Portefeuilles d’adjoints à Strasbourg: la prime aux poids lourds
Politique 

Portefeuilles d’adjoints à Strasbourg: la prime aux poids lourds

Les adjoints au maire de Strasbourg (2014-2020) ont été présentés au média mardi 8 avril (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Les adjoints au maire de Strasbourg (2014-2020) – mardi 8 avril (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

L’attribution des portefeuilles d’adjoints permet d’envoyer des signaux à l’extérieur, au monde de la culture ou de l’éducation en l’occurrence, d’entériner l’état des rapports de force politiques à l’intérieur de la municipalité, de distribuer sanctions et placards. Décryptage des délégations attribuées aux 19 adjoints au maire de Strasbourg, fraîchement réélu.

Assis (puis debout, voir ci-dessus), entourant le maire de Strasbourg en ordre protocolaire du 1er au 19ème, les adjoints ont écouté Roland Ries égrener leurs attributions pour les 6 années à venir. Parmi ces 19 conseillers municipaux distingués par l’édile, 13 étaient déjà adjoints de 2008 à 2014, 3 étaient conseillers municipaux délégués (Mine Günbay, Paul Meyer et Éric Schultz) et un vice-président de la CUS (Alexandre Feltz). Seules « nouvelles » têtes au sein de l’exécutif : Chantal Cutajar et Christel Kohler.

13 adjoints maintenus, la moitié garde ses attributions

Sur les 13 adjoints maintenus, un peu moins de la moitié garde ses attributions, en tout cas en partie. C’est le cas de Mathieu Cahn, dont le champ de compétences est élargi, mais qui reste sur l’animation, la vie associative et la politique de la ville. Le cas aussi de Nawel Rafik-Elmrini (relations internationales), d’Alain Jund, qui conserve l’urbanisme en y ajoutant la transition énergétique, Marie-Dominique Dreyssé, qui garde les affaires sociales, Serge Oehler les sports et son quartier (Cronenbourg, Hautepierre…), ou Annick Neff, le Neuhof.

Le détail des délégations des 19 adjoints au maire de Strasbourg

D’autres changent de registre, en proportion du poids politique qu’ils ont pris ces dernières années. C’est le cas surtout d’Alain Fontanel et d’Olivier Bitz. Comme prévu, le premier abandonne les finances (Ville et CUS) et devient premier adjoint, chargé de la coordination de la municipalité (des élus entre eux). Comme Robert Herrmann avant lui, il prend les rênes du Marché de Noël, plus gros événement touristique et commercial annuel à Strasbourg. Plus étonnant, il récupère la culture et le patrimoine. Son intérêt politique pour la thématique circulait depuis un moment, voilà qui est confirmé. A noter que ce domaine est plus sexy que les finances ou les ressources humaines. Le 1er adjoint s’offre ainsi une visibilité assurée dans l’optique de 2020.

Olivier Bitz, très gâté, prend les finances et le personnel

Ancien attaché parlementaire de Armand Jung, puis de Roland Ries, adjoint en charge de la sécurité et des cultes depuis 2008, Olivier Bitz est l’un de ceux qui prend le plus de poids dans le nouvel organigramme, preuve que la « Ries connection » (ou clan Ries-Fontanel) est très bien servie dans cette répartition des tâches. En plus des cultes, qui seront délégués à un conseiller municipal désigné ultérieurement, Olivier Bitz prend les finances et ressources, le contrôle de gestion et l’évaluation des politiques publiques, le suivi des ressources humaines (que Robert Herrmann assurait auparavant) et les transactions immobilières. Également conseiller général, ce nouvel homme fort conserve son quartier (Conseil des Quinze) élargi dans le cadre du redécoupage cantonal au quartier BEK (Bourse, Esplanade, Krutenau). Michèle Seiler le secondera en tant que conseillère municipale déléguée sur ce secteur.

Adjoint aux finances et aux personnels, Olivier Bitz devrait logiquement devenir également vice-président de la CUS. Or, avec ce gros portefeuille, conservera-t-il la présidence de RGDS (réseau gaz de Strasbourg), très bien rémunérée ? Des voix commencent à s’élever en interne pour que cela n’arrive pas. Ses anciennes attributions (hors cultes) vont à Robert Herrmann, candidat vendredi 11 à la présidence de la CUS, qui garde le quartier centre – il en est toujours le conseiller général – et prend la sécurité, les foires et marchés et l’occupation du domaine public.

