Environnement 

L’Eurométropole dans l’impasse pour améliorer la qualité de l’air

L’Eurométropole va revoir ses plans d’urgence et à long terme pour agir plus efficacement contre la pollution de l’air. Parce que là… ça marche pas.

Face à la persistance de pics de pollutions, un nouvel arrêté ministériel de protection de l’air (PPA) doit être décliné par un arrêté inter-préfectoral, pour prendre de nouvelles mesures de protection de la population en cas de dépassement des seuils. Sauf que cette fois, il doit être décliné sur les 10 départements du Grand Est, bien que chaque agglomération et départements aient ses mesures spéciales. Une des principales nouveautés sera le déclenchement des mesures d’urgence au bout de deux jours au seuil d’information, contre quatre aujourd’hui.

L’arrêté de 2015 se contentait d’étendre les routes concernées par les baisses de vitesse, des limitations souvent peu respectées. Cet accord doit être décliné dans les 10 départements de la nouvelle région Grand Est. Elles demandent souvent d’intenses négociations avec le monde agricole, car certains épandages sont interdits.

Pas de vignettes à Strasbourg, mais de nouvelles mesures prévues

Lors de ses vœux mercredi 25 janvier à Achenheim, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) s’est interrogé :

« Nous sommes régulièrement à des niveaux de pollution au-dessus des seuils. Est-ce qu’il faut des vignettes ? Est-ce qu’il faut une circulation alternée ? Ces mesures ne peuvent être prises de manière technocratique… On remarque aussi qu’à Rennes, la pollution est plus forte sur l’autoroute malgré une baisse de la vitesse maximale à 70 km/h. Ils sont en train de revenir en arrière… »

Il rejoint le maire de Strasbourg Roland Ries, et en charge des Transports à l’échelle des 33 communes de l’agglomération, qui a déclaré sur France Bleu Alsace que l’Eurométropole devrait revoir son « plan particules », sans annoncer de modifications à ce stade :

Roland Ries sur France Bleu Alsace

La durée de l’épisode actuel fait prendre conscience à Robert Herrmann de l’inefficacité des dispositifs actuels pour réduire la pollution :

« C’est le plus long épisode depuis longtemps. Cela nous oblige à repenser ce qu’on fait. Les mesures actuelles ne sont pas suffisantes. »

Parmi les mesures qu’il estime prioritaires, un meilleur nettoyage de l’A35 par la Direction Interdépartementale des Routes de l’Est (Dir Est) sur laquelle selon lui « 20% de la pollution » est à nouveau projetée dans l’air avec le passage des véhicules.

(Photo Laura Makira / FlickR / cc)

La droite réclame la gratuité des transports lors des pics

Concernant les mesures d’urgence des plans particules, l’opposition de droite a souvent réclamé que les transports soient complètements gratuits (comme c’est le cas pour les autocars du Réseau 67, qui étaient gérés par le conseil départemental du Bas-Rhin jusqu’au 31 décembre 2016 et ont été transférés à la Région Grand Est), et non avec un ticket de 1€70 pour la journée.

Selon les élus « Les Républicains », Modem et apparentés, la mesure permettrait d’attirer une future clientèle sur les lignes de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). L’exécutif strasbourgeois répond que la mesure est trop coûteuse, car il faut compenser la CTS pour les pertes économiques subies.

En avril 2015, les élus avaient déclaré qu’ils envisageaient la circulation alternée à Strasbourg, après une pétition d’une centaine de médecins strasbourgeois. Mais les vignettes pourraient donc s’y substituer. Elles permettent d’exclure les véhicules les plus polluants là où la circulation alternée est plus arbitraire, bien que certaines professions (dont les journalistes) sont exonérés. En revanche, elles demandent à certains foyers de renouveler leur véhicule, ce qui peut être difficile pour les plus modestes.

Les vignettes Crit’air qui permettent aux agglomérations d’interdire certains véhicules selon leur niveau de pollution

Pas de calendrier pour les projets « Ville Respirable »

L’appel à projet « Villes respirables » obtenu en octobre 2015 prévoit aussi des financements pour des mesures pérennes de réduction de la population. Car au-delà des seuils qui agitent l’intérêt médiatique, politique et des citoyens, la pollution de fond a aussi des effets sur la santé.

La mise en place des vignettes à Paris et à Grenoble à titre expérimental « est regardée » confirme Robert Herrmann. Une zone de circulation restreinte (ZCR) est un engagement  Autres mesures, le dernier kilomètre propre, qui nécessite des discussions avec les commerçants du centre-ville pour interdire les camions et proposer des alternatives, ainsi que les navettes électriques Lohr qui seront testées dans le centre-ville et la Krutenau à partir de septembre.

Le travail est en cours, pour ces projets dont il est question depuis des années, mais à part les navettes, il n’y a pas de calendrier précis, alors que l’appel à projets a été remporté il y a plus d’un an.

Ils doivent être mis en place avant 2020 pour que les financements soient perçus. Enfin, l’argument de la mise en place du Grand contournement ouest (GCO) pour repousser la pollution automobile de Strasbourg vers la campagne est, lui, un peu moins présent dans les discours. L’Atmo Grand Est travaille sur de nouvelles modélisations.

Aller plus loin

Le site de Strasbourg Respire

Le site alsacien d’ATMO Grand Est

Sur Strasbourg.eu : la page Vers une Eurométropole Eco Responsable et les engagements Ville Respirable 

Sur Rue89 Strasbourg: [Explicateur] : où en est la qualité de l’air (en 2015)

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.
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