever cette mesure qui a vidé le centre de ses clients habituels pendant la pause déjeuner.

Pierre Bardet et Gwenn Bauer à l'église Saint-Guillaume lors de la réunion publique sur le réaménagement des quais le 10 octobre 2016. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Pierre Bardet et Gwenn Bauer à l’église Saint-Guillaume lors de la réunion publique sur le réaménagement des quais le 10 octobre 2016. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)


« La Ville a pris des décisions sans nous concerter »

Pierre Bardet : Pour le système de livraison du centre, ça a été la même chose. Pendant Noël, les livraisons se sont faites jusqu’à 10h au lieu de 11h. Nous avons découvert en janvier que cette règle était maintenue, des panneaux de signalisation avaient même commencé à être changés. Nous avons réussi à revenir à des livraisons jusqu’à 11h, en attendant qu’on en discute avec les autorités.

Gwenn Bauer : Pour l’organisation de la grande braderie, tout se présentait bien jusqu’à l’attentat de Nice le 14 juillet, soit quinze jours avant l’événement. Pierre Bardet a réussi à empêcher l’annonce de son annulation, puis nous avons eu des réunions avec le maire et le préfet. La braderie est un incontournable de l’histoire de notre ville. On a réussi à la maintenir sous des conditions qui permettront d’avoir une visibilité pour Noël 2016.

Pierre Bardet : Cette année, on s’est aussi battus avec succès contre la piétonisation complète des quais. Il a fallu batailler pour en arriver au compromis acceptable d’une zone de rencontre. On fait pression pour avoir des parkings aux abords de l’ellipse insulaire. Aujourd’hui on est arrivé enfin à un projet de nouveau parking place de Bordeaux. Maintenant on attend du concret.

Avez-vous un commentaire sur la création de l’association Défis par des déçus des Vitrines ?

Gwenn Bauer : Il s’agit d’un non-événement. Il y a toujours eu pleins d’associations qui se créent. Nous travaillons déjà en lien avec les associations de quartier.

Pierre Bardet : Nous, on sait ce qu’on fait et on est bien dans nos baskets.

« Si la Ville nous a laissé faire, c’est qu’elle estime notre gestion transparente »

Comment envisagez-vous à présent la période de Noël 2016 ?

Gwenn Bauer : Nous avons anticipé cette question. Sachant tout ce qui s’était passé, nous  avions demandé un rendez-vous au préfet dès juin. Depuis de nouveaux attentats se sont produits. Aujourd’hui, il y a des pistes mais rien n’est défini. Dans le contexte des attentats, chaque jour les décisions qu’on prend peuvent changer du jour au lendemain. La Ville et les Vitrines sont sur la même longueur d’ondes sur la nécessité de maintenir cet événement.

Nous travaillons avec elle sur la question de savoir comment aménager ce centre-ville piéton pendant le marché de Noël. En juin, nous avons demandé au préfet que le tram s’arrête en ville à Grand’rue et que le marché puisse fermer plus tard le soir. Nous souhaitons aussi que le marché puisse durer jusqu’au 31 décembre. Mais ce sont des souhaits, sur lesquels le préfet décidera au final.

Pierre Bardet : Dans un état de guerre comme ça, où le danger est permanent, il faut qu’on joue collectif. L’Alsace est l’une des régions les plus radicalisées de France et compte des centaines de fichés S, quand on connaît les éléments, on sait qu’il nous faut être responsables avant tout et accepter les contraintes de sécurité. Nous défendons tous les citoyens.

Un groupe de travail est en cours sur votre gestion des Illuminations de Noël. Reconnaissez-vous des largesses dans cette gestion ? Seriez-vous prêts à laisser la gestion financière de cette opération à une régie ?

Gwenn Bauer : Nous allons attendre les conclusions de la commission, d’ici la mi-novembre, pour faire des commentaires. Les illuminations 2016 sont entamées. Si la Ville nous a laissé faire, c’est qu’elle estime que notre gestion se fait en totale transparence. Les illuminations sont prises en charge à 50 % par les commerçants et notre rôle est de les fédérer par rapport à ça. Une régie extérieure pourquoi pas, sauf qu’il n’y aurait plus aucun commerçant qui paierait, donc ça coûterait plus cher à la Ville. Nous sommes arrivés à quelque chose qui a permis de faire de Strasbourg un lieu où on a envie de venir pour ses illuminations. Strasbourg est la ville la plus illuminée de France à Noël. Après, on ne peut pas plaire à tout le monde. Si tous les commerçants payaient, on ferait encore mieux.

Il a été reproché aux Vitrines de cacher dans ses comptes de l’opération Illuminations ses difficultés à recouvrir toutes les factures dues par les commerçants.

Pierre Bardet : Depuis que nous avons décalé la fin de l’année comptable à mars au lieu de janvier, il n’y a plus tant de factures impayées qu’on le croit. Nous comptons encore dans nos comptes des avoirs à recevoir après la clôture des comptes. Cela concerne aujourd’hui les grandes enseignes parisiennes qui paient en décalage mais qu’on ne lâche pas. 85% des commerçants du centre participent au financement des Illuminations.

« Lors de l’AG, il n’y a eu aucune question sur les comptes »

Qu’en est-il de la transparence des décisions financières de l’association ?

Gwenn Bauer : N’importe qui peut consulter les bilans de l’association quinze jours avant l’assemblée générale et certains l’ont fait. Lors de l’assemblée générale, énormément d’adhérents étaient présents. Il n’y a eu aucune question posé sur les comptes. Quand il y en a, le comptable peut leur apporter toutes les réponses.

En 2014-2015, nous avons connu une hausse de 20 % des adhésions. Sur l’année 2015-2016, elles se sont stabilisées. Nous avons depuis deux ans attiré de grandes enseignes comme Habitat, ou Starbucks.

Le recours par le passé des Vitrines à la société luxembourgeoise International Majestic pour payer la venue de personnalités sur les événements comme le lancement des Illuminations ou la grande braderie suscite des questions. De quoi s’agit-il ?

Pierre Bardet : Nous ne travaillons plus avec cette société. Depuis trois ans, je travaille en direct avec les artistes, qui viennent de plus en plus souvent gratuitement, en dehors des frais de déplacement et d’hébergement. International Majestic est une agence qui nous permettait avant d’entrer en contact avec des artistes que je n’avais pas dans mon réseau. Elle était établie en Belgique et non au Luxembourg, c’est vers ce pays que se faisaient les paiements. On a mis en place ces événements il y a dix ans et la venue des artistes suscite aujourd’hui une forte attente populaire. Elle est financée par l’argent des commerçants et par nos partenaires bancaires.

Gwenn Bauer : Qui n’a jamais payé de facture dans l’Union Européenne ? Les Vitrines n’ont pas de compte au Luxembourg, ni ailleurs dans l’UE.

Au printemps Pierre Bardet s’était engagé sur Rue89 Strasbourg à passer le relai de sa présidence de l’association des commerçants de la Robertsau. Où en est-on aujourd’hui ?

Pierre Bardet : Je travaille à constituer une nouvelle équipe pour l’association, qui devrait être en place d’ici la fin de l’année.

Gwenn Bauer : Cette affaire est suivie de près par le comité de direction des Vitrines et ça devrait être mis au carré avant la fin de l’année.

Article actualisé le 25/07/2017 à 10h59
L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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