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La Ville demande l’expulsion des sans-abris du camp de l’Étoile au tribunal et annonce l’ouverture d’un gymnase
Société 

La Ville demande l’expulsion des sans-abris du camp de l’Étoile au tribunal et annonce l’ouverture d’un gymnase

par Thibault Vetter.
Publié le 12 juillet 2022.
Imprimé le 16 août 2022 à 14:14
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Les occupants du camp de l’Étoile étaient assignés à comparaitre au tribunal administratif mardi 12 juillet. La Ville de Strasbourg et l’Eurométropole demandent leur expulsion de la place où doit être tiré le feu d’artifice du 14 juillet, tout en assurant qu’un gymnase a été réservé pour les accueillir afin que leurs situations administratives soient examinées par l’État.

Une partie des 70 sans-abris qui vivent place de l’Étoile attendent devant le tribunal administratif de Strasbourg mardi 12 juillet à 9h. Il viennent soutenir dix d’entre eux qui sont assignés à comparaître. Seda et Sajbe, deux jeunes Macédoniennes, regardent la convocation, le regard paniqué. Marie-Dominique Dreyssé, vice-présidente de l’Eurométropole, se voulait très rassurante la veille, lors d’une manifestation pour l’hébergement de ces personnes devant le centre administratif. Elle déclarait aux intéressés qu’aucune expulsion par la force n’était en discussion.

L’avocat de la Ville annonce qu’un gymnase sera mis à disposition

Même le président du tribunal, Xavier Faessel, semble étonné. Devant une salle comble, il ouvre la séance en s’interrogeant : « J’ai lu dans le journal ce matin que la Ville souhaite que les sans-abris soient hébergés. Mais c’est bien de leur expulsion que nous allons discuter aujourd’hui ? » Me Maetz, qui représente la municipalité, confirme qu’il s’agit de l’évacuation des sans-abris, qui occupent, « sans droit ni titre », un terrain de la Ville , « pour leur sécurité », à cause du feu d’artifice du 14 juillet qui doit être tiré depuis la place. La démarche a été lancée le 8 juillet, lorsque des policiers municipaux sont venus dire aux habitants du camp qu’ils devaient quitter les lieux. Il ajoute :

« D’âpres négociations ont eu lieu avec la préfecture jusque tard dans la nuit. Nous avons acté qu’un gymnase allait être mis à disposition et que les services de l’État pourront examiner individuellement la situation des personnes pour qu’une solution d’hébergement leur soit proposée. […] Une expulsion par la force publique serait vraiment un dernier recours. »

La salle d’audience du tribunal administratif était bien remplie. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Décision du tribunal dans la journée

« Ces personnes ne seraient pas là si on leur avait donné une solution », rétorque Me Schweitzer, avocate des sans-abris. Elle fustige la démarche de la Ville :

« Des huissiers sont venus sans interprète pour distribuer les assignations à comparaître hier. La plupart ne comprennent pas ce qu’il se passe vu les signaux contradictoires. La Ville demande une procédure d’urgence mais ce n’est pas du tout justifié, ces sans-abris sont là depuis trois mois et le feu d’artifice est prévu depuis longtemps. Ils ne cessent de demander à être logés ces dernières semaines. Certes c’est l’État qui a la compétence de l’hébergement d’urgence mais la Ville est une autorité supplétive et peut aussi en proposer. »

« Tous les jours ça change »

Le tribunal doit rendre sa décision en début d’après-midi ce 12 juillet. Me Maetz indique que les services de la Ville vont se tenir à disposition pour emmener les personnes vers la salle de sport. Selon plusieurs militants associatifs, le gymnase Branly est en cours de préparation dans le même temps.

Le gymnase Branly en cours de préparation par les services de la Ville mardi 12 juillet. (Photo remise)

Cette issue conviendrait à Kamran, jeune afghan qui vit dans le camp : « Nous voulons juste que tout le monde soit hébergé, mais tous les jours ça change. » Me Schweitzer craint la suite :

« Dans les gymnases ou les dispositifs de ce type, outre les mauvaises conditions de vie qui continuent, il est arrivé plusieurs fois ces derniers mois que la police aux frontières (PAF) vienne délivrer des Obligations de quitter le territoire français (OQTF). La Ville ne prend pas ses responsabilités, cette position est scandaleuse. Il y a des solutions. »

L’hébergement d’urgence, un droit inconditionnel en théorie

Les demandeurs d’asile du camp de l’Étoile sont à des degrés divers de procédure. Certains ont des titres de séjour. Selon le code de l’action sociale et des familles, toute personne qui le demande peut bénéficier d’un hébergement d’urgence de manière inconditionnelle. Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, a participé à organiser le dispositif. Elle détaille la démarche :

« Le gymnase sera un sas avant la redirection vers les solutions d’hébergement adaptées. Nous ferons en sorte que l’évacuation se passe le plus calmement possible. Elle aura lieu avant mercredi 13 juillet à 12h. »

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Nos articles sur le camp de l’Étoile.

L'AUTEUR
Thibault Vetter
Thibault Vetter
enquête sur l'hébergement d'urgence, la grande précarité, les pollutions et l'industrie.

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