Pourquoi tant de maïs dans la plaine d’Alsace
Environnement 

Pourquoi tant de maïs dans la plaine d’Alsace

Vidéo pédagogique par Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Le maïs occupe 40% de la surface agricole disponible en Alsace. Son rendement est le meilleur de France. Ancrée dans l’économie alsacienne, cette monoculture intensive sert exclusivement à l’industrie et à nourrir du bétail, malgré des impacts très négatifs sur la biodiversité et sur la qualité des sols.

La France est le premier exportateur de maïs en Europe. Cultivé sur 9% de la surface agricole dans l’Hexagone, il occupe… 40% des zones agricoles utilisables en Alsace. Omniprésent dans le paysage, ses cultures s’étendent à perte de vue. Il est de loin l’espèce végétale la plus cultivée dans la région.

Cette plante originaire du Mexique est adaptée à un climat sub-tropical. Au fil des générations, des variétés de maïs capables de se développer en climat continental ont été obtenues. La variété utilisée en Alsace résiste particulièrement bien aux printemps froids et les chaleurs estivales sont favorables à son développement. En outre, le maïs a besoin de beaucoup d’eau. Ça tombe bien, l’Alsace est assise sur la plus importante nappe phréatique d’Europe. La culture du maïs concentre à elle seule 90% de l’irrigation agricole alsacienne.

Une culture rentable pour les agriculteurs

Les agriculteurs alsaciens obtiennent en moyenne un rendement de 10,5 tonnes par hectare, le meilleur de France (8 tonnes par hectare en moyenne). Face à ce constat, nombre d’entre eux ont abandonné les cultures maraîchères pour cultiver uniquement (ou presque) du maïs depuis les années 60. Selon le syndicat des Jeunes Agriculteurs, l’avantage de cette espèce végétale est que les risques de fortes variations de rendement sont faibles, contrairement à d’autres cultures. Avec le blé, un agriculteur peut constater une production inférieure de moitié d’une année sur l’autre, alors qu’avec le maïs, il n’a à craindre qu’une variation de 10%.

De plus, les coûts de production du maïs sont seulement d’environ 1 350 euros à l’hectare. En comparaison, le coût de production du blé est à peu près de 1 640 euros à l’hectare, et celui des carottes dépasse les 2000 euros à l’hectare. Les traitements du maïs ne sont pas chers. Conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture d’Alsace, Jonathan Dahmani explique :

« Le cours du maïs est en baisse et celui-ci se vend moins cher que beaucoup d’autres produits. Cependant, il reste très rentable pour les agriculteurs si les traitements sont bien maîtrisés. »

75% du maïs pour l’industrie, 25% pour des vaches laitières

Si le maïs est ancré dans le paysage alsacien, c’est aussi parce qu’il joue un rôle important dans l’économie de la région. Environ 75% du maïs cultivé en Alsace est utilisé par l’industrie, selon la Chambre d’agriculture. Après sa récolte, il est acheté par des leaders mondiaux de l’agroalimentaire tels que Tereos ou Roquette Frères, dont les usines de trouvent respectivement à Marckolsheim et à Beinheim. L’amidon, qui compose les grains de maïs à 70%, est extrait et cassé chimiquement pour produire des sirops de glucose. Ceux-ci servent ensuite essentiellement à la fabrication de produits transformés, comme des plats préparés, des biscuits ou des confiseries.

Toujours dans l’industrie, un autre débouché pour le maïs est la semoulerie, ou maïserie. Une partie du grain est utilisée pour faire de la semoule qui sera ensuite utilisée pour faire de la bière ou des biscuits apéritifs par exemple. L’entreprise Costimex située à Strasbourg représente 40% de l’activité nationale de maïserie en France.

L’Alsace fait figure d’exception par rapport aux autres régions car ailleurs en France, les élevages, récupèrent l’essentiel du maïs produit. Ici, seul 25% du maïs est destiné à l’alimentation animale, principalement les vaches laitières.

Le maïs non transformé à consommer directement est appelé « maïs doux ». Cette variété n’est quasiment pas cultivée en Alsace. D’après la Chambre d’Agriculture, dans la région, un seul producteur cultive du maïs destiné à être mangé par des humains.

Un responsable de l’érosion de la biodiversité

Selon Anne Vonesch, responsable agriculture chez Alsace Nature, le retournement des prairies pour planter du maïs a causé la disparition de nombreux écosystèmes naturels :

« C’est la surface occupée par la culture du maïs qui pose problème. Les champs de maïs forment un habitat pour peu d’espèces, c’est un désert biologique. Or ces champs occupent de grands territoires et déconnectent les écosystèmes naturels entre eux. Il faudrait laisser plus de surface à des bandes enherbées, des haies, des arbres et des zones humides, pour créer des environnements où une faune diversifiée puisse exister. »

Zone de culture intensive de maïs en Alsace. (Photo jbdodane / cc)

Les sols alsaciens sont très altérés également. Le maïs étant récolté tard dans l’année, il n’est pas encore dans les habitudes de mettre en place une vraie couverture des sols pour qu’ils ne restent pas nus durant l’hiver. En théorie, ils ont pourtant besoin de matière en décomposition tirée de toute la biodiversité d’un écosystème naturel pour remplir leur rôle de réserve en nutriments. Dans la majorité des cas, du maïs est cultivé, année après année, sur le même champ, ce qui rend les sols extrêmement pauvres.

Pour Anne Vonesch, d’autres techniques agricoles pourraient permettre de préserver la terre :

« Il faudrait mettre en place des techniques d’agroécologie, organiser une succession de cultures différentes, afin de régénérer des sols riches en matières organiques et de se libérer des pesticides. »

Dans le Haut-Rhin, des agriculteurs remplacent tout de même le maïs par de la betterave ou du tabac, mais ces initiatives sont trop isolées. Jonathan Dahmani, quant à lui, relativise l’effet des pesticides du maïs sur les écosystèmes :

« Les pesticides ne sont pas plus nocifs pour l’environnement que ceux utilisés dans d’autres cultures, comme la vigne notamment. »

Cependant, étant donné qu’ils sont répandus sur d’immenses surfaces, ils restent responsables de dégâts sur les écosystèmes lorsqu’ils se diffusent dans les sols. Le S-métolachlore est un herbicide utilisé presque systématiquement sur le maïs. Une étude de l’APRONA montre que cette molécule et ses produits dérivés sont « nettement présents dans les eaux » en Alsace. L’effet toxique de ce pesticide n’est pas ciblé sur une espèce en particulier. De nombreuses espèces végétales sont donc menacées par cette molécule.

Selon les comptages de chercheurs de plusieurs universités américaines, le nombre d’espèces qui disparaissent est plus de cents fois supérieur à la normale. Ces scientifiques parlent d’une extinction de masse similaire à la disparition des dinosaures, dont l’une des causes les plus importantes est l’agriculture intensive qui remplace les écosystèmes naturels. En Alsace, la disparition du Grand Hamster, dont la population a chuté de presque 1 million d’individus à environ 500 en 40 ans, est à attribuer à ce phénomène.

L'AUTEUR
Thibault Vetter
Thibault Vetter
Après avoir réalisé des études scientifiques, je me suis spécialisé dans la médiation et la vulgarisation des sciences.

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