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Barbara Pompili renonce à remonter les déchets toxiques enfouis à Stocamine
L'actu 

Barbara Pompili renonce à remonter les déchets toxiques enfouis à Stocamine

par Jean-François Gérard.
Publié le 18 janvier 2021.
Imprimé le 26 novembre 2022 à 17:19
4 045 visites. 6 commentaires.

Les associations partisanes du déstockage et de la protection de l’Environnement ont été informés que la ministre de l’Écologie n’a pas changé d’avis suite à sa visite. La Collectivité européenne d’Alsace propose d’assumer la responsabilité d’un destockage.

Le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, a appelé les membres de la commission de suivi de site (CSS) de Stocamine ce lundi 18 janvier. Il leur a annoncé que la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, a choisi de laisser les 42 000 tonnes de déchets toxiques au fond de Stocamine, une ancienne mine de potasse à Wittelsheim.

Elle n’a donc pas changé d’avis après s’être « coltinée les gens » dans l’ancien bassin minier. À terme, les barils et big bags de substances chimiques communiqueront avec la nappe phréatique du Rhin, l’une des plus grande d’Europe. « Les avantages potentiels d’un déstockage complémentaire des déchets ne sont pas démontrés », indique la ministre. Pour le collectif Destocamine c’est au contraire « un affront pour les citoyens et associations, une humiliation pour nos élus du bassin rhénan, alsaciens et allemands, et la condamnation inéluctable de notre ressource en eau ».

Bigbag de déchets dans une galerie de stockage à -500m. StocaMine. (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Un chèque de compensations

Pour faire passer la nouvelle auprès d’élus et d’habitants, la décision est assortie de 50 millions d’euros en 5 ans pour la protection de la nappe phréatique en surface. Ce montant potentiel est bien inférieur à la différence entre le coût du confinement des déchets (estimé à 128 millions d’euros) et leur destockage (205 à 456 millions selon les scénarios). Pourtant, Barbara Pompili avait promis à des élus alsaciens qu’en cas de confinement total, une somme équivalente au destockage serait redéployée.

« La semaine dernière, plusieurs élus alsaciens ont interpellé la ministre pour la pollution au Lindame en surface« , remarque Philippe Aullen, membre de la CSS. « Ils ont joué sur cette corde sensible », regrette-t-il. Lors de son déplacement, l’ancienne élue écologiste avait opposé la pollution de surface, à court terme, à celle de l’ancienne mine, à plus long terme. « Le cynisme de LREM s’exprime aussi en essayant d’opposer les dossiers les uns aux autres, opposant dépôt à Colmar et Stocamine. Tous les dossiers de la nappe ont la même importance, on ne peut pas prioriser », appuie le député de la circonscription, Raphaël Schellenberger (LR)

La semaine précédente, la Préfecture avait encore demandé un argumentaire aux partisans du destockage. Cette annonce intervient à une semaine d’un déplacement du Premier Ministre Jean Castex en Alsace, samedi 23 janvier, où le sujet doit entres autres être évoqué avec les élus alsaciens. La toute jeune Collectivité européenne d’Alsace (CeA) a voté à l’unanimité vendredi 15 janvier une nouvelle motion demandant un destockage « immédiat et le plus total possible ».

Le dossier, qui a laissé beaucoup de traces dans des amitiés et au sein de familles du bassin potassique, ne devrait pas en rester-là. En fin de journée le président la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), Frédéric Bierry (LR), a proposé de « prendre la maitrise d’ouvrage » du destockage, en demandant à l’Etat de lui verser « les 456 millions d’euros prévus ». 

Raphaël Schellenberger « déplore cette décision qui piétine notre rapport parlementaire, pourtant adopté à l’unanimité des membres de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, alors présidée par Barbara Pompili. […] La Ministre se trouve ici incapable de transformer ses paroles en actes », fustige-t-il.

Dans la majorité LREM, le ton est tout autre. Le député bas-rhinois Vincent Thiébaut « approuve » la décision et indique que la mission d’information qu’il présidait émettait deux réserves : « l’évaluation des risques environnementaux, sanitaires et  de sécurité des travailleurs, et l’existence d’une solution de restockage alternatif qui offre de meilleures garanties environnementales. Selon lui, ces conditions « ne sont pas réunies » et la pollution sera « très faible et hypothétique ». « Ce n’est pas la bonne décision qui a été prise », juge néanmoins le député haut-rhinois Bruno Fuchs (Modem), aussi membre de la majorité, qui regrette que les dernières études n’aient servi à rien. Il estime au passage que la somme de 50 millions d’euros pour protéger de la pollution est insuffisante et qu’il faudrait le double.

Article actualisé le 18/01/2021 à 23h21 : Pour ajouter plusieurs réactions
L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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