Stress, pleurs, inégalités… Pour les lycéens, la réforme du baccalauréat s’applique dans la douleur
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Stress, pleurs, inégalités… Pour les lycéens, la réforme du baccalauréat s’applique dans la douleur

La réforme du baccalauréat est entrée en vigueur en septembre. Le collectif de représentants de parents d’élèves FCPE 67 et des enseignants dénoncent un changement créateur d’inégalités. Pour les élèves, il s’agit d’une réforme « stressante ».

« Au début, je n’arrêtais pas de pleurer, j’étais soucieuse pour mon avenir. Comme on a eu un cursus différent des anciens bacheliers, j’avais peur que les employeurs ne nous recrutent pas. » Helia, élève de première au lycée Louis Pasteur de Strasbourg, a mal vécu le premier trimestre de l’année scolaire 2019 / 2020. En cause : la réforme du baccalauréat, entrée en vigueur en septembre.

Le nouveau baccalauréat modifie en profondeur le fonctionnement du lycée. Les filières ES (économique et sociale), L (littéraire) et S (scientifique) n’existent plus depuis la rentrée 2019. Le baccalauréat intègre désormais des notes du contrôle continu. Avant la réforme, il était uniquement constitué d’épreuves passées en fin d’année de première et de terminale.

Une réforme complexe

Aujourd’hui, les élèves de première et de terminale suivent un tronc commun composé de cours de français, d’histoire-géographie, d’enseignement moral et civique, de deux langues vivantes, d’enseignement scientifique et d’éducation physique et sportive.

En plus de ce tronc commun, les élèves de première choisissent trois enseignements de spécialité parmi une liste de onze matières. Avant de passer en classe de terminale, les élèves doivent cesser l’une des trois spécialités. Pour la matière abandonnée, les élèves passent une épreuve en fin d’année de première.

Les notes qui comptent… et les autres

Avant la réforme, chaque épreuve était pondérée par un coefficient différent en fonction de la filière de l’élève. Désormais, 60% de la note finale du bac est composée des notes de l’épreuve orale et écrite de français, de l’épreuve de philosophie, des deux spécialités retenues et passées en fin de terminale ainsi que d’un « Grand oral« , dont les modalités ont été récemment dévoilées par le gouvernement.

En fin de terminale, les lycéens devront donc passer un « Grand oral », composé de 20 minutes de préparation et de 20 minutes devant un jury de deux professeurs. Le candidat doit produire un exposé sur une question du programme pendant 5 minutes, debout et sans note. S’ensuit un échange de 10 minutes avec le jury sur le thème de l’exposé. Enfin, l’élève et les professeurs échangent durant 5 minutes sur le projet d’orientation du lycéen.

30% de la note finale du bac sera le résultat des épreuves communes organisées en première et terminale. Ces examens, aussi appelés E3C, ont fait l’objet de contestation des professeurs, notamment au lycée Fustel de Coulanges en janvier. Suite à une mobilisation au lycée Montesquieu à Bordeaux, des élèves ont été enfermés de force dans leur établissement pendant deux heures pour passer les examens… Enfin, pour les 10% restants, il s’agit des notes du bulletin scolaire de l’année de première et de terminale.

Un bac plus inégalitaire ?

Pour Claire (le prénom a été modifié), professeure de Sciences Économiques et Sociales (SES) au lycée Jean Monnet de Strasbourg, le « Grand oral » est facteur d’inégalités entre les élèves :

« Aucune plage horaire n’est accordée dans l’emploi du temps pour préparer les élèves au “Grand Oral” prévu en fin de terminale. Cela va créer des inégalités entres les élèves dont les parents peuvent les aider à préparer les oraux en dehors des horaires de cours et ceux qui seront livrés à eux-mêmes. »

Des bacs de valeurs différentes ?

Pour le président de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) 67, Xavier Schneider, ce système engendre aussi des inégalités entres les élèves de différents établissements :

« Depuis la réforme, le poids du lycée d’origine dans la réussite et l’intégration des élèves dans les études supérieures est encore plus grand. Sur Parcoursup, la candidature des élèves ne sera pas prise en compte de la même façon. Un lycéen qui reçoit telle moyenne dans un lycée privé, ne sera pas évalué de la même manière qu’un élève venant d’un lycée de ZEP (zone d’éducation prioritaire). »

Un accès inégal aux spécialités

L’association représentative des parents d’élèves bas-rhinois rejette cet accès « inégal » à l’enseignement. Car les 11 spécialités ne sont pas toutes proposées dans chaque lycée. À Strasbourg, cinq spécialités sont indisponibles au lycée Jean Rostand : « humanités, littératures et philosophie », « langues, littératures et cultures étrangères », « sciences de l’ingénieur », « arts et littérature » et « littérature, langues et cultures de l’Antiquité (LLCA) ».

