Enquêtes et informations locales
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Le Wagon Souk menacé de fermeture début octobre
Environnement 

Le Wagon Souk menacé de fermeture début octobre

par Guillaume Krempp.
Publié le 18 septembre 2021.
Imprimé le 27 octobre 2021 à 00:00
5 230 visites. 2 commentaires.

Les dirigeants de l’association du Wagon Souk ont reçu une lettre du propriétaire des lieux, remise par un huissier de justice, début septembre. Selon les termes de cette mise en demeure, le hangar festif agrémenté d’une terrasse situé au parc Gruber à Koenigshoffen devra fermer ses portes début octobre.

En colère, Mohamed Zahi, le président de l’association qui gère le Wagon Souk, a déchiré la lettre remise par huissier le vendredi 3 septembre. Le propriétaire de ce local situé dans la partie inférieure du parc Gruber à Koenigshoffen, ordonne au Wagon Souk de cesser de recevoir du public, entre autres griefs.

Installé dans une cave depuis novembre 2018, le Wagon Souk a développé une programmation de soirées festives, des petits concerts ainsi qu’une série d’activités en solidarité avec les personnes précaires ou migrantes, notamment une cantine à prix libre, une friperie, etc.

Mais cette galerie à moitié enterrée a été initialement louée à l’association uniquement comme entrepôt. Le propriétaire, qui avait trouvé avec le Wagon Souk un preneur pour cette cave ancienne et sombre, exige que le Wagon Souk se conforme aux conditions initiales du bail d’ici le 3 octobre. Le Wagon Souk doit donc mettre fin à toutes ses activités festives et ranger les tables et chaises posées sur la terrasse devant le local.

Paul Fischer, propriétaire du local, ne voit pas comment le Wagon Souk pourrait respecter ces clauses en si peu de temps :

« Le Wagon Souk, c’est un organisateur d’événements festifs, ce qui n’entre pas dans la destination de ces locaux. Je suis ouvert à la discussion, mais les difficultés durent depuis deux ans. On n’est pas sur une voie d’apaisement. Début octobre, on demandera au tribunal la résiliation du bail et l’expulsion des occupants du local. »

L’accueil du public doit cesser immédiatement

Car les griefs listés dans la lettre remise par l’huissier de justice sont nombreux. Le responsable de l’association gestionnaire du Wagon Souk est accusé d’occuper et d’encombrer les voies d’accès et de circulation extérieure de façon permanente. Les activités, notamment festives, suscitent des plaintes du voisinage du fait des nuisances sonores. Le courrier ordonne aussi de présenter des justificatifs d’assurance du lieu.

Lieu solidaire le jour et festif la nuit, le Wagon Souk devrait aller voir ailleurs. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

« À chaque fois, les voisins ou le proprio se plaignent de quelque chose d’autre »

Pour Hélène Humbert, trésorière de l’association Sauver le monde, gestionnaire du Wagon Souk, le propriétaire du local est fermé au dialogue. La coordinatrice artistique du lieu affirme qu’un courriel a été envoyé à Paul Fischer pour adapter le contrat de location lorsque l’association s’est mise à organiser des événements publics : « On n’a jamais eu de réponse », regrette-t-elle. La bénévole veut aussi prouver que l’association s’est toujours pliée aux contraintes du propriétaire :

« En novembre 2020, on a eu un rendez-vous avec deux adjoints à la maire de Strasbourg, Pierre Ozenne et Guillaume Libsig (l’un en charge du quartier Koenigshoffen, l’autre de la vie associative et de l’animation urbaine). Ils nous ont dit que le lieu n’est pas adapté pour accueillir du public. Depuis, on a arrêté les événements en intérieur. On a commencé à réfléchir à des formats en extérieur. On essaye de trouver des solutions, mais à chaque fois, les voisins ou le proprio se plaignent de quelque chose de nouveau. »

Le parvis devant le Wagon Souk en septembre 2020 (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Un lieu de moins pour les personnes précaires

Mohamed Zahi, alias Zaï Mo, regrette la fin de ce lieu qui permettait « de valoriser culturellement ce patrimoine du parc Gruber, avec et pour les précaires. » À l’appui de ses propos, il cite les acteurs du Wagon Souk : « Je suis artiste et jardinier, issu de l’immigration, Adama, cuisinière et sans papier de 62 ans, il y a aussi Jamel, et Jean-Paul, un SDF qui errait dans les rues de Strasbourg… » Pour Zaï Mo, le Wagon Souk était une œuvre d’art vivante, « on voulait inverser les choses, ces personnes qu’on discrimine d’habitude, elles sont maintenant des acteurs d’un lieu. »

Le président de l’association Sauver le monde analyse, désabusé :

« Quand on observe les gens qui doivent quitter le parc Gruber, on trouve le Wagon Souk et l’Hôtel de la rue. La réalité est toujours la même : avec l’embourgeoisement, les premiers qui partent sont les précaires et les gens issus de l’immigration… Ceux qui dérangent. »

Comme Zaï Mo, Hélène Humbert estime que « ce n’est plus vivable de rester ici. De toutes façons, le Wagon Souk ne dépend pas d’un espace, si on veut le faire ailleurs, on le fera ailleurs. »

Article actualisé le 21/09/2021 à 16h23
L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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