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Les électeurs des écologistes attendent une action plus visible de la municipalité
Politique 

Les électeurs des écologistes attendent une action plus visible de la municipalité

par Millie Brigaud.
Publié le 1 avril 2022.
Imprimé le 29 juin 2022 à 18:46
3 841 visites. 9 commentaires.

Près de deux ans après l’élection de Jeanne Barseghian et des écologistes à la mairie, leurs électeurs continuent de chercher des changements concrets dans la politique de la Ville.

Sur le quai des Bateliers à Strasbourg un vendredi après-midi, Fahima, une professeure d’université se désole : 

« Je ne vois pas de changement. Je ne vois aucune différence entre cette municipalité verte et les précédentes. Les constructions à Danube sont moches et pleines de béton. Chaque année, un nouveau sapin de Noël est érigé place Kléber, ce n’est pas très écolo. La gratuité des transports en commun, c’est bien pour les familles avec des enfants, mais pourquoi ne pas l’étendre aux autres personnes ? Si la municipalité a fait ce changement au nom de l’écologie, ils auraient dû l’étendre à tout le monde. »

Fahima, qui a voté pour Jeanne Barseghian en juin 2020 comme toutes les personnes interrogées pour cet article, renchérit : 

« Les seuls changements que je vois sont temporaires, quelques arbres place Kléber par-ci, par-là… Or ce qui ne dure pas coûte cher. Et ça les écolos devraient le comprendre… » 

Le Plan Canopée mis en place par la municipalité dès les débuts du mandat a permis la plantation d’environ 900 arbres à Strasbourg, selon un état fourni par la Ville. Mais la majorité des personnes interrogées pour cet article ne constatent aucun changement dans leur environnement immédiat. Il est vrai que ces nouveaux arbres se trouvent en bonne partie dans des parcs existants… La municipalité s’est donné pour objectif de planter 10 000 arbres à l’horizon 2030, afin de baisser la température ressentie à Strasbourg, notamment durant les périodes estivales.

« Les écologistes prennent trop de temps »

Un soir de semaine, des habitants de la Krutenau et de la Bourse doivent tenir une réunion de leur assemblée de quartier à la Maison des syndicats. Avant le début de la réunion, Carole s’avoue déçue par l’action, ou – plus précisément – l’inaction, de la municipalité : 

« Six ans, ça passe vite. Ils prennent trop de temps pour prendre des décisions. La zone à faibles émissions, c’est bien mais ça se met en place trop lentement… La qualité de l’air n’a pas varié ! C’est un sujet typiquement écologiste pourtant. Si les écolos ne font rien sur l’air et les mobilités, personne ne fera quelque chose ! »

Cécile évoque la même impression alors qu’elle enlève son manteau pour participer à la réunion : 

« Je reste dans l’expectative. Pour l’instant, je ne vois ni action positive, ni négative. J’attends en particulier des développements dans les transports doux mais je ne les vois toujours pas… J’aimerais que la municipalité donne envie aux gens d’abandonner leurs voitures mais sans les forcer. Pour ça, il faudrait augmenter la facilité pour se déplacer à vélo, construire plus de pistes cyclables, rendre des zones piétonnes moins dangereuses. Les écologistes pourraient augmenter la vitesse des bus pour que les temps de trajets soient comparables à ceux des voitures… » 

Décidé fin 2020, le tram vers l’Ouest sera la première extension du réseau, lors de ce mandat, vers 2025 ou 2026. (photo Evan Le Moine / Rue89 Strasbourg)

« On a une piste cyclable à côté, on a de la chance »

Pour la majorité des électeurs rencontrés, la politique en faveur du vélo est plus visible que le verdissement de la ville. En 2021, l’Eurométropole a débuté le déploiement d’un « plan vélo » qui prévoit d’ajouter 120 kilomètres de pistes cyclables avant 2026. Mais selon ces électeurs, le principal problème à résoudre reste la sécurité. Trop souvent, pointent-ils, il n’y a pas de distinction claire entre les espaces piétons et les pistes cyclables, ce qui provoque de trop nombreux conflits d’usages. Ils regrettent aussi l’absence de séparation stricte entre les voitures et les vélos sur la voirie.

Quelques nouvelles pistes cyclables ont été aménagées en 2021, notamment pour amorcer un « contournement » cyclable de la Grande-Île. À midi, devant l’école Saint-Jean dans le quartier des Halles, Gil attend son enfant. Il fait l’éloge de sa vie de quartier :

« On a de la chance, une piste cyclable a été construite juste à côté de nous, rue de Bitche. Au parc des Contades, ils ont ajouté des arbres et à l’école Schoepflin, la cour a été végétalisée. Celle de l’école Saint-Jean ne l’est toujours pas, mais je pense que c’est prévu. (NDLR : la Ville de Strasbourg n’a pas confirmé cette information, mais l’objectif est de modifier toutes les cours d’ici 2026). »

Les électeurs écologistes ont des attentes sur le contournement cyclable de la Grande-Île, en cours de réalisation par petites touches. (photo Martin Lelièvre / Rue89 Strasbourg)

À la sortie de la même école, Florence donne des smarties à sa fille. Elle a pu repérer des actions municipales, dans le Neudorf où elle habite :

« Je veux que la municipalité poursuive et élargisse le développement de la vie de quartier. Les nouvelles rues piétonnes sont agréables et j’apprécie leur volonté de rencontrer et d’échanger avec les habitants avant de prendre des décisions, par exemple au projet d’art dans la rue Thann, et pour la construction au 92 avenue du Rhin. »

Avenue du Rhin pourtant, le projet de bureaux est loin de faire l’unanimité des habitants. Une partie d’entre eux reproche à la Ville de faire disparaître, avec un bâtiment en bois, un espace encore vide et utilisé par un city-stade. Un nouveau stade sera reconstruit, mais plus petit et accessible seulement à certaines heures à la discrétion du propriétaire.

