Géothermie : après les séismes, opération déminage de Fonroche à Kilstett
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Géothermie : après les séismes, opération déminage de Fonroche à Kilstett

Suite aux séismes à répétition, l’entreprise Fonroche, qui souhaite exploiter le puits de géothermie de Reichstett / Vendenheim, essaye de convaincre les élus locaux que sa technologie est sûre. Rue89 Strasbourg était présent lors d’une rencontre à Kilstett.

Le rendez-vous est donné à 19 heures, jeudi 19 novembre. La salle de la musique de Kilstett permet une large distanciation. Semi-confinement oblige, la population ne peut participer à cette première rencontre avec la société Fonroche Géothermie. La vingtaine d’élus arrive en avance. « On ne peut pas être contre la géothermie sur le principe », lance d’emblée le nouveau maire de Kilstett, Francis Laas. « Mais il faut des garanties. La peur s’est installée dans la commune », détaille-t-il avant la séance.

Ponctuel, le directeur régional de Fonroche, Olivier Heckel, franchit la porte à son tour. Un exercice inhabituel pour lui ? Pas du tout. « Nous avons eu des rencontres sur les communes de Reichstett, Vendenheim et Reichstett dès le début, vers 2015. C’est peut-être le moment d’élargir », dit-il. À ses côtés, la municipalité a aussi invité Thierry Mosser, le président de Prom’Ober, une association opposée à la géothermie dans le bassin rhénan, pour apporter une contradiction technique. Les deux hommes échangent quelques minutes avant la mise en place.

Disussion entre Thierry Mosser et Olivier Heckel avant la rencontre. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

« On n’a pas gagné le moindre euro »

Le maire engage la soirée. Il pose quelques questions, notamment sur les assurances en cas de dégâts. À l’aise, Olivier Heckel déroule des réponses rassurantes. Les zones Seveso ? Les bâtiments y sont renforcés pour mieux résister à la sismicité. Des gaz sulfureux ? Pas présents dans le bassin rhénan. La nappe phréatique ? Les tuyaux étanches en acier triple épaisseurs ne font que la traverser (entre -2 et -60 m) pour atteindre des roches et eaux géothermales à -4 000 mètres. En somme, la technologie est très différente des pompes à chaleur comme à Lochwiller, village qui se fissure depuis 10 ans. La durée de vie de l’exploitation est estimée à « 30 ou 40 ans ».

L’ingénieur cite les deux puits de géothermie profonde en Alsace, à Soultz-sous-Forêts et Rittershoffen pour l’entreprise Roquette. « Ces succès existent, ils sont incontestables ». Plus tard, il rappellera : « On n’a pas gagné le moindre euro avec ce forage et on n’est pas prêt de le gagner, mais nos actionnaires ne sont pas fous ». Il rappelle au passage que l’entreprise n’a pas reçu de subvention pour ses projets.

La rencontre s’est tenue en préambule du conseil municipal de la commune. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Hypothèses et omission sur les séismes de 2019

« Vous nous décrivez un monde parfait », s’agace une élue du groupe d’opposition « Bien Vivre Ensemble ». Elle évoque « la tectonique des plaques qui vient de l’Italie et nous repousse » et recadre la discussion sur l’épineuse question des séismes. Les deux tremblements de terre de 2019, mais surtout les 10 événements sismiques en 15 jours entre le 27 octobre et le 11 novembre, à peine moins intenses.

Pour Olivier Heckel, l’origine humaine du premier séisme de 2019 n’est pas prouvée :

« Début novembre 2019, souvenez-vous, il y a eu un séisme important dans la Drôme. On en a beaucoup parlé car il y avait une centrale nucléaire. Avec la tectonique des plaques, il y a pu avoir des répliques jusqu’en Alsace quelques jours plus tard. L’épicentre était sous la Robertsau, à 5 kilomètres du puits. On a appliqué le principe de précaution, mais il sera prouvé que ce séisme est d’origine naturelle. »

Une hypothèse qu’avait déjà formulé le précédent préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, dès la fin 2019. Mais il y a bel et bien eu deux séismes en deux jours, dont un plus près de Vendenheim. Le rapport du Bureau de Recherche géologiques et minières (BRGM) de février 2020 indique que « l’essaim de Vendenheim est sans ambiguïté associé aux cycles d’essais conduits par Fonroche Géothermie sur la période de mars 2018 à novembre 2019 ». Le deuxième séisme n’est pas évoqué.

