Schiltigheim : Christian Ball prend le large, écologistes et gauche à l’épreuve de l’union
Politique 

Schiltigheim : Christian Ball prend le large, écologistes et gauche à l’épreuve de l’union

actualisé le 09/04/2018 à 16h21 : Pour ajouter la fusion des listes de Danielle Dambach (ecolo) et de Nathalie Jampoc-Bertrand (divers gauche) en encadré.

Avec plus de 35% des voix, Christian Ball remporte largement le premier tour de l’élection municipale anticipée à Schiltigheim. Mais deux listes sur sa gauche réalisent un total cumulé similaire au sien. Troisième, le maire sortant Jean-Marie Kutner espère un sursaut du côté des 12 000 abstentionnistes.

Christian Ball a réussi la première étape de son pari. En faisant imploser la majorité en décembre et en provoquant des élections anticipées grâce à des démissions en cascade, l’ex-premier adjoint membre de « Les Républicains » prenait le risque de paraître comme le fauteur de troubles à Schiltigheim.

Dimanche 8 avril, plus d’un électeur sur trois ont voté pour lui (35,80%), dans un contexte de participation limitée (35,34%). Reste maintenant à confirmer cette première place lors du second tour dimanche 15 avril.

Moins de votants, mais plus de bulletins Ball

Triangulaire au second tours

Après des négociations dans la nuit, la liste écologiste de Danielle Dambach et celle à gauche de Nathalie Jampoc-Bertrand annoncent lundi matin leur union pour le second tour.

Malgré cette mobilisation amoindrie, et somme toute prévisible, par rapport aux élections générales de 2014, Christian Ball réunit près 600 voix de plus qu’à l’époque, lorsqu’il conduisait une liste UMP (2 268 contre 1 676, avec 49,43% de participation).

Le maire sortant, Jean-Marie Kutner (un temps à l’UDI), connait une trajectoire inverse (1 253 voix contre 2 074 en 2014) et se trouve repoussé à la troisième place, à 19,78%.

Réaction de Christian Ball

 

Les cartes redistribuées à gauche

Avec un nombre de voix quasi-stable en quatre ans (1 293 contre 1 398), l’écologiste Danielle Dambach (« Vivre Schilick ») tire aussi parti de la baisse de participation et se hisse à la deuxième place, avec 20,41% des suffrages exprimés.

Enfin, la liste du gauche conduite par Nathalie Jampoc-Bertrand est la quatrième à pouvoir se qualifier au second tour avec 15,09%. C’est moins que les scores du PS de la grande époque, mais bien mieux que les abysses du printemps 2017 (5è et 7è, entre 9 et 5%…). « Un nouveau cap pour Schilick » réunit des socialistes, des communistes, ainsi que des citoyens non-encartés dès les 3è et 4è places.

Ainsi, Christian Ball peut se méfier d’une éventuelle fusion des deux listes sur sa gauche, car leur total est très proche du sien (2 268 contre 2 249 sur sa gauche). À moins que des électeurs découragés de Jean-Marie Kutner ne se tournent vers celui qui a provoqué sa possible chute, dans le but de bloquer une formation plus écologiste et à gauche…

En fin de soirée, la liste « Un nouveau cap vers Schilick » indiquait que « toutes les options sont possibles » pour le second tour et que la priorité est de « faire barrage au tandem Ball-Kutner ». Un clair appel du pied à une fusion à Danielle Dambach, voire au-delà.

Réaction de Nathalie Jampoc-Bertand

Vidéo par Salem Slimani

Danielle Dambach s’y est dite disposée à une union si ce n’était pas « un accord partisan », mais plutôt « un ralliement ». Au contraire, elle rejette la possibilité de s’allier à Christian Ball.

