Un mandat de promesses : les habitants de l’Elsau se sentent toujours oubliés
Société 

Un mandat de promesses : les habitants de l’Elsau se sentent toujours oubliés

actualisé le 10/02/2020 à 13h39

Projet de rénovation urbaine ambitieux, retour d’un commerce et d’un distributeur automatique… Pour les habitants de l’Elsau, le dernier mandat municipal se résume surtout à des promesses. Sur le terrain, le constat est unanime : la situation a empiré entre 2014 et 2020.

« Une quarantaine de voitures brûlées en une nuit… On avait pas vu ça depuis le début des années 2000 », souffle Josiane Sattler deux semaines après la Saint-Sylvestre. Cette représentante des locataires du bailleur social Ophéa (ex-CUS Habitat) ne cache pas son ressentiment suite au dernier mandat municipal : « C’est de pire en pire… » Et la présidente du syndicat de locataires CLCV Strasbourg Sud d’évoquer le trafic de drogues de plus en plus visible, les demandes de logements sociaux qui s’enlisent et les berges de l’Ill, de « plus en plus sales. » Et les promesses de la rénovation urbaine ? « Moi je crois ce que je vois », répond-elle.

Josiane Sattler se dit « pessimiste » après un mandat où la situation du quartier a plutôt empiré, selon elle. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Un supermarché toujours attendu…

Depuis le début du mandat 2014-2020, la principale préoccupation des habitants reste la même : à quand le retour d’un supermarché dans le quartier ? Depuis plusieurs années, des caddies renversés barrent l’accès au parking devant l’ancienne enseigne Leclerc. Une petite banderole promettant « prochainement » l’ouverture d’un Carrefour Express nargue toujours les Elsauviens à l’entrée même de leur quartier.

Le supermarché de l'Elsau est fermé depuis avril 2015 (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Le supermarché de l’Elsau est fermé depuis avril 2015 (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Le trafic de drogues de plus en plus visible

En entrant par le chemin de la promenade du sourire, la première image de l’Elsau reste triste. Sur les côtés du sentier, des seringues sont souvent visibles. Plusieurs habitants, souvent des mères de famille, ont exprimé leur inquiétude face à la présence de matériel d’injection dans l’espace public, parfois dans le hall de l’immeuble ou aux abords d’une aire de jeux pour enfants…

Un « drive » de drogues

Les abords du centre socioculturel ne sont pas épargnés par le trafic de drogue. Les dealers, souvent très jeunes, ne se cachent pas lorsqu’un consommateur approche. Une habitante, qui préfère rester anonyme, parle de l’Elsau comme un « drive » :

« Depuis environ 2 ans, le trafic se fait à ciel ouvert. Le 5 octobre par exemple, lors de la fête des cultures, les jeunes ont vendu pendant des heures à côté du CSC. Un conducteur de scooter avec de l’alu sur sa plaque faisait des aller-retours pour chercher la marchandise dans une camionnette à côté. »

« On a besoin de plus de travailleurs sociaux »

En ce milieu d’après-midi du 15 décembre, Azeddine Naji organise un entrainement de foot en salle pour cinq filles du quartier. Cet animateur du centre socioculturel est une référence pour nombre d’Elsauviens, notamment les plus jeunes. Le père de famille s’engage bien au-delà de son travail. Il a récemment créé l’ASLE, une association d’insertion par le sport. Cette figure du quartier craint que la rénovation urbaine ne suffise pas à trouver des solutions pour les adolescents déscolarisés :

« C’est bien d’embellir le quartier mais il faut que les gens changent, qu’ils soient accompagnés et formés. Il manque une solution pour ces jeunes qu’on pointe souvent du doigt. On a besoin de plus de travailleurs sociaux parce que la génération n’est plus la même : ce sont maintenant des jeunes qui s’arrêtent d’aller à l’école dès le collège parce qu’ils font leurs billets avec le deal. »

Azzedine Naji : « C’est bien d’embellir le quartier (…) mais il manque une solution pour ces jeunes qu’on pointe souvent du doigt. »

« Mieux vaut attendre et bien faire »

« Le temps est long », concède l’adjoint en charge du quartier, Luc Gillmann. Près de 10 ans seront passés entre les premières « balades urbaines » dans le cadre du projet de rénovation urbaine et les premières destructions d’immeubles, prévues pour 2024.

L’élu socialiste tient à rappeler l’important investissement consenti par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, les bailleurs sociaux comme Ophéa et l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) : autour de 186 millions d’euros. « Au départ, les sommes étaient biens moindres du côté de l’Anru. Mathieu Cahn (adjoint en charge du renouvellement urbain à l’Eurométropole et candidat PS à la mairie, ndlr) a bien négocié sur ce dossier. Mieux vaut attendre et bien faire », justifie-t-il à plusieurs reprises.

Les responsables du projet de rénovation urbaine ont tenté de répondre à plus de 200 Elsauviens pendant près de trois heures lors de la présentation publique de mars 2019. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Dans le domaine sportif, Luc Gillmann rappelle la construction de l’aire de street-workout, créée en collaboration avec les jeunes du quartier. L’adjoint se félicite aussi d’avoir donné « un vrai revêtement » au city-stade du quartier, en 2017. Pour la salle de boxe, dont le contrat de location a été résilié, l’élu rappelle les 2,5 millions d’euros investis pour construire un nouvel espace en prolongation du gymnase Léonard de Vinci.

Un permis de construire le supermarché pour 2020 ?

Alain Jund, adjoint à l’urbanisme, admet « un sentiment compréhensible d’abandon de ce quartier. » Mais l’élu du groupe Ecologistes et citoyens assure avoir « repris la main » sur le dossier du supermarché, avec l’adjoint de quartier Luc Gillmann et l’élu et candidat PS Mathieu Cahn :

« Le projet d’entrée de quartier de l’Elsau se précise. Il y aura entre 850 et 1000 m² de surface commerciale. Le promoteur Marignan est en train de discuter avec différents exploitants. On serait plutôt sur une supérette et d’autres activités, comme une boulangerie, un PMU et un distributeur de billets. Il y aura aussi 45 logements. L’opération mixte commerce-habitation permet de garantir la pérennité de l’opération. Il est vrai que ça prend du temps mais il faut créer les conditions d’implantation de l’activité commerciale. A l’été 2020, on peut espérer avoir ce permis de construire. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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