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Parkour, skatepark et biergarten : les nouvelles ambitions de la Ville pour le parc et  la Halle Citadelle
Environnement 

Parkour, skatepark et biergarten : les nouvelles ambitions de la Ville pour le parc et la Halle Citadelle

par Jean-François Gérard.
Publié le 21 avril 2021.
Imprimé le 28 novembre 2021 à 19:22
9 112 visites. 5 commentaires.

Les travaux sont lancés pour faire de l’entrée du parc de la Citadelle un nouveau lieu extérieur pour les cultures urbaines dès cet été. Ces travaux s’engagent suite à une idée initiale d’une association strasbourgeoise. De l’autre côté du canal, un lieu éphémère devrait ouvrir avant la conception d’un futur quartier au bord de l’eau.

Les balles de basket ne rebondissent plus sur le macadam. Pelleteuses et ouvriers occupent désormais les terrains de la Citadelle, à l’entrée du parc. Aucun panneau n’annonce à quoi vont servir ces travaux. Après quelques jours, une petite fiche plastifiée a été ajoutée pour rassurer sur le sort de ce lieu emblématique de la balle orange à Strasbourg.

À l’heure où le terrain omnisport du 92 avenue du Rhin est menacé, c’est pourtant un chantier important, 1,6 million d’euros, qui s’amorce dans ce parc de l’Esplanade. Les deux terrains de basket vont être rénovés, deux demi-terrains seront également ajoutés, ainsi que deux paniers.

Mais il ne s’agit pas seulement d’un projet autour du basket. Des agrès de parkour (sport acrobatique qui consiste à franchir des obstacles urbains), un mur pour graffitis et une scène seront également ajoutés. Enfin, un skatepark d’environ 1 000 m2, accessibles aux débutants comme aux plus chevronnés, se logera le long du quai des Alpes. Cet espace creusé permettra enfin de réaliser le projet lauréat du budget participatif, qui n’a jamais trouvé de point de chute depuis 2019.

Au sol, on distingue l’emprise des futurs terrains de basket. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Deux phases de travaux

D’habitude, les retards de travaux créent du mécontentement. Mais dans le cas de la Citadelle, ils ont démarré plus vite que prévu. Ce qui a aussi suscité des interrogations. L’adjoint en charge des Sports, Owusu Tufuor, s’explique :

“Il y a deux aspects. Les terrains de basket qui sont à la Ville de Strasbourg, qu’on doit rénover, et pour lesquels on veut aller vite pour qu’ils soient prêts en même temps que l’Euro de basket féminin (du 17 au 27 juin à Strasbourg, ndlr). Il y aura aussi les nouveaux terrains de 3 contre 3. Et puis le reste des activités, qui doit encore faire l’objet de concertations, et pour lesquelles on lancera un marché de design, qui est prévu pour juin 2022.”

Les grandes lignes sont connues, mais plusieurs détails sont à ajuster. Quels seront les agrès ? Mettra-t-on des paniers moins haut pour les plus petits ? Y aura-t-il un éclairage en début de soirée ? Owusu Tufuor et l’élu du quartier Esplanade renvoient ces demandes à une discussion “plus large” avec les habitants.

La future organisation du Parc de la Citadelle. Un des terrains et le skatepark un peu plus grand (doc Ville de Strasbourg).

À l’origine du projet, Tamim Daoudi, 39 ans et designer de matériel professionnel. Lui-même utilisateur des terrains de basket, il raconte la genèse de son idée :

“En écoutant les uns et les autres, j’entendais que ces terrains n’étaient pas assez exploités, qu’il y avait des besoins, y compris pour des familles. Cela a été le début de cinq ans de travail. Je me suis lancé comme si c’était un projet professionnel. La réflexion, c’est que si on fait juste un équipement, ce serait à côté de la plaque. Il fallait un lieu transversal qui dynamise ce quartier. La suite ça a été de rassembler des personnes avec des compétences diverses.”

Strasbourgeois depuis 2003, Tamim Daoudi est un utilisateur des terrains de la Citadelle. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Son ami Emmanuel Hoff, fondateur de l’accélérateur culturel CultureAngels, devient “la plume” du projet. Il développe les idées “université à ciel ouvert”, pour positionner le projet, notamment vers la jeunesse : “On est dans un quartier dense, et c’est souvent en bas de chez soi qu’on va faire ses premières rencontres et s’émanciper”, dit Emmanuel Hoff aujourd’hui.

Les initiateurs traversent la rue pour travailler le projet avec le centre socio-culturel de l’Association des résidents de l’Espanade (Ares). “Ils sont venus spontanément et on a fait plusieurs ateliers avec des habitants”, se souvient le directeur Marc Philibert. Pour aider le projet à se développer, ce dernier est devenu trésorier de l’association Street K, créée pour porter ce projet. Elle regroupe des personnes compétentes dans les cultures urbaines, les sports de glisse, la musique, la communication, etc. Au fil des rencontres, Tamim Daoudi découvre aussi toute la complexité d’une telle opération. “Un ancien directeur des architectes des bâtiments de France m’a expliqué qu’un préau pour jouer quand il pleut n’était pas possible, car il s’agit d’un site historique”.

Le projet avance et est présenté à la précédente municipalité en fin de mandat. Malgré des retours favorables, il ne dépasse pas les arbitrages entre adjoints. Le début de la campagne des élections municipales bloque ensuite le lancement de toute nouvelle réalisation à partir de septembre 2019. Tamim Daoudi était colistier d’Alain Fontanel (33e et non-présent sur la liste fusionnée avec Jean-Philippe Vetter au second tour), mais le sujet n’est pas évoqué lors de la campagne. “Je ne voulais pas que le projet soit associé à l’une ou l’autre liste, ça aurait pu le fragiliser ensuite”, raconte Tamim Daoudi. Après cette expérience, le jeune homme a depuis un peu pris ses distances avec la sphère politique.

