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À l’IHU, « 50% des infirmières de bloc sont parties, mais on continue de faire 100% de l’activité »
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À l’IHU, « 50% des infirmières de bloc sont parties, mais on continue de faire 100% de l’activité »

par Guillaume Krempp.
Publié le 22 novembre 2022.
Imprimé le 09 décembre 2022 à 06:29
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Des infirmières spécialisées des Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont manifesté mardi 22 novembre. Le mouvement est né à l’Institut hospitalo-universitaire, où Monique, Barbara et Myriam vivent un sous-effectif inédit qui met en danger les soignants et les patients.

Infirmière de bloc opératoire depuis cinq ans, Barbara Gauthier se félicite face à la cinquantaine de consœurs qui manifestent ce mardi matin. À l’appel du syndicat Force ouvrière (FO), elles sont descendues sous les fenêtres de la direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) vêtues de leur blouses et de leur charlottes bleues pour dénoncer un sous-effectif toujours plus dangereux, pour les soignants comme pour les patients.

Myriam Sutter, 11 ans d’expérience en tant qu’infirmière de bloc diplômée d’État (Ibode), résume la situation à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU), d’où la mobilisation est partie :

« Il y a deux ans, on était 30 infirmières de bloc à l’IHU. Maintenant, nous sommes 14. Nous avons perdu la moitié de nos effectifs mais on continue de faire 100% de l’activité. »

Une partie des infirmières de bloc de l’IHU de Strasbourg. Elles avaient déjà manifesté le 8 novembre 2022. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc)

« Il nous arrive de travailler 20 jours d’affilée »

Les soignants subissent ce sous-effectif croissant. Pour Barbara Gauthier, le rythme de travail est devenu intenable : « Il nous arrive de travailler 15 à 20 jours d’affilée, sans coupure, même la nuit et le week-end, ça ne s’arrête pas. » « C’est du jamais-vu », souffle Monique Blum, 28 ans d’expérience comme infirmière de bloc. Il y a peu, elle a travaillé 60 heures en huit jours. La première journée, l’infirmière a passé 16 heures à l’hôpital : « J’ai travaillé de 7 heures à 14h30 puis j’ai repris à 19h30 pour terminer à 4 heures du matin. » À ses côtés, une collègue rappelle : « Et le lendemain, elle est revenue à 12h30… »

Devant la préfecture du Bas-Rhin, où la manifestation a pris fin, les infirmières de bloc comptent les collègues perdues les deux dernières années : deux départs à la retraite, cinq soignantes qui ont rejoint le privé, une autre qui a préféré l’intérim, deux cadres reclassées et d’autres parties en formation… « Le problème, c’est que personne n’est arrivé entretemps », souffle une collègue de Monique, Barbara et Myriam.

Infirmière de bloc depuis cinq ans, Barbara Gauthier se félicite face à la cinquantaine de consœurs qui manifestent ce matin. (Photo Amélie Schaeffer / Rue89 Strasbourg / cc)

« La sécurité du patient est en danger »

Pour Monique, avec ce sous-effectif inédit, « la sécurité du patient est en danger ». Baraba précise :

« Comme on manque de soignants, on est passé de deux infirmières de bloc diplômées d’État par opération, à une seule et un interne en médecine. Nous à la fin de l’opération, on vérifie qu’il n’y a plus rien dans le corps du patient. Un interne n’est pas formé pour ça. »

À partir de 17 heures chaque jour, les infirmières spécialisées de l’IHU doivent rejoindre les blocs opératoires du Nouvel hôpital civil (NHC). Elles assurent alors les opérations d’urgence des spécialités comme « la chirurgie digestive, l’urologie, la chirurgie thoracique, l’ophtalmologie. Normalement il y a une équipe spécialisée dans la cardiologie, mais comme ils manquent de personnel, on se dédouble alors qu’on n’a pas été formées. Ça aussi, c’est risque supplémentaire pour le patient, qui est devenu récurrent. »

Secrétaire général du syndicat FO des HUS, Christian Prud’homme déplore l’absence de solution du côté de la direction d’établissement et de l’Agence régionale de Santé (ARS), malgré une première manifestation sur le même thème le 8 novembre. Infirmier anesthésiste de profession, le syndicaliste rappelle :

« La charge mentale qui pèse sur ces professionnelles est énorme. Elles ont la vie de patients entre leurs mains. Les Ibodes doivent connaître tout le déroulé des opérations, anticiper les complications et les instruments à utiliser. Beaucoup d’entre elles n’en peuvent plus. Elles sont sur le point d’appeler leur médecin qui les mettra en arrêt. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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