Vrai ou faux ? 9 choses à savoir sur les vignettes Crit’Air à Strasbourg
Environnement 

Vrai ou faux ? 9 choses à savoir sur les vignettes Crit’Air à Strasbourg

actualisé le 03/07/2017 à 20h11 : Avec l'annonce de la mise en place de Crit'air en cas de pollution durable à partir du 1er novembre 2017

Vous avez été nombreux à réagir à l’instauration des vignettes Crit’Air, prévues pour être utilisées à l’automne à Strasbourg, après Paris, Grenoble ou Lyon. La raison et le fonctionnement de ces nouveaux macarons sont encore mal connus. Rue89 Strasbourg fait le point.

Rappel : l’Eurométropole va utiliser les vignettes Crit’air à partir du 1er novembre. Ces petites pastilles autocollantes doivent permettent d’empêcher les véhicules les plus anciens, souvent les plus polluants, de pénétrer dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, sauf deux axes est-ouest, tout au nord et au sud.

Cette restriction sera appliquée au troisième ou quatrième jour de pollution pour les voitures de classe 4 ou plus (niveau 5 ou sans vignette).

La pollution atmosphérique provoque 48 000 morts prématurées chaque année en France selon Santé Publique France, engendre des maladies, est à l’origine d’une naissance prématurée sur cinq, sans parler des coûts pour les finances publiques, évalués à plus de 100 milliards d’euros par an. Des associations d’usagers de la route ont néanmoins appelé au boycott des vignettes.

Pour s’y retrouver dans les vignettes et les véhicules légers (document ministère)

Ces nouvelles vignettes permettent de classer les automobiles de 0 à 6 (voir l’image ci-dessus), en fonction de leur année d’immatriculation. D’autres vignettes existent pour les poids-lourds, les utilitaires et les deux roues, sur le même principe. Elles sont déjà utilisées dans trois agglomérations (Paris, Lyon et Grenoble). Les vieilles voitures de collection et les véhicules de secours sont dispensées d’en arborer une. Revue des arguments et idées reçues.

1. « C’est pour rembourser le fiasco de l’écotaxe »

Faux. Le manque à gagner (9,83 milliards d’euros nets) et l’indemnisation de la société Ecomouv’ (958 millions d’euros) sont financés par une hausse de la taxe sur le gazole, de 2 centimes par litre et 4 centimes pour les transporteurs de marchandises. Cela qui devrait même rapporter près de 1,5 milliard d’euros de plus que l’aurait fait l’écotaxe, qui devait surtout financer de nouvelles infrastructures (routières, ferroviaires, fluviales, transports en commun).

En revanche, la Cour des comptes pointe que cette solution fait davantage payer les Français, puisque les transporteurs étrangers ont souvent la bonne idée de faire le plein à l’étranger, avant ou après leur traversée de l’Hexagone. Initialement, les poids-lourds étrangers devaient contribuer à hauteur de 31% à l’écotaxe. Avec ce nouveau système, ils ne participent qu’à 2%. « Une occasion manquée » ont conclu les Sages.

Bon à savoir : Citiz prêt à embrayer

Tous les véhicules Citiz, le service de location de voitures à courte durée, sont au minimum de niveau 3. Dans les villes qui ont mis en place les vignettes Crit’air, seules les voitures de niveau 4, de niveau 5 ou trop vieilles pour avoir des vignettes, c’est-à-dire construites avant 1997, ont été interdites. Sauf choix drastique et brutal de l’Eurométropole, les utilisateurs de la coopérative d’autopartage pourront continuer à rouler partout. Pour ceux dont le véhicule est ancien et qui ne l’utilisent pas tous les jours, c’est peut-être le moment d’y réfléchir à deux fois. En revanche pour passer tous les véhicules en niveau 2, la société coopérative doit continuer la « dédiélisation » de son parc.

2. « C’est pour nous faire acheter des nouvelles voitures »

Plutôt vrai. Seule l’année d’immatriculation est prise en compte, bien qu’elle corresponde à des normes européennes, devenues plus ambitieuses avec les années. Les émissions individuelles ne sont pas évaluées, pas plus que les tests truqués pour correspondre aux fameuses normes.