L’association imagine des terrains colorés et décorés pour renforcer l’identité du lieu. (doc remis)

Trouver la place des femmes

Tout juste intronisée à l’été, la municipalité écologiste saisit la balle au bond. Seules modifications demandées par la maire Jeanne Barseghian (EELV) : un ensemble qui n’oublie pas les femmes, et plus de végétal. Ainsi, aucun arbre ne sera coupé et quelques plantations ajoutées, notamment sur la partie Parkour. Pour la féminisation, le défi est plus complexe, mais les porteurs ont quelques idées : “Il faut que Street K s’ouvre à des associations féminines autour des cultures urbaines”, envisage Tamim Daoudi. Et pour le basket, il imagine des compétitions ponctuelles avec des “équipes mixtes” ou féminines. “C’est un enjeu de programmation, plus que de design”. Car il est vrai que l’on retrouve surtout des hommes autour de Street K. Le projet est validé par la municipalité en octobre, qui le prendra sous sa coupe, et une délibération a été votée à l’unanimité en mars.

À charge pour la municipalité d’aller au bout de l’aventure, sans décevoir les idéaux du début. “L’enjeu, c’est que ça reste un lieu public et qu’il ne soit pas approprié par l’une ou l’autre association. C’est une question démocratique. Aujourd’hui, c’est un espace en accès libre où tout se passe bien, il n’y a pas de dégradation ou de bagarre, cela doit rester ainsi”, explique Patrice Schoepff, élu de l’Esplanade. “Pour l’animation, la Ville pourra passer des commandes via des appels à projets ou répondre à des demandes d’associations”, appuie Owusu Tufuor. À écouter les deux hommes, les demandes d’utilisations régulières ou ponctuelles affluent déjà autour de ce futur lieu. “On a déjà eu une quarantaine d’échanges avec les porteurs du projet”, mentionne Owusu Tufuor. Il insiste sur le fait que le lieu restera public.

Patrice Schoepff (à g.) et Owusu Tufuor (à d.), le binôme d’élus en charge de mener à bien ce projet à la Citadelle. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Tamim Daoudi approuve cette inclinaison :

“Il peut y avoir des évènements ponctuels quelque fois dans l’année, mais ça doit rester un lieu dédié aux amateurs comme aujourd’hui, où naissent des vocations. Quand je vois que sur la place d’Austerlitz on ne peut plus boire un café à certaines heures, on est dans une forme d’exclusion.”

L’entrepreneur de 39 ans estime que l’histoire de Street K est un “modèle réplicable” pour d’autres projets. Néanmoins, la durée, “un marathon avec ses hauts et ses bas”, est selon lui la principale difficulté pour garder un maximum de monde motivé dans l’aventure. “Il faut aussi savoir lâcher du lest sur son idée de départ pour que ce soit gagnant-gagnant”, conseille-t-il.

De l’autre côté, de l’eau et de la bière

À quelques mètres à vol d’oiseau, mais de l’autre côté du canal, un autre lieu devrait prendre vie cet été. Il s’agit des Halles Citadelle, aujourd’hui inutilisées. La Ville de Strasbourg, via sa Société publique locale (SPL) des Deux Rives, aimerait y installer un “biergarten estival” éphémère, en extérieur et au bord de l’eau, sur environ 2 000 m2. La description de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) s’approche d’un lieu comme la Grenze, créé derrière la Gare il y a deux étés. En plus des activités de bar-restauration avec “vue sur la cathédrale”, la SPL attend une “programmation culturelle, des animations sportives et ateliers”. Le 19 avril, “une dizaine” de dossiers ont été remis et un jury devrait choisir une équipe d’ici le mois de mai, avant une ouverture en juin.

L’appel à manifestation d’intérêt porte sur les vastes espaces extérieurs. (photo GK / Rue89 Strasbourg)
Halle Citadelle et parc de la Citadelle sont très proches à vol d’oiseau, mais séparés par le bassin de la… Citadelle. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Objectif selon la présentation de l’AMI: “Inscrire le lieu dans la carte mentale des Strasbourgeois” ou encore “préfigurer des usages futurs”. À l’instar du quartier de la Coop il y a quelques années, l’enjeu est d’habituer des riverains à se rendre à cet endroit, de s’y divertir et d’y consommer avant d’importants travaux et la création d’un nouveau quartier. L’idée : montrer que ces lieux ont du potentiel. Pour le moment, ces bâtiments abandonnés ont simplement accueilli quelques concerts lors des festivals Contretemps et Musica en 2019, ainsi que des congrès professionnels. Ils cherchent leur vocation pour la suite.

Car le reste de la Presqu’île Citadelle est pour l’instant en friche. La dépollution des sols est en cours avant de décider de la conception exacte de ce futur quartier. La programmation prévoit des bâtiments de faible hauteur, mais n’est pas encore arrêtée. En prenant ses fonctions à l’été 2020, le nouveau président Jean Werlen souhaitait que davantage d’importance soit accordée “à tout ce qui est vert, végétal, mobilité urbaine, sur la qualité thermique, et sur les matériaux” pour les Deux-Rives. Alors que la Presqu’île cherche son identité, les habitants du quartier trouveront quoi qu’il arrive un nouveau lieu de loisir dans le parc voisin. Une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes devrait également relier le Parc et la Presqu’île.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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