« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses pour la Zone à faibles émissions »
Tribune 

« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses pour la Zone à faibles émissions »

Le collectif « Réinventons l’Avenue des Vosges » et l’association Strasbourg Respire espèrent qu’une Zone à faible émissions (ZFE) soit l’opportunité d’avoir des mesures efficaces pour tout type de véhicules, afin de réduire la pollution à Strasbourg.

Les strasbourgeois ont connu cet été la première mise en oeuvre de circulation différenciée lors d’un nouvel épisode de pollution de l’air. Cette mesure ponctuelle a permis de sensibiliser les citoyens que nous sommes au rôle joué par le trafic automobile dans la pollution atmosphérique. En revanche, elle a eu bien peu d’impact sur celle-ci, les orages se chargeant de dissiper les polluants bien plus efficacement.  

La réalité, c’est que la pollution sévit toute l’année dans l’agglomération de Strasbourg ! Sur nos boulevards du centre-ville, où habitent et travaillent des milliers de personnes, les normes européennes de pollution sont dépassées toute l’année selon le bilan de la qualité de l’air 2017. Strasbourg fait ainsi partie des 14 villes polluées pour lesquelles la France risque une amende de 11 millions d’euros et 240 000 euros par jour pour non respect des normes de pollution européennes.  

Concentration sur l'année 2017 d'oxydes d'azote, NOx sur une station en ville à Strasbourg. (Graphique réalisé avec les données Atmo Grand Est)

Concentration sur l’année 2017 d’oxydes d’azote, NOx sur une station en ville à Strasbourg. (Graphique réalisé avec les données Atmo Grand Est)

Dans l’agglomération de Strasbourg, le trafic automobile, principalement diesel, est directement responsable de la pollution de l’air. Selon l’Invent’air 2016 d’Atmo Grand Est, 65% des émissions d’oxydes d’azote et une grande partie des émissions de particules fines classées « cancérigènes certains » par l’OMS lui sont imputables (source ). Or on sait que le risque de mort subites cardiaques, d’asthme et de cancer du sang chez l’enfant augmentent de plus de 30% quand on vit à proximité d’un axe routier.

Pour agir efficacement contre la pollution de l’air sur notre territoire, c’est donc une restriction permanente de la circulation, ciblée sur les véhicules responsables des émissions les plus nocives, qui doit être instaurée.

Les règles sur les livraisons, « une avancée importante »

Selon nos informations, la Ville de Strasbourg travaille actuellement à une Zone à faibles émissions (ZFE), qu’elle devrait proposer au Ministère de l’Environnement en octobre 2018 dans le cadre de la Loi d’orientation sur les mobilités. Concrètement, il s’agit de définir un périmètre dont l’accès sera interdit aux véhicules les plus polluants, selon les modalités choisies par la Ville. La ZFE s’ajouterait aux nouvelles règles instaurées, à partir du 1er septembre 2018, aux livraisons dans la Grande-île, qui constituent une avancée importante pour la qualité de l’air à Strasbourg.

Nous, médecins strasbourgeois, riverains et usagers de l’avenue des Vosges, soutenons la mise en œuvre d’une Zone à faibles émissions sur le territoire de l’agglomération de Strasbourg.

(Photo Pascal Bastien / Divergence)

Deux associations souhaitent une proposition ambitieuse avec les ZFE pour diminuer la pollution à Strasbourg. (Photo Pascal Bastien / Divergence)

En effet, cette mesure s’inscrit dans une approche globale de la pollution d’origine routière à Strasbourg. Si elle est bien conçue, elle sera plus efficace pour réduire la pollution sur ses axes très fréquentés (A35, boulevards de Strasbourg, dont l’avenue des Vosges) que des mesures locales qui peinent à se concrétiser. Par ailleurs, une ZFE s’accompagnera nécessairement d’un contrôle de la circulation des poids lourds dans l’agglomération, réclamé depuis longtemps par les habitants.

« Nous appelons les élus à des décisions ambitieuses »

En même temps qu’elles interdisent la circulation des véhicules polluants, la Ville et l’Eurométropole doivent donner un nouvel élan au développement des transports en commun et respectueux de l’environnement, en poursuivant notamment l’aménagement de pistes cyclables là où elles manquent cruellement, comme sur l’avenue des Vosges. 

Nous appelons donc les élus de la Ville et de l’Eurométropole à des décisions ambitieuses afin que la Zone à faibles émissions agisse rapidement et efficacement pour améliorer la qualité de l’air dans l’agglomération :

  • Le périmètre de la ZFE devrait couvrir a minima l’ensemble du territoire de la municipalité de Strasbourg, où se trouvent les principaux points de pollution liée au trafic automobile, et être rapidement généralisé à l’Eurométropole, à laquelle s’appliquent aujourd’hui les mesures d’urgence lors des pics de pollution.
  • Tous les véhicules devraient être concernés, poids lourds, bus/autocars, voitures particulières et d’entreprises, mais aussi les deux-roues et les bateaux touristiques, de même que les véhicules immatriculés à l’étranger.
  • Concernant les critères de pollution des véhicules, il pourrait être commode de s’adosser au système des vignettes Crit’Air. Malheureusement, ses critères d’attribution souffrent de graves lacunes. Ils ne sanctionnent pas assez les véhicules diesels alors que leurs émissions sont plus toxiques que les essences (6 à 7 fois plus de NOx). Ainsi, le principe de précaution sanitaire voudrait que les diesels – quel que soit leur âge – ne circulent pas en ville. 
  • Un contrôle efficace de la ZFE sera essentiel. L’agglomération pourra bénéficier de l’aide prévue par la récente Loi d’Orientation sur les Mobilités pour les collectivités qui mettent en œuvre une ZFE : réglementaire, comme le contrôle automatisé et en stationnement, et coopération des forces de l’ordre et des services de l’Etat.

Pour l’Eurométropole, il s’agit d’une opportunité historique de se hisser au niveau des métropoles européennes qui ont déjà mis en oeuvre des Zones à faibles émissions, parmi lesquelles Paris, Milan, Berlin, Londres, Munich, Francfort, et pas moins de 83 villes allemandes et 13 villes néerlandaises.

L'AUTEUR
Collectif "Réinventons l'avenue des Vosges" et Strasbourg Respire
Les deux structures co-signent ce texte pour des mesures permettant une amélioration de la qualité de l'air.

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