À l’Université, des étudiants se mobilisent contre « des bâtiments qui s’écroulent »
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À l’Université, des étudiants se mobilisent contre « des bâtiments qui s’écroulent »

Alors que la plupart des bâtiments du campus de l’Esplanade datent des années 60, des étudiants appellent à un rassemblement ce mercredi pour dénoncer “des locaux gangrénés par la moisissure et l’humidité”. Le « Platane », imaginé comme provisoire, est particulièrement visé, mais aussi d’autres lieux comme le « Patio ». Les étudiants dénoncent également des conditions d’études marquées par un manque de places et d’isolation. Plusieurs grands chantiers sont attendus à court terme répond la direction.

Le 6 avril, le Comité de lutte – Patio (comité né des mobilisations étudiantes de 2018) partageait une photo sur Facebook, celle d’un morceau de plafond d’une salle de classe tombé par terre. Il s’agit d’une salle du “Platane”, bâtiment en préfabriqué datant de 1995 et qui avait une vocation provisoire sur le campus de l’Esplanade de l’Université de Strasbourg.

L'image du Platane posté sur Facebook (Photo FB)

L’image du Platane posté sur Facebook (Photo FB)

En ce mardi 9 avril pluvieux, les gravats ont été dégagés, mais il pleut à légères gouttes sur le sol de la pièce.

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Léo, du Comité de lutte, estime que le bâtiment n’était clairement pas fait pour durer longtemps et résiste mal aux effets du temps :

“Ce n’est pas étonnant que le Platane s’écroule, mais ce n’est pas normal pour autant. Le plafond supporte mal l’humidité, de nombreuses salles présentent de telles taches sur la plafond. Un morceau s’est aussi écroulé dans une salle de l’institut de Botanique, nous a rapporté une élève”.

Les étudiants du comité de lutte estiment que le Platane devrait être détruit et remplacé (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Les étudiants du comité de lutte estiment que le Platane devrait être détruit et remplacé (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

De mauvaises conditions d’études à cause de l’isolation

Le Comité de lutte appelle à un rassemblement ce mercredi 10 avril à 14h devant la faculté de droit, pour protester contre de mauvaises conditions d’études. Selon Léo, plusieurs bâtiments du campus témoignent d’une mauvaise isolation :

“Il fait froid dans les salles du Platane, mais également au “Patio”, où plusieurs amphithéâtres donnent sur l’extérieur avec de grandes fenêtres et ne sont pas chauffés. Résultat, il faut garder sa veste en hiver. Il y a une salle au Patio dont une fenêtre est brisée depuis quelques temps, donc c’est problématique niveau température…”

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Léo estime que parfois les conditions sont proches de l’insalubrité : il raconte qu’un amphithéâtre du Patio présente des traces d’amiante.

L’université précise que, comme tous les bâtiments des années 60, de l’amiante a été utilisé dans les procédés constructifs, en particulier dans les joints de fenêtres entre le dormant et le mur, mais que ces zones sont inaccessibles aux usagers et qu’il n’y a pas d’amiante volatile (donc pas de risque pour les usagers). Les 700 fenêtres du Patio doivent d’ailleurs être remplacées.

A 20 dans une salle pour 15

Pour le Comité de lutte, cela rejoint des conditions générales d’études qui sont loin d’être idéales. Les salles sont trop petites ou inadaptées, selon Léo :

“En L1 Maths/informatique, ils sont plus souvent dans des salles que dans des amphis. Or, elles ne peuvent accueillir tout le monde, et il n’est pas rare que des étudiants doivent s’asseoir par terre ou dans le couloir”.

Des étudiants qui n’ont pas de place dans leur amphi et doivent se contenter d’une chaise. La photo date de 2016. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Selon lui, cela participe d’une sorte de sélection à l’entrée des cours. Les étudiants seraient découragés de venir s’ils ne peuvent pas suivre de TD (travaux dirigés, en plus petits groupes que les promotions entières) dans des conditions correctes :

“Il arrive qu’aucune salle ne soit disponible pour les TD, alors, ils ont lieu en amphithéâtre, ce qui enlève tout l’intérêt du TD. Par ailleurs, j’ai des cours d’anglais qui se passent eux aussi dans des salles pour 15 personnes, alors que nous sommes 20, et où certains ne viennent pas à toutes les séances car ils devraient travailler sans table, ce qui n’est quand même pas très pratique”.

