Cinq ans de bras de fer entre le club de gym Concordia et la Ville de Schiltigheim
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Cinq ans de bras de fer entre le club de gym Concordia et la Ville de Schiltigheim

actualisé le 21/03/2019 à 17h04

La Concordia est un des meilleurs clubs de gymnastique de France. Son président, Elric Ferandel, se bat depuis des années pour obtenir plus de soutien de la part de la Ville de Schiltigheim. L’ancien candidat à la mairie dénonce également la suppression progressive de ses créneaux d’entraînements.

L’équipe féminine de la Concordia évolue cette saison dans le Top 12. C’est l’équivalent de la Ligue 1 en foot. C’était également le cas de l’équipe masculine la saison dernière, mais elle est redescendue en deuxième division. À titre de comparaison, en foot, le Sporting Club Schiltigheim (SCS) joue en National 2, la quatrième division française, et n’a pas d’équipe féminine pour les plus de 18 ans.

La Concordia s’étonne du peu de subventions qu’elle reçoit

Pourtant, cette différence de niveau ne se voit pas sur les subventions accordées aux deux clubs. En 2017, la Concordia recevait 19 000 euros de la Ville contre un peu plus de 119 000 euros pour le SCS.

Pour Gilles Occansay, responsable du service des sports entre 2014 et 2017, cette différence de subventions est tout à fait justifiée :

« La gym attire peu de public et peu de partenaires. Les indemnités des footballeurs, même en quatrième division, sont beaucoup plus élevées que celles des gymnastes. Enfin, les déplacements pour une équipe de foot et son staff sont beaucoup plus coûteux que pour une équipe de gymnastique qui ne doit louer qu’un mini-bus. Donc c’est logique que le foot reçoive plus. De toute façon, les subventions sont versées de manière transparente à partir de critères bien précis. »

Une affirmation que nuance l’actuel adjoint au maire en charge des sports, Vincent Kayser (écologiste) :

« On essaye, par exemple, de tenir compte du nombre de licenciés ou de la difficulté d’accéder au haut niveau mais il n’y a pas de règles clairement établies. C’est vrai que le foot a historiquement toujours reçu beaucoup d’argent à Schiltigheim. Nous travaillons à essayer de rééquilibrer les choses. Je ne promets pas de révolution mais nous ne sommes pas non plus dans l’immobilisme. »

Difficile de tout bouleverser à un an des élections municipales pour la nouvelle majorité arrivée en avril 2018. Mais finalement, le président de la Concordia, Elric Ferandel, ne se soucie pas tellement de ce qu’il se passe ailleurs :

« Ça m’est égal de savoir combien touchent les autres clubs. La seule question qui m’importe c’est : un des meilleurs clubs de gym de France ne mérite-t-il pas un peu plus que 19 000 euros par an ? »

En 2018, les subventions de la mairie représentaient 5% des recettes de la Concordia. Si on prend en compte, les avantages en nature octroyés par la Ville (locaux, véhicules, personnel), ce chiffre monte à un peu plus de 12%.

De moins en moins de créneaux d’entraînements

La Concordia dispose de nombreuses salles dans l’Eurométropole. Elle est propriétaire d’un local à côté du tribunal d’instance de Schiltigheim. Le club loue des gymnases à la Ville de Strasbourg. Enfin, la commune de Schiltigheim lui met à disposition plusieurs salles. La plupart d’entre elles permettent la pratique d’activités de loisir (baby gym, zumba, yoga, etc.). Deux sont aménagées pour la gymnastique de haut niveau au gymnase Leclerc. C’est autour de ces deux salles qu’un rude conflit a débuté en 2014.

Entre 2014 et 2017 la Concordia a récupéré de nouveaux créneaux les lundis, mardis et jeudis, mais leur nombre reste bien inférieur à celui de 2010.  Sont apparus également à partir de 2014, des créneaux partagés avec l’autre club de gym schilikois, l’AUS, et des créneaux soumis à disponibilité des salles.

Pour le président de la Concordia, Elric Ferandel, des heures partagées, ou même réservées, n’ont pas la même valeur suivant les jours :

« C’est gentil de nous redonner des créneaux en semaine à des horaires où personne ne peut venir. »

Le samedi, la Concordia a perdu 50% de ses créneaux entre 2010 et 2017. Sur la même période, le club a perdu 20% les mercredis.

Le soupçon d’une revanche politique

Aux élections municipales de 2014, Elric Ferandel s’est présenté avec une liste citoyenne et a fermé la porte à une alliance avec Jean-Marie Kutner (UDI à l’époque), qui allait devenir maire quelques semaines plus tard. Avec à peine 5%, la liste du président de la Concordia est éliminée dès le premier tour et Elric Ferandel appelle à voter contre Jean-Marie Kutner au deuxième tour. Or c’est à partir de 2014 que le club de gym a commencé à voir ses créneaux d’entraînements diminuer. Mais Jean-Marie Kutner n’y voit aucun lien :

« Croyez-vous vraiment que je n’avais pas autre chose à faire que de m’occuper de la Concordia et de son président qui a fait à peine 5% au premier tour ? »

D’après l’ancien maire de Schiltigheim, la répartition des infrastructures entre les différents clubs de la ville est gérée au niveau du service des sports de la mairie. Il évoque spontanément le nom de Stéphane Laas, l’un des cadres du service des Sports et de la vie associative.

