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Petite histoire de ces Alsaciens qui « montent à Paris »
L'Alsace à Paris
Le troisième département d'Alsace, c'est Paris. Et voici ses chroniques.
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Petite histoire de ces Alsaciens qui « montent à Paris »

par Jérémy Schlosser.
Publié le 17 avril 2013.
Imprimé le 25 mai 2022 à 11:50
7 354 visites. 14 commentaires.
La gare de Strasbourg, point de départ vers l'exil pour certains alsaciens (Photo Vanessa Jollet)

La gare de Strasbourg, point de départ vers l’exil pour certains alsaciens (Photo Vanessa Jollet)

Pour les Alsaciens, Paris a d’abord été un îlot de refuge. Les guerres et les aller-retours nationaux y ont fixé nombre d’Alsaciens, qui ont laissé des traces dans la capitale. Aujourd’hui, Paris est plutôt perçu comme un tremplin professionnel, une étape nécessaire.

BlogSi les Alsaciens sont si nombreux à Paris, c’est qu’au même titre que les Bougnats avant eux ou les Bretons après eux, de multiples raisons ont pu justifier, par delà l’Histoire, de rallier la capitale pour y démarrer une nouvelle vie. Toutefois, la variable historique est prédominante dans le cas alsacien car, à chaque soubresaut de notre passé meurtri, la capitale a pu être perçue comme un eldorado. Aujourd’hui ? Elle cristallise toujours toutes sortes d’ambitions.

L’exil forcé vers la « vieille France » 

Bien que de nombreux Alsaciens gagnaient déjà Paris depuis belle lurette, on pourrait dater l’installation d’une importante diaspora d’outre-vosgiens en Île-de-France à partir de 1870, à la suite du conflit avec la Prusse et la perte des trois départements qui suivi la défaite. L’Alsace-Moselle devient alors l’Elsaß-Lothringen. C’est alors la fuite vers Paris mais aussi vers les États-Unis – où il existe une importante communauté alsacienne –  et même vers l’Algérie, alors française.

Cette communauté nouvellement créée et déjà soudée se fait rapidement une place : c’est l’âge d’or des brasseries et autres épiceries fines qui marqueront dès lors le paysage parisien. Mais l’Alsace qui n’est fort heureusement pas que gastronomie a également amené dans son sillage les beaux principes de l’humanisme rhénan, humanisme qu’elle diffuse dans les cercles intellectuels, à travers l’ « Ecole Alsacienne » etc. (voir mon post précédent).

Quand les lendemains s’assombrissent à nouveau

S’ensuit un demi-siècle de statu quo durant lequel les alsaciens de Paris prennent doucement racine. La région mère, restée fidèle à la France malgré les attentions bienveillantes du pangermanisme (eau courante, électricité, sécurité sociale…) va bientôt redevenir française : ce sera au prix des neuf millions de morts de la  « grande guerre ». Les Alsaciens de France et de Navarre fêtent la patrie retrouvée mais les exilés ne retournent pas pour autant au pays. C’est encore une fois davantage le chemin inverse qui est préféré et parmi ces nouveaux arrivants, nombreux sont ceux issus de l’importante communauté juive d’Alsace. Dès la fin des années 1920, bien conscients du mal qui gronde, ils viennent grossir les rangs des néo-parisiens. On peut aujourd’hui encore trouver des vestiges de cette double culture, au détour d’épiceries ou de bibliothèques qui, dans le quartier du Marais par exemple, donnent à voir le passé de tolérance et d’ouverture qui caractérise notre région.

L'installation à Paris, une voie professionnelle obligatoire... (Photo Vanessa Jollet)

L’installation à Paris, une voie professionnelle obligatoire… (Photo Vanessa Jollet)

La nouvelle donne : Paris, terre de réussite ?

Après ce deuxième conflit mondial, les raisons justifiant de gagner la capitale ne sont plus les mêmes : l’émigration vers Paris relève dès lors davantage de l’opportunisme professionnel que de l’exil forcé. On s’installe à Paris pour développer son affaire, briller sur les planches, suivre des formations d’excellence ou encore œuvrer dans les palais de la République. Cette nouvelle donne est singulière : là où les autres régions – exode rural oblige – envoient vers Paris des ouvriers peu qualifiés ou des travailleurs de la terre, l’Alsace – plutôt privilégiée économiquement – voit les plus ambitieux d’entre les siens y chercher la réussite. C’est (souvent) encore le cas aujourd’hui.

2h15 à peine sont nécessaires pour rejoindre Paris depuis Strasbourg, 2h40 depuis Mulhouse via le TGV Rhin-Rhône tout neuf. Même si on ne croise pas autant d’Alsaciens que de Bretons ou de Basques dans les rues de Paname, nombreux sont néanmoins ceux qui font le choix de s’y installer. Pour preuve, la Maison de l’Alsace reçoit plus d’une centaine de nouveaux arrivants lors du pot de bienvenue qu’elle organise à chaque rentrée. Parmi eux, beaucoup d’étudiants, de jeunes actifs mais aussi des artistes ou des familles. La capitale offre effectivement des opportunités professionnelles qui expliquent son attractivité mais cela ne tranche pas si distinctement d’avec des villes comme Strasbourg ou Mulhouse, relativement dynamiques elles aussi.

J’en viens à me demander si l’exil parisien, fut-il tout à fait appréciable et enrichissant, ne consiste pas finalement en une parenthèse qui s’achèvera, après quelques années de grisaille urbaine, sur les contreforts des vallons vosgiens, à la maison donc. Justement, n’hésitez pas à partager ici votre expérience passée ou présente : peut être que ces dernières nous permettront une fois croisées d’en apprendre davantage sur le profil type de l’ « Alsacien de Paris ».

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Article actualisé le 19/04/2013 à 22h41
L'AUTEUR
Jérémy Schlosser
Jérémy Schlosser
Communicant public expatrié à Paris, je tiens ici une petite chronique de mon exil que j'espère décalée et riche en infos pratiques !

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