Géothermie profonde à la Robertsau : des risques qui inquiètent
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Géothermie profonde à la Robertsau : des risques qui inquiètent

actualisé le 18/09/2014 à 13h50

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Le site de Soultz-sous-Forêts (Photo Pole Energivie)

Dans le cadre d’une expérimentation européenne sur les énergies renouvelables, plusieurs sociétés sont autorisées à faire des forages exploratoires en Alsace pour tester son potentiel en géothermie profonde. L’un de ces forages se situe à la Robertsau à Strasbourg, à proximité d’usines déjà classées à risques… Les riverains s’inquiètent.

C’est l’ADIR, l’Association de Défense des Intérêts de la Robertsau, qui dans son journal du mois de juin a dévoilé l’existence d’un projet d’exploitation de géothermie profonde au Port-aux-Pétroles de Strasbourg. La société Fonroche géothermie a obtenu un permis exclusif de recherche (PER) en 2013. Il lui permet de présenter des demandes d’autorisation à la Préfecture pour des forages exploratoires, l’un à Eckbolsheim l’autre au Port-aux-Pétroles, rue de Rouen à Strasbourg.

Le déroulé du projet - document Fonroche géothermie

Le déroulé du projet (document Fonroche géothermie)

Pour ce dernier, un dossier sera soumis à enquête publique avant la fin de l’année, et s’il est validé, Fonroche pourra réaliser les forages exploratoires. Et si les conditions techniques sont réunies, Fonroche pourra alors, comme à Soultz-sous-Forêt, construire et exploiter une station de géothermie profonde pour produire de la chaleur et de l’énergie.

Les principes de la géothermie profonde

La technique de la géothermie profonde consiste à injecter un fluide à 4 000 ou 5 000 mètres de profondeur dans des failles géologiques, puis à le remonter à la surface pour récupérer par transfert la chaleur des entrailles de la Terre afin de la transformer en électricité ou de l’injecter dans des circuits de chauffage d’habitations.

Problème, ça ne se passe pas toujours bien. À Lochwiller, toute une colline s’affaisse à la suite d’un pompage, privé celui là, mal réalisé. À Soultz-sous-Forêts, le modèle de référence français, au moment de l’injection d’environ 200 000 m³ d’eau et d’adjuvants acides pour nettoyer les failles entre les roches, il y a eu 50 000 petits séismes dont une dizaine perceptibles par l’homme. À Bâle, une expérience similaire, Deep Heat Mining, a été stoppée nette après que plus d’un millier de plaintes aient été déposées.

Pour pallier ces problèmes, la stimulation des roches est désormais produite en ajoutant des acides pour dissoudre les minéraux présents dans les failles. Mais si cette manœuvre produit moins de micro-séismes, elle produit une eau chargée de composés indésirables : métaux, radionucléides, sels minéraux… La géothermie engendre donc d’importantes conséquences pour l’environnement et les installations sont des sites sensibles.

« Des techniques sans danger » selon Fonroche

Pour l’échange thermique le circuit, les stations utilisent entre 100 et 150 tonnes de liquide frigorigène. À Soultz-sous-Forêts, il est même explosif. Toutefois, Fonroche assure que celui envisagé pour la Robertsau sera comparable au gaz utilisé dans les frigos des particuliers. Pour Jean-Philippe Soulé, président de Fonroche Géothermie, l’exploitation d’un site de géothermie profonde à la Robertsau est tout à fait compatible avec les mesures du Plan de prévention des risques technologiques (PPRT), entré en vigueur l’an dernier pour le Port-aux-Pétroles :

« Nous avons les compétences, les ressources et les partenaires. Et si nous investissons nos propres fonds dans un projet de recherche, c’est bien pour le mener à terme dans les règles de l’art. Nous avons bien étudié les forages qui ont posé des problèmes, les techniques que nous utiliserons sont différentes et éprouvées.  Nous sommes bien conscients que cela soulève des questions, et nous distribuerons à l’ensemble de la population concernée un guide complet sur ce que nous allons faire avant l’enquête publique, au cours de laquelle le public pourra s’exprimer. »

Les projets de Fonroche à Strasbourg (GeoStras) ont été sélectionnés par la Commission européenne dans le cadre du fonds « NER 300 » pour le développement des énergies renouvelables. Les deux projets franco-allemands ont reçu 17 millions d’euros.

« Une compatibilité avec le PPRT qui reste à démontrer »

Le site de recherche se situe rue de Rouen à la lisière d’une zone « b » et « B »du PPRT, soit des zones soumises à « conditions particulières ». L’autorité environnementale, un service d’expertise de la Dreal, dans son avis du 27 avril 2014, pointe :

« La compatibilité du projet avec les servitudes induites par le Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) reste à démontrer. »

Extrait du rapport du SPIP, qui confirme au passage les différentes pollutions du sol

Extrait du rapport du SPIP, qui confirme au passage les différentes pollutions du sol

Et de lister un peu plus loin la liste des phénomènes dangereux susceptibles de survenir sur les installations : séismes, pollutions des nappes ou des sols, radioactivité, incendie, pollutions atmosphériques… Mais le rapport de l’Autorité environnementale n’est qu’un avis préliminaire en vue de l’enquête publique.

Des avantages pour le Port autonome et les logements à proximité

Quant au Port Autonome, tant que le dossier est validé par la Dreal, il n’y trouve rien à redire. Nicolas Teinturier, directeur de la valorisation des domaines, y voit même une opportunité :

« Ce projet a un intérêt dans l’écosystème énergétique pour le futur. De la chaleur et de l’électricité à proximité des entreprises, c’est une bonne chose. »

La chaleur produite pourrait alimenter les logements à l’Esplanade et au Port du Rhin. Mais on n’en est pas encore là… Fonroche en est au stade des « contacts intéressants » avec la CUS. Il n’a pas été possible d’obtenir des précisions d’Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg en charge de ce dossier, dans les délais de rédaction de cet article.

Mobilisations des deux côtés du Rhin

Mais du côté de l’ADIR, on est inquiet et l’association a l’intention de mobiliser ses adhérents, comme l’explique Jean-Daniel Braun, un de ses membres :

« On nous refait le coup du PPRT. Dormez citoyens, tout va bien, nous maîtrisons tout. En réalité, on n’en sait rien, et je trouve qu’installer une installation à risques dans un périmètre Seveso est une hérésie. »

Par ailleurs, à Kehl en juin, une réunion publique d’information a réuni plus de 170 personnes car la géothermie a laissé de très mauvais souvenirs à Landau en Allemagne, où des fissures sont apparues dans les rues et des bâtiments ont été endommagés en mars 2013. Rassurant.

L'AUTEUR
Emmanuel Jacob
Emmanuel Jacob
Animateur du Blog de la Robertsau depuis avril 2006. Observateur libre de la vie de son quartier.

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