Le projet de construction à la place du city-stade avenue du Rhin provoque une forte opposition (Photo ML / Rue89 Strasbourg / cc)

À l’école élémentaire Sainte-Aurélie, dans le quartier Gare, Élodie regrette que les améliorations urbaines ne concernent pas tous les quartiers. Parent d’élève et également enseignante au Neuhof, Élodie précise : 

« Les développements pour les cyclistes sont biens, j’apprécie surtout les aides pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un vélo. Mais en termes de pistes cyclables, pourquoi ne pas en construire des nouvelles au Neuhof ? Quand je prends mon vélo pour aller au travail, la piste cyclable s’arrête à la rue de la Ganzau, or les voitures roulent vite dans cette rue. »

Élodie soulève cependant un raté de la municipalité écologiste, important à ses yeux :

« Malgré quelques efforts, il n’y a toujours pas assez de places d’hébergement pour les personnes sans-abri. À Sainte-Aurélie, il y a des enfants migrants qui n’ont pas de logement. Je connais au moins deux familles dans cette situation. J’ai signalé ces dossiers à la Ville ; ils m’ont répondu mais ces familles n’ont toujours pas reçu de propositions concrètes… »

La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont promis la création de 500 places d’hébergement supplémentaires durant le mandat. À ce jour, 394 places ont été votées (190 par l’Eurométropole, 204 par la Ville).

« Je suis écolo mais il y a d’autres priorités… »

Devant l’école Finkwiller dans la Petite-France, une mère de famille, Feriel, trouve que les animaux sont mieux protégés que les êtres humains :

« Moi, je suis écolo mais il y a d’autres priorités… Il y a une prolifération de pigeons et de corbeaux en ville. Je suis pour la protection des animaux mais il faut quand même surtout protéger les êtres humains, notamment les bébés et les personnes à risque. »

Maxence, un autre parent d’élève de l’école Finkwiller, a du mal à suivre les politiques mises en place. « Les écologistes interdisent les voitures diesel mais sans proposer d’alternatives abordables », débute-t-il. En effet, les diesel Crit’air 5 seront interdites en 2023, puis les Crit’air 4 en 2024 et Crit’air 3 en 2025. Quant aux Crit’air 2, les diesel les plus récents, leur interdiction est repoussée au mandat suivant, sauf si le calendrier est « accéléré » si la qualité de l’air évolue peu. Des aides complémentaires pour les particuliers à bas revenus, pour changer de véhicule ou de mode de transport, ont été votées à l’Eurométropole. Ils peuvent se renseigner à l’Agence du Climat.

Il poursuit sur la disponibilité des élus locaux :

Ils ont dit qu’il y aura des représentants de la mairie dans toutes les écoles, mais ce n’est pas le cas. L’Eurométropole a tout un projet de compostage, mais inexistant dans nos quartiers… D’une manière générale, il y a un manque d’infos. Par exemple, dans les écoles, j’apprécie la végétalisation des cours mais j’aimerais savoir pourquoi telle école reçoit plus d’argent qu’une autre… »

Maxence indique avoir posé plusieurs questions aux élus, sans qu’il ne lui ait été apporté de réponse concrète. De même, Feriel pointe qu’elle n’a jamais rencontré un élu en charge de son quartier, malgré l’objectif affiché de la municipalité de se rapprocher des habitants en doublant le nombre d’élus de quartiers

Les électeurs écologistes aimeraient des transports en commun plus réguliers. (photo Evan Le Moine / Rue89 Strasbourg)

« Ils ont un style désagréable »

Dans la rue du Bain-Finkwiller un jeudi après-midi, Étienne affirme avoir « toujours voté écolo » mais il ne croit pas au dialogue local, affiché dans les objectifs de la municipalité :

« Ils ont un style désagréable. Ils font de fausses opérations de participation où alors ils font semblant d’écouter quand, en vrai, tout est prévu. En plus, je les trouve un peu secs ou froids. Je voudrais qu’ils aient un meilleur rapport avec les habitants, plus humaniste, plus détendu. »

Une opinion que ne partage pas Caroline, rencontrée quai des Bateliers alors que sa fille s’amuse à proximité : 

« J’aime la présence de Jeanne Barseghian sur les réseaux sociaux, ça semble naturel, pas trop travaillé. Grâce à ça, j’ai l’impression d’être mieux connectée à l’action municipale. Avant, je ne savais pas du tout ce qui se passait à la mairie. »

Étienne attribue le souci de communication des élus à un « problème de jeunesse » :

« On dirait que les écologistes prennent toujours des décisions sans préparation, il faut avoir de l’expérience pour ça. Strasbourg est une grande ville internationale. Peut être l’exercice de cette gestion se situe à un niveau trop élevé pour eux. Jeanne Barseghian, je la trouve bien, mais elle est un peu novice quoi. »

Parmi les personnes rencontrées, deux ont mentionné spontanément l’affaire de la mosquée Eyyub Sultan et une le feuilleton sur la définition de l’antisémitisme.

L'AUTEUR
Millie Brigaud
Millie Brigaud

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