L’efficacité de cette mesure peut être discutée. Par exemple, si seuls les véhicules de niveau 0 à 2 sont autorisés, un 4×4 diesel avec un seul passager construit en 2011 pourra rouler, là où une petite voiture à essence avec 4 ou 5 passagers immatriculée fin 2005 sera interdite. Rapportée au nombre de passagers, les émissions par personnes sont pourtant plus faibles pour la petite voiture.

L’âge moyen du parc automobile français est de 8,8 ans, une moyenne qui augmente depuis les années 1990 (3,7 ans cette année-là). Autrement dit, le véhicule moyen est au niveau 2 pour les essences (environ 40% des véhicules) et niveau 3 pour les diesels (environ 60%), ce qui permet de rouler partout pour le moment. Les véhicules hybrides et électriques (niveau 1 ou 0) représentent encore une part encore négligeable du parc, mais leurs ventes progressent (plus de 6% des immatriculations en janvier).

En revanche, pas besoin d’acheter une voiture neuve. Une voiture d’occasion à essence de 1997 ou un diesel de 2006 devrait permettre de circuler partout (classe 3), à moins que Strasbourg aille plus loin que les villes pionnières.

3. « C’est du racket »

Les panneaux que vous allez voir apparaître à Strasbourg

Tout est relatif. La vignette coûte 4,18 euros et reste valable jusqu’à la destruction du véhicule. Certes, comme le remarque une lectrice de Rue89 Stasbourg, c’est le prix de 4 baguettes, 3 expressos ou une entrée en piscine en moins.

À titre de comparaison, un seul passage sur les 24 kilomètres du GCO, ce projet d’autoroute à l’ouest de Strasbourg, coûtera environ 3,50 euros et plus du double pour les poids-lourds. Attention, un site comme crit-air.fr, très documenté, bien référencé et complet mais qui n’a rien d’officiel propose des vignettes à 20 euros et demande des informations supplémentaires.

Sur le site www.certificat-air.gouv.fr, le seul site agréé, seuls le nom, prénom, année et le numéro de plaque d’immatriculation indiqués sur la carte grise sont demandés. Il est aussi possible de les commander par courrier avec un chèque.

La facture devient un peu plus salée en cas d’absence de vignette lors d’un contrôle. L’amende est de 68 euros (45 euros si elle est payée immédiatement) et 135 euros pour un poids-lourd (minorée à 90 euros). Le véhicule peut en outre être immobilisé.

Comment commander une vignette Crit’Air (vidéo Ministère de l’environnement)

4. « On va nous embêter en ville et rien pour les camions sur l’A35 »

Faux. L’autoroute A35, qui traverse Strasbourg, est l’axe le plus pollué. Il est concerné par le périmètre retenu. Les entrées et sorties, ainsi que les péages seront en théorie utilisés pour repérer les récalcitrants.

Dans un premier temps, deux axes est-ouest ne seront pas concernés (document Eurométropole)

À Lyon-Villeurbanne, l’autoroute A6/A7 qui traverse la Presqu’île et quelques boulevards ne faisaient pas partie du périmètre lors du dernier pic de pollution. À Grenoble en revanche, les autoroutes d’accès A48 et A41 ont été inclus.

La question est surtout celle de l’efficacité des contrôles. En effet, difficile d’imaginer la police arrêter les véhicules sur l’autoroute pour vérifier leur pare-brise. À moins que quelqu’un se décide enfin à utiliser les caméras des portiques Ecotaxe, installés mais jamais utilisés…

Sur la route du Rhin, un autre axe parmi les plus pollués de Strasbourg, les poids-lourds qui traversent Strasbourg sans s’arrêter (on dit en transit) sont sensés être interdits. Pourtant, une opération surprise un matin de décembre à la demande des habitants a vidé la route de ses camions en une heure. Le reste du temps, ce sont les poumons des Strasbourgeois qui souffrent. En théorie, les contrôles doivent être « plus dynamiques » promettait l’ancien Préfet Stéphane Fratacci début 2017.

En semaine, les utilitaires d’avant 1997 et les poids-lourds d’avant 2001 sont interdits dans le centre de Grenoble

5. « Les étrangers pourront rouler sans se faire embêter »

Faux. Les vignettes françaises s’appliquent à tous les véhicules, étrangers ou non, comme par exemple la vignette autoroutière en Suisse et bientôt en Allemagne, ou pour les villes allemandes, pour lesquelles il faut acheter d’autres vignettes.

