« Archéo en lutte Alsace » : ces « damnés de la terre » qui battent le pavé
Société 

« Archéo en lutte Alsace » : ces « damnés de la terre » qui battent le pavé

Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, un groupe d’archéologues participe aux manifestations à Strasbourg. Le collectif « Archéo en lutte Alsace » dénonce la précarité économique, la pénibilité physique et « une perte de sens du métier ».

Black blocs, cortège féministe et archéologues précaires… Les passionnés de préhistoire figurent parmi les nouveaux visages des manifestations strasbourgeoises. Mi-décembre 2019, plusieurs dizaines de personnes manifestaient derrière une banderole dénonçant la « loi du marché » et son lot de « patrimoine bradé, de précarité et de sciences au rabais. » Suite à notre enquête sur une fouille archéologique enterrée par une filiale de Vinci, Rue89 Strasbourg a récolté les témoignages de plusieurs archéologues usés par leurs conditions de travail.

Place de la République, le 17 décembre 2019, plusieurs dizaines d’archéologues expriment leur colère contre « le patrimoine bradé, la précarité et les sciences au rabais » (Photo Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc)

Précarité et concurrence

Dans le milieu, personne n’ose témoigner en son nom : « Je ne me plains pas, je suis prête à accepter un maigre salaire parce qu’il y a de la concurrence », explique Julie (tous les prénoms ont été modifiés). Avec un Bac+5, elle a commencé à travailler en tant que « fouilleuse qualifiée » et rémunérée au SMIC.

Les archéologues gagnent peu… et ils enchaînent souvent les contrats à durée déterminée : « Pour chaque contrat de trois mois, on passe un mois au chômage au moins… », souffle Julie qui semble pessimiste : « Je connais des archéos avec 10 ans d’ancienneté, ils enchaînent toujours les CDD… »

Froid, pression et mal au dos

Pour plusieurs archéologues interrogés, les fouilles préventives autour du Grand contournement ouest (GCO) ont été moralement difficiles : « Vinci, c’est le diable, tacle une jeune archéologue, on n’aime pas cette ambiance où l’on sent que l’entreprise attend impatiemment qu’on se casse du chantier… » Elle se souvient aussi d’une fouille réalisée en plein mois de décembre : « Il faisait presque -15°C et j’essayais de briser la glace pour creuser… »

Diplômé depuis quelques années, Alexandre galère toujours pour trouver du boulot. Pour le jeune archéologue, son métier est « à la pointe de la précarité ». Pour parler de son travail, il n’hésite pas à reprendre l’expression consacrée par un article de Libération « Les damnés de la terre » :

« La pénibilité du travail, passé à genoux pour creuser, ce qui te flingue le dos, les genoux et les poignées, l’exposition au froid et au chaud selon les saisons… Rien n’est pris en compte dans notre rémunération souvent comprise entre 1 300 et 1 400 euros. »

Des archéologues contraints de se réorienter…

Si Tristan apprécie les périodes de carence entre les CDD, le jeune archéologue dénonce volontiers la pression des entreprises pour réduire les délais de fouille : « On doit toujours libérer la zone le plus vite possible mais en archéologie, on ne sait jamais sur quoi on tombe. Cette ambiance d’urgence pousse à bâcler le travail… »

Le « Groupe Archéo En Lutte Alsace » s’est constitué en 2019 pour dénoncer cette précarité, ces conditions de travail et ces fouilles bâclées. Dans un communiqué du 3 janvier 2020, ses membres dressaient un constat alarmant :

« Lorsque le corps s’use ou que l’envie légitime d’avoir une situation stable supplante la passion originelle, la plupart des archéologues sont contraints à une réorientation. (…) Comment imaginer un renouvellement générationnel et un recrutement de qualité lorsqu’on dilapide ses forces vives ? »

Le collectif sera à nouveau dans la rue pour la cinquième manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg dans l’après-midi du jeudi 9 janvier. Son rendez-vous est fixé à 13h30 devant la brasserie « Le Stern », place de la Bourse.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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