Le Comité de lutte demande des rénovations et estime que le Platane devrait être démoli pour être remplacé.

Les cloisons des amphithéâtres du Patio sont en grande partie vitrées, et le chauffage n'est pas suffisant, d'après Léo, ce qui a pour conséquence que les étudiants étudient dans le froid (Phot/Rue 89 Strasbourg/cc)

Les cloisons des amphithéâtres du Patio sont en grande partie vitrées, et le chauffage n’est pas suffisant, d’après Léo, ce qui a pour conséquence que les étudiants travaillent dans le froid (Phot/Rue 89 Strasbourg/cc)

Colmater les brèches au jour le jour…

La direction de l’Université se dit consciente de la vétusté de certains locaux. Yves Larmet, vice-président en charge du Patrimoine de l’Université de Strasbourg, explique dans une réponse par mail que tout est fait pour que le quotidien se passe au mieux :

« Nous assumons l’héritage du patrimoine historique de l’université, mais aussi d’une absence de maintenance et d’investissements pendant de longues années. Dès que des pannes, fuites et autres dysfonctionnement apparaissent dans les salles de cours et dès que nous en sommes informés, les services de l’université se mobilisent pour assurer une réparation. Pour ce qui est du Platane, dans la mesure du possible, nous essayons de localiser les cours dans d’autres lieux plus agréables, mais les contraintes d’emplois du temps sont fortes. »

… et miser sur les nombreux nouveaux locaux

Surtout, l’Université est engagée depuis 10 ans dans un « Plan Campus », un vaste chantier de réhabilitation « afin d’améliorer l’accueil des étudiants et les conditions d’enseignement ». Cela concerne une trentaine de projets pour un montant d’investissement de 330 millions d’euros.

Parmi eux, la réhabilitation de la faculté de droit avec la rénovation de toutes les salles de cours pour la rentrée 2019, mais aussi… la destruction des préfabriqués du Platane en 2020, afin d’y ériger à leur place le nouveau Centre Sportif Universitaire (CSU, aujourd’hui au milieu du campus). Les salles et bureaux administratif seront répartis entre le Studium (nouveau bâtiment dont le grand chantier se situe entre l’Institut le Bel et l’arrêt de tram Observatoire), le Patio, et d’autres espaces seront libérés par l’arrivée, qui a pris de nombreuses années de retard en raison de malfaçons, du Paps-PCPI près de l’hôpital civil. Plusieurs établissements dont Sciences Po vont y déménager.

Le budget du Studium est estimé à 30,2 millions d'euros (architecte Jean-Pierre Lott)

Boulevard de la Victoire, le Studium est actuellement en travaux. Un chantier estimé à 30,2 millions d’euros (architecte Jean-Pierre Lott)

Ces nouveaux bâtiments devraient libérer plus d’espace de manière générale pour le campus, d’après Yves Larmet.

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Les chantiers sont visibles sur le campus. Le Patio est en transformation depuis plusieurs mois, et les travaux doivent se poursuivre jusqu’en 2020, pour, notamment, permettre le terrassement du jardin intérieur.

La première pierre du Studium a été posée en septembre 2018 et les travaux se poursuivent aussi jusqu’en 2020. Alors que le nouveau Patio a fait son apparition en 2010, l’Université promet un campus de plus en plus neuf, et le plus tôt possible, explique Yves Larmet :

« Ces investissements nécessitent du temps pour leur mise en œuvre et un calendrier contraint puisque nous devons continuer à travailler et accueillir les étudiants pendant les travaux. Mais l’ensemble des services et composantes de l’université s’activent au quotidien pour que les opérations immobilières soient livrées dans les temps, car nous sommes tous conscients que nous devons offrir de meilleures conditions de travail à tous les étudiants de toutes les disciplines. « 

En attendant, les ultimes occupants doivent s’armer de patience… et d’une bonne veste.

Y aller

Rassemblement pour des lieux d’études et de vie dignes, mercredi 10 avril à 14h, devant le parvis de la faculté de droit, campus de l’Esplanade à Strasbourg.

L’événement Facebook

L'AUTEUR
Déborah Liss
Pigiste, Strasbourgeoise, avec une passion pour l'écriture et les voyages. Intérêt pour les questions de société, l'Europe et le franco-allemand. Passée par l'IEP, L'Alsace, ARTE, et autres expériences enrichissantes!

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