6. « Il faut des vignettes pour chaque ville »

Faux. (en France). Les vignettes sont les mêmes pour toute la France. Chaque ville est libre d’utiliser ou non cet outil. Ainsi, il peut être intéressant de déjà commander la sienne si vous devez vous rendre en voiture à Paris, ou à Lyon et Grenoble des jours de forte pollution.

D’autres villes devraient imiter la capitale ou les deux agglomérations de Rhône-Alpes, notamment Lille. En France, 24 agglomérations sont concernées par un Plan de protection de l’air (PPA), dont Nancy et Metz dans le Grand Est. Par ailleurs, Epernay et Reims se sont engagées à mettre en place un Zone de circulation restreinte (ZCR).

Une fois commandé, le délai de réception est de 30 jours maximum. En attendant, la facture peut suffire lors d’un contrôle. Ensuite, il suffit de la coller sur son pare-brise ou à l’avant de sa moto comme dans la vidéo ci-dessous :

Comment coller sa vignette Crit’Air ? (vidéo Ministère de l’environnement)

En revanche, le système de vignettes ne soit pas le même partout en Europe. L’Allemagne, le Danemark ou l’Autriche ont aussi leur système de macarons pour rouler dans certaines villes et il n’y a pas de reconnaissance mutuelle. Là encore, attention aux sites d’arnaques.

7. « Seuls les automobilistes sont punis pour faire baisser la pollution »

Vrai. Le trafic routier est responsable d’environ 25% de la pollution aux particules (PM 10 et PM 2,5) et de 68% des émissions d’oxyde d’azote (NOx), dont 80% sont dus aux moteurs diesel dans l’Eurométropole. Ces proportions et concentrations sont plus fortes près des routes. La circulation automobile est le facteur polluant le plus simple à faire baisser.

Les voitures de classe 5 et non-classées représentent « 5% du parc roulant, mais entre 11% et 15% des émissions » selon l’adjoint au maire de Paris, Christophe Nadjovski (EELV) au micro de LCI. Si on inclut les diesel de classe 4 (comme à Lyon ou Grenoble lors des pics) on se situerait entre 25% et 30% des véhicules.

La pollution « résidentielle » contribue pour une part plus importante que la circulation automobile à la concentration des PM10 (environ 40% des émissions). Mais à moins de couper le chauffage, il est difficile de mettre des mesures restrictives lors des pics. Certaines mesures à long terme, comme une meilleure isolation de logements ou l’installation de réseaux de chaleur au bois et aux résidus de maïs comme au Wacken, pourraient permettre d’atténuer cette pollution.

Les usines sont très peu concernées par les plans de protection de l’air. Pour les agriculteurs, certains brûlages sont interdits. Autre sujet soulevé par l’association Strasbourg Respire, celui des navettes Batorama qui continuent de naviguer avec du gazole non routier (diesel) lors des pics, là où des alternatives au gaz ou à l’électricité solaire seraient envisageables.

Les particuliers peuvent aussi contribuer à améliorer la qualité de l’air en entretenant leur chauffage individuel au bois ou avec des appareils labellisés Flamme verte.

8. « Ca ne sert à rien d’en acheter, il y aura un nouveau gouvernement au printemps »

Peu probable. Aucun candidat ne s’était engagé pour la suppression des vignettes. Sur ce point

La France, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, s’est engagée à la réduire vis-à-vis de l’Union européenne.

(photo Twitter / @waltercolor)

9. « Rien n’est fait pour les plus pauvres qui ont les plus vieilles auto »

Moins vrai qu’avant. Initialement, il existait seulement une prime de 6 000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique, uniquement neuf. Elle peut monter jusqu’à 10 000 euros si on se débarrasse d’un véhicule diesel. L’aide est de 1 000 euros pour l’achat d’un véhicule hybride rechargeable.

Quelques dispositifs de conversion de son véhicule existent désormais, y compris pour les achats d’occasion. Ils vont de 500 à 10 000 euros et Ils concernent les ménages non-imposables comme les personnes morales (entreprises, association, administration, etc) via l’agence de services et de paiements. Des aides existent aussi pour les deux/trois-roues et les vélo électriques (jusqu’à 200 euros).

Avec un véhicules d’occasion de niveau 3, il est possible de circuler partout en France à ce jour.

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L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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