À Lampertheim, les demandeurs d’asile vivent avec les cafards depuis des années
Société 

À Lampertheim, les demandeurs d’asile vivent avec les cafards depuis des années

actualisé le 23/01/2020 à 17h12

Dans le centre d’hébergement d’urgence à Lampertheim, des dizaines de demandeurs d’asile vivent parmi les cafards et les punaises depuis 2017. Adoma, l’organisme responsable de la structure, promet de nouvelles mesures contre ces nuisibles tout en arguant des moyens limités mis à disposition par l’État.

« Les cafards sont partout. Ils sortent surtout la nuit. Quand on cuisine, ils tombent parfois dans la casserole… » Albanaise exilée, Dora (le prénom a été modifié) vit dans le centre d’hébergement d’urgence Adoma à Lampertheim depuis plus d’un an.

Au même étage, Arben, aussi d’origine albanaise, nous montre les insectes dans les placards et l’aération bouchée avec du journal dans sa chambre : « Ils entrent par là », explique-t-il. L’homme date l’apparition des nuisibles dès son arrivée dans la structure, en 2017.

Ces cafards dans la cuisine du centre d’hébergement d’urgence de Lampertheim ont été filmés au mois de décembre 2019. (Document Remis)

Une pile électrique pour ouvrir les portes

Près de 80 personnes vivent actuellement dans cet ancien hôtel Formule 1, coincé entre une route départementale et une voie de chemin de fer.

Dora ne s’y sent pas en sécurité : la plupart des chambres peuvent être ouvertes à l’aide d’une simple pile électrique. Il y a bien un vigile pour surveiller, mais seulement trois heures par jour. « Moi, ça me fait peur que quelqu’un puisse rentrer dans ma chambre à n’importe quel moment », murmure-t-elle.

Le délabrement des bâtiments est complet (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour nettoyer leurs vêtements, les résidents sont contraints de se rendre dans une laverie automatique à Strasbourg. « Certaines femmes lavent leur linge à la main, comme à l’époque », ajoute Fikret (le prénom a été modifié).

Selon Nathalie Burger, directrice territoriale Adoma, le prestataire de service pour la laverie a cessé son activité en juillet 2019. « On vient de trouver une nouvelle entreprise », assure-t-elle au cours d’une interview accordée sur place mardi 21 janvier.

Certains habitants sont contraints de laver leurs vêtements à la main, à l’extérieur du centre. (Document remis)

Les promesses d’Adoma

En traversant le couloir de l’ancien hôtel, Nathalie Burger assure que le problème des portes qui s’ouvrent grâce à des piles sera bientôt réglé : « Un nouveau système d’ouverture a été commandé. » Et les cafards ? « Jusque l’année dernière, la problématique était traitée en interne, explique la directrice territoriale. Désormais nous privilégions le recours à des entreprises spécialisées mais leur délai d’intervention est plus long… »

Le recours à une entreprise extérieure contre les cafards justifie des délais d’interventions plus longs, selon Adoma (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Objectif : « réduire les nuitées hôtelières »

En 2017, CDC Habitat a racheté le bâtiment du Formule 1 de Lampertheim, alors propriété du groupe AccorHotel. Adoma, filiale du bailleur social, a remporté un marché public « relatif à l’ouverture de 5 000 places d’hébergement d’urgence avec accompagnement social. » Objectif de l’État : réduire le « recours aux nuitées hôtelières (pour un public en situation de grande précarité, ndlr) ».

Car la solution hôtelière cumule deux inconvénients : son prix et l’absence d’accompagnement social. Un gérant d’hôtel de l’Eurométropole, en contrat avec l’État pour une partie de ses chambres, explique que son établissement est rémunéré 30 euros par nuit pour un studio, 60 euros pour un appartement deux pièces :

« On ne fait aucune différence entre nos clients et les personnes envoyées par les Services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO) ou le Conseil départemental. »

Mais pour le centre Adoma de Lampertheim, ce forfait ne s’élève plus qu’à 18,21 euros par place par jour. En outre, ce tarif ne comprend pas seulement l’hébergement mais aussi l’accompagnement social des résidents… Nathalie Burger résume :

« Nous avons deux intervenants sociaux et deux agents polyvalents sur place. Avec la responsable du site (qui gère trois autres structures, ndlr), ça fait 4,25 équivalents temps plein (ETP). »

« Des locaux dont personne ne veut »

Le forfait accordé par l’État est-il trop faible ? « Bien sûr, on peut dire que c’est insuffisant », répond la cadre d’Adoma, avant d’ajouter :

« Je considère que l’on peut mener un travail de qualité sur la base de ce forfait (…) selon moi, la priorité devrait être donnée à la création de places d’hébergement supplémentaires, avant d’envisager une augmentation du financement des places existantes  »

« Des locaux dont plus personne ne veut »… sauf l’État. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Contactée, la préfecture du Bas-Rhin assure que « les sites utilisés pour l’accueil des personnes doivent respecter les conditions de sécurité et de décence. » La direction départementale déléguée (DDD) est ainsi censée « attester trimestriellement de la bonne exécution du marché public. »

Selon une travailleuse sociale engagée dans l’hébergement d’urgence dans le Bas-Rhin, l’État cherche des solutions alternatives aux nuits d’hôtels pour assurer sa mission d’hébergement d’urgence. Mais elle constate que « la plupart des locaux utilisés pour héberger les personnes sont ceux dont plus personnes ne veut… Et aucun travail de maintenance, pour rendre les locaux plus adaptés, n’est réalisé. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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