À Obernau, le lycée Freppel et à Erstein, le lycée Marguerite Yourcenar ne proposent pas « arts et littérature », « Littérature, langues et cultures de l’Antiquité », « numérique et sciences de l’informatique et sciences de l’ingénieur ». « L’écart s’accentue encore plus si on regarde en zone rurale en Alsace », explique le président de la FCPE 67, qui donne l’exemple du lycée Heinriche-Nessel à Haguenau. « C’est un bac sauce locale », regrette Xavier Schneider.

Carte des enseignements de spécialité dans les lycées publics d’Alsace. (Source : FCPE 67)

Un choix de spécialité difficile

Sarah, Manel et Hélia, élèves du lycée Louis Pasteur, ont ainsi découvert l’existence d’une spécialité « art » non enseigné dans leur lycée, en milieu de leur année de première. Helia se souvient des difficultés rencontrées par les élèves lors du choix de leurs spécialités en début d’année :

« Le lycée a appelé certaines personnes pour qu’ils changent d’enseignement de spécialité car il n’y avait pas assez de place dans les classes. Un ami à moi voulait faire la spécialité mathématiques mais comme il avait choisi langues, littératures et cultures étrangères en quatrième vœu, le lycée l’a inscrit dans cette spécialité. »

Pour Sarah qui a dû choisir trois enseignements de spécialités, la troisième est de trop. Elle explique que son point faible est la physique-chimie, matière de spécialité qu’elle décide alors d’abandonner en fin de première. Malgré ses efforts, les notes ne suivent pas… La lycéenne se trouve alors dans une situation difficile, décrite par Helia :

« Si en fin de première, on est obligé d’arrêter une spécialité, on abandonne forcément celle dans laquelle on a le plus de difficultés. Je ne comprends pas pourquoi on est évalués sur cette matière, qui nous pose problème pour le baccalauréat. »

Les mathématiques, une matière qui pose problème

La FCPE 67 fustige aussi le nouveau programme en mathématiques pour les lycéens de première et de terminale : « Les enseignements de mathématiques ont été ajustés au niveau de l’ancienne « filière Scientifique » de classe de terminale. Or, ce programme est maintenant commun à tous les élèves qui ont choisi cette spécialité. Avant, il y avait différents programmes de maths, un pour les ES et un autre pour les S. » Une professeure de SES explique ce phénomène par « le manque de professeurs de mathématiques… »

Manel, lycéenne de 16 ans, ne comprend pas pourquoi les élèves ont un enseignement scientifique dans le tronc commun et pas les mathématiques :

« L’enseignement scientifique c’est vraiment un échec pour tous car c’est trop compliqué. Ils auraient dû laisser les mathématiques dans le tronc commun. J’ai une amie qui veut faire PACES donc elle a besoin d’étudier les mathématiques, la physique-chimie et les sciences de la vie et de la Terre mais en fin de première elle doit arrêter l’une des trois matières. Donc en terminale elle va devoir prendre un enseignement complémentaire mathématiques, c’est pas logique. »

Sarah, Manel et Helia. Elèves du lycée Louis Pasteur de Strasbourg (Photo Buket Bagci / Rue89 Strasbourg/ cc)

« J’ai du mal m’intégrer dans ma classe »

Avec la nouvelle réforme, la notion de « classe » devient aussi obsolète. Les élèves forment un groupe pour suivre les enseignements du tronc commun. Mais Sarah explique qu’ils sont séparés pour les cours de langues et les enseignements de spécialité.

Pour Helia, cette situation est difficile à vivre : « J’ai du mal à m’intégrer dans ma classe. On est trop mélangé, il y a pleins d’élèves qui ne font pas les mêmes spécialités et qui sont dans la même classe. »

L'AUTEUR
Buket Bagci
Buket Bagci
Apprentie journaliste en stage chez Rue89 Strasbourg de janvier à février 2020.

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