À Schiltigheim, la moitié des commerçants a quitté les Halles du Scilt
Economie 

À Schiltigheim, la moitié des commerçants a quitté les Halles du Scilt

Destinée à accueillir des commerces de proximité à Schiltigheim, les Halles du Scilt peinent à retenir les commerçants non-sédentaires. En cause, une fréquentation trop faible en semaine et des soubresauts politiques qui ont usé la détermination des premiers arrivants.

À Schiltigheim, la moitié des commerçants des Halles du Scilt a quitté le projet, moins d’un an après la création de ce lieu insufflé par l’ancien maire Jean-Marie Kutner et qui devait associer la distribution en circuits courts avec la culture. Le manque de rentabilité, l’absence de communication et des conflits politiques en pagaille ont eu raison des commerçants itinérants de ces halles gourmandes : le torréfacteur, micro-brasseur, magasin de vin, producteur de miel et de foie gras se sont retirés de cette aventure démarrée en novembre 2017.

Pour les commerçants non sédentaires, il devenait difficile de continuer à travailler dans les Halles du Scilt. L’un des commerçants, souhaitant rester anonyme, explique :

« Nous étions 5 commerçants mobiles. On est rentré dans ce marché couvert dès le début mais on est tous partis à cause du manque de fréquentation. En mai, on s’est rendus compte que ce n’était pas viable, il y a trop peu de passage. Je pense qu’il y a un manque de communication par la Ville, mais nous aussi on devait communiquer en tant qu’association de commerçants et avoir des fonds nécessaires pour le faire. Mais ça n’a pas été fait avec les soucis qu’a connus la municipalité… Les charges sont assez élevées, ce n’est pas le prix d’un marché à l’air libre. On payait entre 300€ et 400€ par mois, pour la semaine et les week-ends. »

 

Les Halles du Scilt doivent réunir commerçants et exposition dans un même lieu (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

Les Halles du Scilt doivent réunir commerçants et exposition dans un même lieu (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

Les commerçants qui sont restés se sont constitués en association, les « Sciltikois », pour mieux structurer le projet commun. Valérie, commerçante de l’épicerie fine, en est la présidente. Elle fait un bilan des commerces fixes, au bout de 7 mois d’activité :

« Ce n’est pas possible pour un petit producteur d’être là 6 jours sur 7 quand on vend une seule catégorie de produits, comme du miel ou du café. Aujourd’hui, il y a moins de commerçants mais pas moins de produits. Chacun enrichit sa gamme avec les produits de ceux qui sont partis, on a gardé les bières du brasseur par exemple. Pour notre commerce, on est super content. On a une boutique Grand’Rue à Strasbourg et certains mardis ou mercredis, on a plus de monde dans les Halles du Scilt que dans la boutique Grand’rue. Il y a un vrai potentiel économique, une dynamique en périphérie de Strasbourg mais tout reste à faire. »

« On était pris en étau par les problèmes politiques »

Valérie reconnaît cependant que les valses politiques à Schiltigheim ont peut-être nui aux halles gourmandes :

« J’ai un client qui me disait que les halles c’était génial. Mais qu’il n’était jamais venu avant, car il était anti-Kutner. Je lui ai dit que derrière la politique, il y a des commerçants comme nous qui vivent de ça… On entend certains commerçants nous dire je viens à Noël faire de l’argent et le reste de l’année non. C’est trop facile, nous on se bat au quotidien. La colocation a parfois été très difficile. Certains ne se paient pas encore de salaire, mais on y croit et les problèmes politiques sont derrière nous maintenant. »

Parmi ceux qui croient encore au projet, il y a Laëtitia, qui se présente comme « la femme du maraîcher. » Elle tient le stand des fruits et des légumes cultivés par son époux, Nicolas, qui a abandonné l’ébénisterie pour ce commerce :

« On est ultra motivé, on travaille en famille et dès le début on s’est dit que ce serait un super projet. Il faut encore attendre un peu, ça ne peut qu’aller mieux. Le week-end ça bouge. »

Pas assez de passage pour les commerçants non sédentaires (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pas assez de passage pour les commerçants non sédentaires (Photo SS / Rue89 Strasbourg / cc)

Cette motivation sans faille se retrouve également chez Cédric, co-gérant du café Scilt, seule création de société pour cette halle :

« Depuis janvier, on n’avait plus d’interlocuteur direct à la mairie pour l’attractivité de ce lieu. Les commerçants ont dû redoubler d’efforts pour créer une dynamique ici, donc on attend la même chose de la municipalité. Depuis le début on survit plus qu’on ne vit. Mais on y croit parce qu’il y a une vraie symbiose entre restaurants et commerçants, je travaille pour l’essentiel en circuits courts avec des produits du marché. »

Stéphane le poissonnier est arrivé en avril. Si vous lui dites « pesce », Nicolas vous offrira une crevette. Ce passionné est venu pour ce lieu qui mélange art et produits de qualité :

« Vous choisissez votre poisson, je vous le grille et je vous le sers à table. C’est comme être au bord de mer, au Portugal ou en Espagne. Le début de l’histoire c’est de proposer un bar à huîtres au cœur des Halles du Scilt. Ici c’est génial. Si j’ai besoin de légumes je vais chez mon voisin, et si le client veut casser la croûte avec un morceau de fromage, il va chez Valérie. »

Un avenir gourmand et culturel

La Ville prévoit d’annoncer de nouveaux commerçants à la rentrée. Nouvelle adjointe au maire en charge de la culture, de la démocratie locale et de la politique de la ville, Nathalie Jampoc-Bertrand (PS), souhaite donner à ce lieu un esprit guinguette.

« Ce qui va changer, c’est d’avoir une pensée globale sur le lieu. Au niveau culturel, on va redonner une identité à l’espace exposition du premier étage, partir comme un centre d’art sur 3 ou 4 acquisitions d’œuvres par an et donner un espace aux amateurs d’art schilikois. En terme d’animation, des groupes joueront le vendredi soir. Le service culturel va déménager début septembre pour s’installer sur l’une des maisons devant, pour être sur place. Dans le précédent mandat sous Raphaël Nisand, c’est un travail que j’avais proposé à l’époque. On reprend un esprit un peu guinguette. Le lieu est beau, les commerçants sont chouettes, y’a plus qu’à. »

L'AUTEUR
Salem Slimani
Salem Slimani
Journaliste passionné par les rencontres, la mise en image et le direct.

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