En profitant de la division de l’électorat de gauche, la droite peut gagner les élections municipales à Strasbourg ce dimanche 22 mars. Mais pour cela, le candidat soutenu par Les Républicains, Jean-Philippe Vetter, doit flatter les 6 042 personnes qui ont voté pour le Rassemblement national au premier tour. Celui qui se dit « d’une droite républicaine et du centre » a refusé l’alliance avec la tête de liste du RN Virginie Joron. Elle ne manque pas de l’attaquer régulièrement à ce sujet sur ses réseaux sociaux : « Vetter veut les bulletins de vote du RN mais pas leurs gueules. »
Arrêté anti-mendicité « dès la première semaine »
Effectivement, le candidat LR penche très à droite dans les dernières heures de sa campagne. « Personne n’est propriétaire de ses voix », a t-il appuyé sur le plateau de France 3. Et lors de son meeting, devant un parterre de retraités, de représentants du patronat et d’élus de droite, il est revenu sur les aspects les plus durs de son programme : « Dès la première semaine, je signerai un arrêté anti-mendicité agressive. »

Cette mesure avait suscité le tollé d’une multitude d’associations à sa mise en œuvre par le maire socialiste Roland Ries en 2019. Elle a ensuite été annulée par Jeanne Barseghian en 2020. Sans surprise, Virginie Joron en a fait le totem de son programme en 2026. Or l’agressivité est déjà interdite et répréhensible pénalement, qu’on soit en train de faire la manche ou pas. Le texte vise plus précisément l’occupation prolongée de l’espace public dans certaines zones du centre-ville et fait un amalgame grossier entre la mendicité et la violence.
« Je veux, dès les premiers jours, mettre fin au laisser-faire, au laxisme, au renoncement », promet-il à son public. Le candidat de droite souhaite doubler le nombre d’agents et d’agentes de la police municipale, pour passer de 147 à environ 300. Là-dessus, il va encore plus loin que Virginie Joron, qui envisageait le recrutement de 50 policiers et policières. L’enveloppe annuelle dédiée passerait alors de 16 à 22 millions d’euros, sans compter les coûts de la formation, de l’armurerie ou des véhicules. De nouveaux locaux seraient nécessaires puisqu’ils sont tout juste suffisants pour l’effectif actuel.
Comme mesure sociale… soutenir le monde économique
Ces centaines de policiers municipaux s’emploieraient notamment à faire respecter un « code de la rue », « pour sanctionner les cyclistes qui ne respectent pas la réglementation », ciblant particulièrement « les livreurs Deliveroo et Uber » pour que « les piétons ne soient plus agressés ». Que contiendra ce code de la rue ? Jean-Philippe Vetter reste flou sur ce point. Il s’agit surtout de s’afficher comme celui qui va « pacifier Strasbourg », qui serait devenue un véritable coupe-gorge sous l’ère écologiste. Ces policiers et policières puniront également celles et ceux qui ne jettent pas bien leurs ordures à la poubelle, pour « améliorer la propreté de notre ville ».
Interrogé sur sa mesure sociale phare par France 3 Alsace, il a décidé de mettre en avant « un abonnement CTS à un euro par mois pour les plus de 65 ans ». Et lorsque la journaliste persiste sur son programme contre « la grande précarité », il ne répond rien d’autre que « nous investirons bien évidemment pour celles et ceux qui sont en difficulté ». Avant d’insister sur le fait que pour cela, « il faut des moyens ». « L’un de nos premiers objectifs sera de créer cette richesse avec le monde économique, assume t-il. La première mesure sociale, c’est de créer des emplois. »
Un programme contradictoire
Mais quelques secondes plus tard il dénonce justement les « 300 nouveaux emplois [de fonctionnaires] » que la maire sortante de Strasbourg a créés : « Il faut aujourd’hui les financer ». Il se déclare le seul à savoir vraiment comment résorber la dette de la collectivité, l’une de ses priorités. Mais il assure en même temps qu’il n’augmentera pas les impôts. Sa piste est de « faire des économies sur le budget de fonctionnement », soit « ne pas remplacer 50 départs à la retraite par an », pour repasser de 8 450 agents et agentes à 8 150, comme avant le mandat de Jeanne Barseghian. Il semble alors avoir oublié qu’il souhaite lui même créer 150 postes de policiers et policières municipales. Et quels services va t-il raboter ? Il se contente de formulations vaporeuses : « Dans la bureaucratie, il y a des économies à faire grâce à l’intelligence artificielle », estime t-il.
Favoriser l’avion
Jean-Philippe Vetter se veut le candidat du renouveau, « après quarante ans où la ville a été dirigée par des socialistes ou des écologistes (oubliant au passage le mandat de Fabienne Keller, NDLR)« . Mais lui revient bien quarante ou soixante ans en arrière avec un projet de développement de l’aéroport de Entzheim. « Fini l’aéroport Bâle-Mulhouse, bienvenue à l’aéroport d’Entzheim de Strasbourg », a t-il lancé lors du meeting, avant d’évoquer un travail sur la fiscalité pour attirer les compagnies aériennes internationales.
Contre l’avis des spécialistes du climat du monde entier, qui implorent les responsables politiques de prendre en compte les enjeux écologiques, la droite à Strasbourg veut renforcer le trafic aérien. Dans la capitale alsacienne, ce genre de programme ne séduit pas la majorité d’ordinaire. Sauf qu’avec trois listes qui se présentent au second tour, un peu plus d’un tiers des voix suffiront pour l’emporter. L’union de la gauche de Jeanne Barseghian, la liste socialiste et macroniste de Catherine Trautmann et la droite de Jean-Philippe Vetter sont au coude à coude.






Chargement des commentaires…