Paul Meyer et Mine Günbay montent en grade

Paul Meyer prend également du galon, toujours sous la bannière du maire et d’Alain Fontanel. Le jeune élu a pleinement intégré ce que les commentateurs pudiques nomment « jeux des acteurs » et les perfides « jeux de cour ». Hier franc-tireur à la gauche du PS, Paul Meyer accède, après une présence remarquée dans l’organisation de la campagne des élections municipales, à un poste qu’il convoitait, celui d’adjoint à la ville numérique, en même temps qu’adjoint du quartier gare. Il reçoit également l’économie sociale et solidaire, pourquoi pas confiée à un conseiller municipal délégué, peut-être l’un de ses proches de Générations Strasbourg nouvellement élu, Jean-Baptise Gernet.

Dans le clan de Philippe Bies cette fois, qui ne figure pas au rang des adjoints pour cause de non cumul des mandats, outre Mathieu Cahn dont le portefeuille s’étoffe un peu, Mine Günbay progresse également. Ancienne conseillère municipale déléguée aux droits des femmes, elle devient adjointe à la démocratie locale et à la participation citoyenne (conseils de quartier, ateliers de projets, ateliers urbains, conseil des résidents étrangers, conseil local de la vie associative et droits des femmes).

Pernelle Richardot aussi grimpe un échelon, en endossant la responsabilité ingrate de la circulation, du stationnement, de l’éclairage public et du plan lumière, elle qu’on voyait aux affaires sociales. Elle prend le quartier de Neudorf, qui re-rentre dans le giron de la « Bies connection ». Responsabilité abandonnée sans regret par Françoise Buffet, qui avait pris la suite de Philippe Bies en 2012, après les législatives.

Nicole Dreyer et Jean-Jacques Gsell sanctionnés (à moitié)

Françoise Buffet, qui s’était imaginée un temps à l’urbanisme, quitte l’écologie pour l’éducation, arrachée à Nicole Dreyer et contre laquelle le monde de l’éducation est vent debout. Le message politique envoyé à l’extérieur est clair, mais la sanction est relative puisque Nicole Dreyer conserve logiquement la petite enfance (500 places en crèche créées, des maisons de l’enfance, un point central pour les jeunes parents, etc.) et le quartier de la Robertsau, où elle n’est pas non plus en odeur de sainteté.

Partiellement écarté lui aussi, un autre « ancien » des municipalités socialistes successives à Strasbourg, Jean-Jacques Gsell. Remplacé par Éric Elkouby au tourisme, il n’est pas adjoint au maire mais reste président de l’Office de tourisme. Lot de consolation pour celui qui a « inventé » Strasbourg, capitale de Noël, il y a 20 ans, et soutenu les hôteliers dans le lancement de Strasbourg mon Amour. Henri Dreyfus, certes simple conseiller municipal délégué dans la municipalité précédente, pourrait faire partie de la même semi-charrette.

Société civile : la caution écolo et la caution éthique

Les deux nouvelles venues prennent quant à elles, sans surprise, les marchés publics (Chantal Cutajar) et « la ville en nature et ville nourricière » (Christel Kohler). Cadre administrative à l’Aspa, cette dernière était la caution écologique de la liste, tandis que la première était la caution éthique du maire, englué dans l’affaire de Bamako. Christel Kohler prend en charge les espaces verts et l’alimentation (une promesse de campagne de Roland Ries), mais le parc naturel urbain lui échappe au profit d’Eric Elkouby, adjoint de quartier Elsau-Montagne Verte-Kœnigshoffen. Cette récupération pourrait être un frein à l’élargissement du PNU, notamment à la Robertsau, tel qu’annoncé dans le programme de la liste PS.

Annick Neff conserve le Neuhof en tant qu’adjointe, contrairement à Michèle Seiler, et empêche Mathieu Cahn de rayonner sur tout le canton 6, comme Olivier Bitz sur le canton 4. Selon Mathieu Cahn, la proposition lui a été faite de prendre Meinau et Neuhof. « J’ai refusé », assure-t-il, plaidant l’importance d’une adjointe dédiée sur ce quartier.

Éric Schultz (EELV) puni à l’état civil

Devenir adjoint de quartier, c’est aussi ce que réclamait Éric Schultz (EELV), grand perdant du mercato, même s’il monte en grade sur le papier. Conseiller municipal délégué à la démocratie locale de 2008 à 2014, il devient adjoint à l’état civil (auquel s’ajoute le secteur funéraire et les cimetières) et à la mission des temps. La première thématique était auparavant portée par Pernelle Richardot, la seconde par Françoise Buffet.

Ancien coordinateur de Réseau éducation sans frontière (Resf 67) que d’aucun voyait à l’éducation, élu écologiste qui aurait pu porter le plan climat ou l’alimentation, Éric Schultz se retrouve au placard. Payant ainsi sa participation à Anticor, son opposition interne à Alain Jund et ses multiples interventions contre des projets portés par l’équipe Ries.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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