Y aura-t-il une pénurie d’écoles à Strasbourg ?
Société 

Y aura-t-il une pénurie d’écoles à Strasbourg ?

L’urbanisation de Strasbourg met la ville et l’agglomération au défi d’accueillir toujours plus d’élèves dans ses écoles. Agrandissements des établissements, construction de nouveaux, modification de la carte scolaire, dérogations… Le point sur les moyens d’action dont elles disposent.

Les chantiers immobiliers se multiplient à Strasbourg et en périphérie. La Ville de Strasbourg autorise chaque année la construction de 3 000 nouveaux logements. L’ensemble des communes de l’Eurométropole prévoit de gagner 50 000 nouveaux habitants d’ici 2030. Accueillir tous les enfants de ces nouveaux foyers présente dès aujourd’hui un défi pour les écoles et les collectivités.

Quand les municipalités sont à l’origine des nouveaux projets urbains, elles peuvent anticiper la construction de nouveaux équipements scolaires et les faire financer par les recettes des opérations immobilières qui y sont prévues. C’est le principe des zones d’aménagements concertées (ZAC). Ainsi à Ostwald, le projet du nouveau quartier des Rives du Boehri intègre la construction d’une nouvelle école maternelle.

Celui de Jean Monnet à Eckbolsheim inclut l’extension des écoles élémentaire et maternelle. À Strasbourg, une nouvelle école maternelle est déjà en chantier dans le cadre de la construction de l’écoquartier Danube et devrait ouvrir d’ici 2 ans.

Pour le reste, quand les projets ne sont pas à leur initiative, il ne reste plus aux communes qu’à se débrouiller pour répondre aux besoins et financer de nouveaux équipements. Mais Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg en charge de l’éducation, l’assure :

« À ce jour, nous n’avons pas de difficultés pour accueillir tous les enfants dans les écoles de Strasbourg. »

La tendance est à la réalisation de grosses écoles pour suivre l'urbanisation, ici l'école Saint-Jean à Strasbourg (Photo LG / Rue89 Strasbourg / cc)

La facilité consiste à créer de grosses écoles pour suivre l’urbanisation, ici l’école Saint-Jean à Strasbourg (Photo LG / Rue89 Strasbourg / cc)

70 classes en plus d’ici 6 ans

Mais elle prépare la suite. La Ville a affiné ses projections au printemps sur la base de tous les permis de construire accordés ou en cours d’instruction. Dans les six ans à venir, il y aura besoin de 70 classes supplémentaires à Strasbourg, ce qui équivaut à 7 nouvelles écoles.

Pour répondre à ce défi, la Ville va s’appuyer sur le soutien de l’Académie, qui lui a déjà accordé une dizaine d’ouvertures de classes supplémentaires par an depuis quatre ans. Elle n’a plus qu’à trouver de la place pour construire, et des crédits pour les agents…

Françoise Buffet se veut optimiste face au challenge :

« Ces chiffres sont à relativiser sur l’ensemble du périmètre de la ville qui compte 114 écoles maternelles et primaires. On peut déjà aisément éparpiller de nouvelles classes parmi celles-ci. »

Cette stratégie est déjà appliquée. À l’école Marguerite Perey à Cronenbourg, par exemple, une ouverture de classe cette année a permis d’absorber les nouvelles inscriptions des enfants venus des nouveaux immeubles de la zone du CNRS. Et des salles sont encore disponibles pour ouvrir de nouvelles classes. Même chose à l’école du Rhin dans le quartier Port du Rhin, dont les principaux projets d’urbanisation ne se concrétiseront pas pendant le mandat municipal actuel.

L’agrandissement des écoles en question

Mais ailleurs, la pression démographique est telle qu’il faut agrandir. La Ville est déjà impliquée dans l’extension de l’école du Hohberg, à cheval sur les quartiers Koenigshoffen et Montagne Verte. Elle accueille déjà plus de 430 élèves, c’était une promesse de campagne de Roland Ries en 2014. L’ambition a déjà de l’âge mais la Ville avance à tâtons. Le projet initial était de rénover l’école existante en y créant 9 classes supplémentaires. Insuffisant, vu les projections démographiques, il faudrait au moins 20 classes pour le quartier !

Il a ensuite été question de créer une nouvelle école dans la vaste cour de l’école existante. Mais l’idée de rassembler un millier d’enfants sur le même site n’a pas tenu lors de la concertation avec les enseignants et les parents d’élèves.

