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Pression et profondeur : Fonroche a plusieurs fois dépassé les limites autorisées
Environnement 

Pression et profondeur : Fonroche a plusieurs fois dépassé les limites autorisées

par Guillaume Krempp.
Publié le 30 décembre 2020.
Imprimé le 23 octobre 2021 à 17:06
4 759 visites. 2 commentaires.

Une enquête administrative lancée suite au séisme du 4 décembre provoqué par l’activité de géothermie profonde à Vendenheim révèle plusieurs « écarts importants » de l’opérateur Fonroche, au niveau de la pression et de la profondeur des injections autorisées. L’entreprise nie toute non-conformité.

Suite au séisme du 4 décembre provoqué par l’entreprise Fonroche, la préfecture du Bas-Rhin avait sollicité une enquête administrative « pour comprendre les causes » de l’événement sismique. La Direction régionale de l’environnement, l’aménagement et le développement (Dreal) Grand Est a rendu ses conclusions ce mercredi 30 décembre. Le directeur de la structure Hervé Vanlaer a décrit deux écarts de la société de géothermie profonde par rapport à son autorisation d’exploitation.

Les installations de Fonroche, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, à Vendenheim (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Pression et profondeur excessives

Au niveau du puit d’injection de Vendenheim, le forage a atteint 5 000 mètres de profondeur, « contre 4 200 mètres autorisés, avec une tolérance de 600 mètres », précise Hervé Vanlaer. L’activité de géothermie profonde a ainsi touché une couche de granite dont la réaction sismique peut être plus importante.

L’entreprise Fonroche a aussi dépassé les normes de pressions réglementaires. En novembre 2019 et en août 2020, elle a réinjecté l’eau pompée à 150 et 140 bars en tête de puit, contre 100 bars maximum prévus dans l’arrêté d’exploitation.

Un nouveau comité, sur l’impact de ces écarts

Mais ces deux non-conformités ne suffisent toujours pas à expliquer les événements sismiques de novembre 2019 et décembre 2020. Un comité d’experts a ainsi été nommé par le ministère de la transition écologique pour préciser l’impact des écarts constatés sur ces épisodes sismiques. « Le comité devrait être installé mi-janvier », a annoncé la préfète.

Tout en restant prudente – l’enquête administrative ne peut suffire à établir un lien de cause à effet entre les écarts et les séismes – Josiane Chevalier évoque un « doute qui plane » puisque le dépassement de pression mesuré entre le 6 et le 8 novembre pourrait coïncider avec le séisme de magnitude 3,9 du 12 novembre à Strasbourg.

Arrêt définitif à Vendenheim, suspension pour trois autres sites

Le projet de Fonroche à Vendenheim est définitivement arrêté. Pour y parvenir, l’entreprise réduit progressivement la pression et les émissions d’eau : « Un déséquilibre trop important peut entraîner de nouveaux séismes », explique le directeur de la Dreal Grand Est.

Les deux autres projets de Fonroche et celui d’Electricité de Strasbourg (à Eckbolsheim, Hurtigheim et Illkirch) sont suspendus le temps « que le comité d’experts améliore la connaissance de cette technologique, a affirmé la préfète du Bas-Rhin, l’heure n’est pas à la poursuite tant qu’on a pas une meilleure maîtrise du risque. » Pour ces projets, Josiane Chevalier ne voit pas de redémarrage en 2021.

Une « faute » de Fonroche, selon la préfète

La préfète a dénoncé « une faute » de l’entreprise. Elle a rappelé que « sa responsabilité est engagée » en indiquant que « des poursuites judiciaires ne sont pas à exclure ». « Tout laisse penser que ces dépassements ne sont pas des erreurs », a ajouté le directeur de la Dreal Grand Est. Hervé Vanlaen émet l’hypothèse que l’entreprise a « essayé de favoriser la circulation de l’eau entre les puits en augmentant la pression ».

Interrogée par France 3 Grand Est, la société Fonroche ne reconnaît pas ces non-conformités :

« Toutes les informations ont été données en temps et en heure à la préfecture, vous pensez bien qu’on ne peut pas creuser en profondeur comme on veut! Depuis novembre 2019, nous sommes en phase d’acquisition de données scientifiques suite à la sismicité et c’est bien dans le cadre de l’enquête demandée que nous avons creusé plus profondément, la préfecture le savait. C’est la même chose pour la pression. »

En tout, 400 dossiers ont été déposés pour des dégâts liés aux différents séismes induits par l’activité de Fonroche. La préfète estime qu’elles seront toutes traitées entre fin janvier et fin février 2021.

Pour le site de Vendenheim, l’entreprise Fonroche devra remettre le site en état à ses frais. « Le terrain pourra être réutilisé pour d’autres usages par la suite », a assuré le directeur de la Dreal Grand Est.

Article actualisé le 04/01/2021 à 09h28
L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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