Olivier Heckel a pu dérouler ses explications techniques, avec assez peu de projections. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Fonroche estime en revanche que l’arrêt « trop rapide » des tests ordonnés par la préfecture en octobre, (pour déterminer l’origine des séismes de 2019), a bien provoqué les tremblements de fin octobre, puis ceux à répétition du début novembre 2020.

Brouahaha sur le ressenti des derniers séismes

Olivier Heckel s’avance et minimise l’intensité des dernières secousses, « le dernier séisme a dû être ressenti par peu de personnes dans la salle ». Phrase qui déclenche le seul moment de brouahaha de la soirée. « On l’a bien ressenti ! », lance une voix qui s’élève au-dessus des autres. Les autres participants approuvent.

La salle est très attentive aux explications. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La plupart des 23 élus, 18 de la majorité et 5 de l’opposition, prennent la parole. Bien informés sur le sujet, ils demandent des précisions techniques sur le forage. On parle prix de rachat de l’énergie, pression de l’eau injectée, maintenance, caractère « durable » ou non de cette énergie…

« On ne va pas se battre pour un WC »

La pluie se met à crépiter sur le toit de la salle municipale. Après une petite heure d’échanges, l’énergie retombe. On pense s’acheminer vers une conclusion. Mais le maire relance la discussion. « Vous ne m’avez toujours pas répondu sur la question des assurances », revient à la charge Francis Laas. Les élus de Kilstett ont été interpellés sur un volet roulant ou des toilettes fissurées.

« Vous ne m’avez toujours pas répondu sur les assurances », insiste le maire Francis Laas. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Cette fois-ci Olivier Heckel répond :

« Pour toute demande présentée, on diligentera notre expert, le particulier peut avoir le sien. Et s’il y a un lien de causalité, on est là pour assumer. On ne va pas se battre pour un WC. Mais il peut aussi y avoir un effet d’opportunité. »

« Avec les assurances ça va prendre tellement de temps que les gens ont le temps d’abandonner », lâche une élue, pas convaincue.

Au fond, Thierry Mosser a l’impression d’être sorti sans nouvelles informations sur le projet, qu’il suit depuis 2015. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Fin de discussion plus critique

Les dernières prises de paroles sont plus critiques. « Est-ce que vous attendez que la population se soulève ? », lance un élu, un brin provocant. Un collègue, plus jeune, abonde :

« Je n’ai pas de souvenir de séismes ressentis aussi rapprochés dans le temps. Je me rappelle de celui de 2003 je crois et rien depuis. Je suis dubitatif que l’on parle d’expérience à ce sujet, alors qu’on parle en fait de quelques puits, à des endroits où le sous-sol est différent ».

« Nous venons de façon proactive, dire ce qu’on a à dire. On est loin de se cacher », rétorque Olivier Heckel. Là encore, tout le monde n’est pas convaincu. « Seriez-vous là sans les tremblements de terre ? », interroge un participant. Flottement dans la salle.

Distanciation maximale. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Pour terminer, Olivier Heckel suggère aux élus de demander à la préfecture que Kilstett intègre le Comité de suivi de site (CSS), aux côtés de Vendenheim, Reichstett et Vendenheim. Cela leur permettra d’avoir accès au futur protocole de fonctionnement et aux résultats des études. Certains résultats sont attendus « au mieux sous quelques semaines ». Le maire met fin au débat « très constructif » et remercie l’ingénieur pour sa participation, « en espérant qu’on ne soit plus secoué ».

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L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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