Après l’évacuation des Canonniers, plus de 60 personnes dans un camp aux Ducs d’Alsace
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Après l’évacuation des Canonniers, plus de 60 personnes dans un camp aux Ducs d’Alsace

actualisé le 26/11/2018 à 11h33

Lundi en fin de conseil municipal, il a longuement été question des camps de sans-abris qui se construisent à répétition à Strasbourg. Leurs tentes hébergent souvent des demandeurs d’asile venus des Balkans et sans solution d’hébergement le temps de l’instruction de leur demande. L’échange de 45 minutes a fait suite à une interpellation sur l’ancienne situation rue des Canonniers, dans le quartier du Neuhof, évacué le 15 novembre après une décision du tribunal administratif obligeant l’État à trouver une solution.

C’est le maire Roland Ries qui a répondu directement à l’élu d’opposition Jean-Philippe Vetter (LR). Le premier magistrat a assumé, appuyé par une partie de sa majorité, la décision d’installer des plots de béton sur le trottoir occupé à plusieurs reprises par des familles.

« Réagir plus rapidement »

Dans sa réponse orale, l’édile estime qu’il faut à l’avenir « réagir plus rapidement » avec l’État, premier responsable sur cette question, lorsque ces situations se reproduisent. Mais aussi que les solutions ne peuvent pas toujours être « immédiates ». Il répond que l’intervention « a tardé » malgré ses interpellations et a pris l’initiative.

Quatre jours plus tard, un autre camp similaire continue de subsister, celui près de l’arrêt de tram « Ducs d’Alsace », à la limite de Cronenbourg et Hautepierre installé depuis octobre où plusieurs dizaines de personnes sont entassées dans un petit bois. Il a aussi été question de ce bidonville lors des discussions de lundi. Un autre, plus petit, s’est formé à proximité du parc de la Bergerie, plus au nord à Cronenbourg, il y a plusieurs semaines.

Vue d'ensemble du camp (photo Gérard Baumgart)

Vue d’ensemble du camp (photo Gérard Baumgart)

Les tentes sont à proximité de la route, dans un bois entre deux quartiers (photo Gérard Baumgart)

Les tentes sont à proximité de la route, dans un bois entre deux quartiers (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Les familles vivent dans des conditions déplorables (Photo Gérard Baumgart)

Les familles vivent dans des conditions déplorables (Photo Gérard Baumgart)

Selon les témoignages de bénévoles d’associations d’aides aux migrants, comme « D’ailleurs nous sommes d’ici », plus de 60 personnes sont présentes sur ce camp, avec des allers-retours à l’hôpital pour certaines d’entre elles. L’enfant le plus jeune a 4 mois, un autre a 9 mois, d’autres sont scolarisés.

Les familles n'ont accès à aucun point d'eau ni toilettes (Photo Gérard Baumgart)

Les familles n’ont accès à aucun point d’eau ni toilettes (Photo Gérard Baumgart)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Prenant au mot le maire de Strasbourg, qui a cité le général De Gaulle, « Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action », le collectif « Ducs d’Alsace » a écrit au maire pour demander pour que des toilettes sèches soient installées de toute urgence et qu’un relogement soit organisé à court terme.

Ces deux solutions ont déjà été mises en œuvre par le passé. Une autre habitante a envoyé un courrier similaire à plusieurs institutions (mairie, préfecture, CCAS) au sujet de la situation similaire près du parc de la Bergerie, rue de Hochfelden. Les médiatisations et prises de position de chaque situation accélèrent parfois la prise en charge des personnes.

Revoir le débat de lundi au conseil municipal

Le courrier du collectif

Monsieur le Maire,

Nous sommes, mes amis et moi, engagés fortement et dans la durée, dans l’aide aux migrants à Strasbourg.
Ce courriel pour vous faire part de nos réactions à propos des débats récents « Canonniers » et nos demandes actuelles pour le campement  » Ducs d’Alsace  » .

1. Les propos entendus en conseil municipal du 19 novembre

Nous avons écouté avec intérêt, vos interventions sur les migrants (Canonniers et autres aspects), lors de la séance du conseil municipal du 19 novembre 2018.
Nous avons également entendu, avec la même attention, les observations des différents élus qui ont participé aux débats.