Cet été, les services de la Ville ont procédé à une étude du quartier rue par rue pour évaluer les besoins. La solution envisagée aujourd’hui est, d’après Françoise Buffet, de créer plusieurs « petites structures éparpillées dans le quartier ».

D’une manière générale, l’élue se méfie des grands groupes scolaires :

« L’idéal serait de construire de petites écoles avec des petits périmètres de rattachement, pour que les enfants puissent aller à pied à l’école, que les parents puissent se connaître… J’aimerais qu’on ne dépasse nulle part un format d’école à 400 ou 500 élèves. »

12 millions d’euros pour la Meinau et Koenigshoffen

Pour agrandir et créer des écoles, la Ville peut puiser dans un budget de 15 millions d’euros par an, avec lequel elle finance aussi les rénovations et les petits travaux. Sur cette somme, 12 millions d’euros sont déjà bloqués pour la création de deux nouvelles écoles à la Meinau et à Koenigshoffen d’ici 4 ans.

À la Meinau, la Ville a déjà une piste sérieuse de terrain pour ouvrir une grande et seule école. Le dossier de la future école de Koenigshoffen est moins avancé, concède Françoise Buffet :

« On ne sait pas encore s’il s’agira d’une seule école ou de plusieurs petites structures. La difficulté est toujours de trouver les terrains. »

Pour gérer les nouveaux besoins et répondre à la densification de certains quartiers, la Ville recourt aussi à la modification de la carte scolaire. En mars, le conseil municipal a ainsi voté le rattachement du site des Brasseries de Cronenbourg à l’école Gustave Doré, dans le même quartier, et celui de la zone artisanale des Forges, dans le quartier des Poteries à Hautepierre, à l’école Gustave Stoskopf.

Grosse pression aux Poteries

Mais justement, la pression est forte sur l’école maternelle et primaire Gustave Stoskopf qui compte déjà 550 élèves. L’école, classée en Réseau d’éducation prioritaire, doit absorber les enfants des nouveaux quartiers des Poteries et de Hautepierre, sans avoir les moyens d’ouvrir de nouvelles classes. Elle s’accroche pour maintenir un nombre maximal de 26 élèves par classe.

Elle a déjà dû rediriger des enfants vers les écoles voisines, dont Marcelle Cahn. Dans les mois qui viennent, 90 nouveaux logements sociaux doivent être livrés aux Parc des Forges et l’école n’est pas certaine de pouvoir absorber en cours d’année l’arrivée de nouveaux élèves. L’équipe enseignante attend qu’une décision soit prise pour agrandir l’établissement. Pour l’heure, Marcelle Cahn peut accueillir les demandes d’inscriptions nouvelles des dérogataires. Mais elle espère aussi son agrandissement, « repoussé chaque année », confie un enseignant. Aucun agrandissement en vue aux Poteries, affirme de son côté Françoise Buffet.

Délester grâce aux dérogations

Si les dérogations à la carte scolaire permettent parfois  un délestage entre les écoles, elles peuvent mettre les écoles concernées en difficulté. À Souffelweyersheim, par exemple, l’école maternelle Dannen Berger, surchargée, n’accueille plus les enfants dérogataires dans ses activités périscolaires. À Strasbourg, Françoise Buffet garde une règle stricte :

« Nous n’acceptons les dérogations que s’il y a de la place. Les enfants du quartier rattaché ont toujours la priorité. »

Les syndicats craignent que tous ces efforts ne suffisent pas et que le nombre d’élèves par classe atteigne la trentaine à certains endroits dans les prochaines années. C’est déjà le cas à l’école Saint-Jean, derrières les Halles à Strasbourg.

Catherine Le Duff, secrétaire départemental du syndicat d’enseignants Snuipp-FSU, prévient :

« Il n’y a ni les locaux ni les capacités périscolaires pour ouvrir autant de classes. Mais il faudra bien accueillir les enfants, au prix d’une dégradation de nos conditions de travail et évidemment des conditions d’apprentissage pour les enfants. »

L’Académie de Strasbourg a fermé près de 100 classes monolingues en février pour ouvrir près de 45 classes bilingues. La différence est réinjectée en juin et à la rentrée par des ouvertures de classes ou des créations de postes de remplaçants. Depuis 2012, L’État apporte une dotation de 25 postes supplémentaires chaque année au département, alors qu’il y en supprimait une centaine par an auparavant.

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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