Réaction de Danielle Dambach

Vidéo par Émilie Sizarols

Alors que les trois listes (avec les Insoumis) se sont beaucoup fait reprocher au 1er tour de ne pas avoir su s’unir, elles ont désormais une forte responsabilité face à elle : veulent-elles tout faire pour diriger la ville ? Même si les marges de manœuvre seront limitées en deux ans, ne pas tenter sa chance jusqu’au bout en 2018 pourrait avoir un effet boomerang en 2020.

Retour à la case départ pour les Insoumis

Tout à gauche, la France insoumise s’écroule de manière spectaculaire par rapport à ses podiums au printemps (1er à la présidentielle avec 27%, deuxième aux législatives avec 14%). Alors que la formation de Jean-Luc Mélenchon rêvait de conquérir « la première ville insoumise de France », elle termine cinquième, avec 7,56% des voix.

Elle avait choisi Marc Baader comme figure de proue, déjà élu dans les années 1990 et tête de liste du Front de gauche en 2014. La liste empoche d’ailleurs environ le même nombre de bulletins (479 contre 450 en 2014). La non-venue des personnalités du mouvement lors de cette campagne peu couverte médiatiquement peut aussi interroger. Visiblement; le tandem Nathalie Jampoc-Bertrand / Antoine Splet a davantage su incarner le renouvellement local à gauche. Tous deux ont moins de 40 ans.

Tout de même position de fusionner avec plus de 5%, les représentants de la liste ont déclaré qu’un débat doit acter la position commune … mardi soir, jour du dépôt des listes. Néanmoins, les premières déclarations donnent le ton.

La liste reste cohérente par rapport à sa campagne où elle annonçait la fin des accords électoraux. À moins que… les deux autres listes se déclarent publiquement en opposition à la politique d’Emmanuel Macron et dans l’opposition à la coalition droite-gauche à l’Eurométropole. Beaucoup de conditions alors que comme l’a relevé Marc Baader, les désaccords ne sont pas tant locaux…

Réaction de Marc Baader

Vidéo par Salem Slimani

Ces 479 voix pourraient cependant constituer, du moins en partie, une réserve à gauche pour le second tour que n’a pas Christian Ball. Les reports de voix lors des dernières élections ont montré que les électeurs  suivaient peu les consignes des candidats éliminés.

Lutte ouvrière, dont les tracts et revendications portaient sur l’opposition aux politiques du président Emmanuel Macron, ferme la marche avec 1,36% (86 voix), soit un peu moins qu’en 2014 (2,08%, 173 voix).

Kutner isolé

Jean-Marie Kutner est venu quelques minutes dans le hall de la mairie où se tenait une soirée électorale pour quelques déclarations aux journalistes. Très entouré par ses colistiers, il s’est dit entres autres dit victime de « désinformation » de la part de ses adversaires, notamment au sujet de la « bétonisation ». Le maire revendique de ne reconstruire que sur les friches et même d’y ajouter des espaces verts.

Assez énigmatique, il ajoute qu’il va « réfléchir avec son équipe » aux suites à donner, sans écarter des alliances. Ses options semblent toutefois limitées. Toutes les autres listes ont indiqué qu’elles ne fusionneraient pas avec le maire sortant. Jean-Marie Kutner a dit qu’il comptait notamment sur le sursaut des abstentionnistes pour le second tour :

« Dans un tel premier tour, on mobilise plutôt les gens qui sont contre que ceux qui sont pour.

Réaction de Jean-Marie Kutner

 

138 votes blancs et nuls

Mathématiquement, il n’est qu’à 1 015 voix de Christian Ball. Ce dimanche, 11 983 Schilikois inscrits sur les listes ne se sont pas déplacés, ou ont voté blanc (65) et nul (73).

Difficile de tirer des conclusions nationales d’un tel scrutin. Il n’y avait ni de liste des parti nationalistes (Front national, Patriotes, Debout la France), ni de « La République en Marche », écartelée sur plusieurs lignes et dont le scrutin ne faisait pas les affaires de ses têtes pensantes strasbourgeoises.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : (re)lire le compte-rendu en direct de la soirée

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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