Il en ressort que l’ensemble des personnes, dont vous-même, disent l’Humanité qu’ils entendent mettre en oeuvre dans leurs rapports avec les migrants, notamment lorsque ceux-ci se trouvent en situation de « détresse de logement ». Nous nous réjouissons bien sûr des propos entendus et nous réjouirons surtout des actions nouvelles qui seront entreprises, dans la foulée, par les uns et les autres qui sont en responsabilité. Notamment celles issues de nos propositions explicitées ci-après.

Vous notiez, avec justesse, à plusieurs reprises que le rôle de l’État est premier, ce qui est exact. Néanmoins le rôle de la municipalité n’est pas secondaire pour autant. Vous en apportez la preuve contraire. Vous rappeliez en effet l’effort de la commune par l’offre de 100 logements, une preuve que la Ville peut aussi être une partie prenante proactive, à côté de l’État.

Mais les actions passées ne suffisent pas : vos conseillers le constatent. L’effort se doit d’être continu : c’est la loi de l’action publique.
Vous vous disiez prêt pour de nouvelles solidarités : nous pouvons donc, a priori, nous attendre à des résultats visibles prochainement. Vous êtes celui qui en a fait la promesse.

Enfin, comme il a été souligné par plusieurs élus : la municipalité aurait dû, par moments, agir plus tôt. Vous avez exprimé, à plusieurs reprises et avec clarté, le souhait que désormais la Ville .. «  réagisse plus rapidement ». Dont acte !

Voilà donc un nouvel esprit dont nous suivrons, comme les élus, attentivement la mise en oeuvre.

2. La situation aux Ducs d’Alsace

Le campement aux « Ducs d’Alsace » a été évoqué à plusieurs reprises. Ce n’est donc pas une surprise pour vous. C’est l’objet de ce courrier de vous proposer une action immédiate, simple, déjà réalisée par la passé (aux Canonniers et aux Remparts) et une demande pressante d’engagement pour contribuer au relogement des familles.

Nous demandons l’installation de deux toilettes sèches (et bien sûr accompagné de l’entretien quotidien) sur les lieux du campement vu le nombre important de personnes que vos services ont déjà dénombré. Il est indigne que les personnes doivent se cacher derrière un drap pour faire leurs besoins.

Cette installation de toilettes sèches est bien évidemment très provisoire, car il nous a été rapporté que ce campement serait amené à être démantelé « prochainement ». La vague définition de ce mot, en cette période de Noël qui approche, nous laisse inquiets et insatisfaits.

D’où nos questions pressantes, à vous Monsieur le Maire qui êtes, à votre niveau et quoiqu’il arrive, un co-acteur important du relogement :

  • Quand sera réellement démantelé ce campement ? Les détresses que nous y avons rencontrées sur place sont immenses.
  • À quelle étape se trouve ce dossier pourtant déjà connu par la municipalité depuis un bon moment ?
  • Que vont faire les élus ayant manifesté ouvertement leur « désir de solidarité » et votre administration pour pallier, le cas échéant aux retards ou difficultés de l’État ?
  • Quelles diligences ont déjà été engagées et quelles familles de ce campement ont déjà été relogées ?
  • Nous plaçons ces demandes sous la belle citation que vous avez faites, fort à propos, lors du débat  : « Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action » (de Gaulle). Nous sommes donc confiants,  car vous aurez à cœur d’être cohérent.

Nous souhaitons être informés des avancées, des difficultés…et des réussites.

L’image de la « Capitale de Noël » serait sans  doute entachée si ce campement avec ses petits enfants, devait perdurer et venait à rappeler un souvenir d’il y a 2 000 ans. Les Noëlies, au centre-ville ou dans les quartiers, ne peuvent cohabiter dignement avec, à leurs portes, la détresse des familles. Des humains comme vous et moi. Votre équipe et vous-même, vous vous devez et pouvez réussir ! À savoir que soit présentée aux familles une proposition de logement.

Vous pouvez compter sur notre détermination et notre sollicitude bienveillante et ferme.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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