Un sentiment anti-Concordia chez certains fonctionnaires

C’est aussi le nom évoqué par un agent de la mairie, qui accepte de témoigner sous couvert d’anonymat :

« C’est par lui que tout passe. C’est lui qui décide des créneaux d’entraînements, des subventions, du matériel à mettre à disposition des clubs ou non. »

Au-delà de ce cas personnel, il ajoute des explications sur le contexte général dans l’administration :

« Certains hauts fonctionnaires n’aiment pas la Concordia. Le club suscite beaucoup de jalousie de par ses bons résultats. Depuis des années, certains rêvent d’un essor du Sporting mais ça n’arrive pas malgré de grosses subventions. Donc ils craignent que la gym fasse de l’ombre au foot. Elric Ferandel ne s’est pas fait que des amis avec sa liste citoyenne en 2014 et en étant prêt à faire campagne pour En Marche en 2018 (avant de se retrouver sur la liste de Christian Ball pour « Les Républicains » ndlr). C’est un électron libre qui vient bousculer le vieux schéma politique et ça ne plait pas. Surtout qu’il a de l’influence sur plus de 1 000 licenciés. Finalement, je pense que Jean-Marie Kutner n’a pas eu beaucoup d’influence sur la Concordia. Ceux qui font réellement la pluie et le beau temps, ce sont certains hauts fonctionnaires très influents en place depuis des années. »

D’après cet employé, Stéphane Laas fait partie de ces fonctionnaires proches du Sporting. Contacté, Stéphane Laas balaie ces accusations et assure ne jamais avoir géré le dossier Concordia. De son côté, l’adjoint aux sports Vincent Kayser ajoute que « de telles pratiques n’existent pas à Schiltigheim. »

La faute aux rythmes scolaires

Les problèmes ont trouvé leurs origines en 2014, lorsque les écoles primaires schilikoises passent à la semaine des quatre jours et demi. Les enfants ont donc cours le mercredi matin. Or c’est justement à ce moment de la semaine que l’autre club de gym, l’AUS, dispose de créneaux d’entraînements dans les salles du gymnase Leclerc. D’après l’ancien chef du service des sports, Gilles Occansey, la Ville a opéré un rééquilibrage :

« Les créneaux de l’AUS du mercredi matin étaient de moins en moins fréquentés comme les enfants étaient à l’école. On lui a donné d’autres créneaux qui, forcément, empiétaient sur ceux de la Concordia. »

Une information confirmée par le président de la Concordia Elric Ferandel. Mais pour lui, le changement des rythmes scolaires n’était qu’un prétexte pour déplumer son club :

« Il était normal de partager avec l’AUS mais le nombre de créneaux qu’ils ont récupéré était disproportionné ! Cela nous a fait perdre des centaines de licenciés alors que, dans le même temps, l’AUS en a gagné ! Le pire c’est que, depuis qu’on est repassé à la semaine de quatre jours en 2018, il n’y a pas eu de retour aux créneaux d’avant 2014. »

D’après Elric Ferandel, son club a perdu exactement 386 membres en 2014, passant de 1 162 à 776. Pourtant, la présidente de l’AUS Nicole Ehrler nie avoir récupéré des créneaux suite au changement des rythmes scolaires. Selon elle, son club a même perdu des licenciés à partir de cette année-là ! Mais ni la ville, ni l’AUS n’ont pu nous transmettre l’évolution précise des créneaux d’entraînements et du nombre de licenciés du club.

Le seul document sur lequel il est possible de s’appuyer est le planning des créneaux d’entraînements de 2017, encore valable aujourd’hui.

Bleu : Concordia – Jaune : AUS – Vert : partage Concordia/école – Orange : partage AUS/écoles – Gris : Concordia si pas d’écoles (source : ville de Schiltigheim)

Pas de changement malgré la nouvelle municipalité en 2018

En 2017, après trois ans de tensions entre la Concordia et l’AUS. l’ancien maire Jean-Marie Kutner réunit des éducateurs des deux clubs pour essayer de trouver une solution :

« Voyant que les deux présidents étaient incapables de s’entendre, j’ai pensé que c’était la meilleure solution. Les éducateurs se sont mis d’accord, sauf sur le samedi. J’ai été obligé d’enclencher un chronomètre et de les menacer de ne rien avoir du tout s’ils ne trouvaient pas de compromis. »

Claudine Prime, éducatrice à l’AUS, confirme cette version des faits mais pour Delphine David, éducatrice à la Concordia, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme ça :

« Il n’y a pas du tout eu d’accord avec l’AUS, ces créneaux nous ont été imposés. En 2017, nous avons encore perdu du temps d’entrainement les samedis et nous n’avons rien récupéré les mercredis. Pourquoi aurions-nous accepté une telle situation à part sous la menace de ne rien avoir du tout ? »

D’ailleurs, depuis 2017, la Concordia refuse de signer la convention de salle qui organise la répartition des créneaux d’entraînements. Un manque à gagner pour le club, puisque Danielle Dambach, élue maire en 2018, promet 15 000 euros de subvention aux équipes de haut niveau de la Concordia si elle accepte les créneaux établis en 2017. Une somme déjà promise par Jean-Marie Kutner en juin 2017 mais l’ancien maire assure ne pas avoir pas eu le temps de la faire voter après la démission de plus d’un tiers du conseil municipal début 2018.

Quelques mois après sa prise de fonction, Danielle Dambach propose une médiation pour sortir de la crise. Le président de la Concordia Elric Ferandel refuse cette offre telle que présentée :

« Nous sommes ouverts pour une médiation mais avec la Ville et pas avec l’AUS. La Ville est venue mettre le bazar en 2014 et maintenant elle demande aux deux clubs de se mettre d’accord. Ça n’a pas de sens ! »

La situation est donc au point mort et on voit difficilement comment les choses pourraient évoluer avant les élections municipales de 2020. Une chose est sûre : Elric Ferandel ne se représentera pas.

L'AUTEUR
Maxime Nauche
Journaliste indépendant

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