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Au conseil municipal : fermeture des musées et deuxième round sur la mosquée
Politique 

Au conseil municipal : fermeture des musées et deuxième round sur la mosquée

par Jean-François Gérard.
Publié le 26 septembre 2022.
Imprimé le 02 décembre 2022 à 04:22
9 568 visites. 6 commentaires.

Délocalisé au Palais des Fêtes, le conseil municipal de rentrée va revoir les règles de financement des lieux de cultes et aborder de nombreux sujets gênants pour la municipalité, qui entame une phase de « sobriété ». À suivre en direct-vidéo et avec nos commentaires à partir de 12h30.

Haut lieu historique de la musique strasbourgeoise, le Palais des Fêtes a accueilli de grandes symphonies dans le but d’apaiser les âmes. Mais rien ne semble indiquer qu’une grande harmonie sera proposée au public ce lundi 26 septembre, alors que le conseil municipal s’y délocalise pour quelques mois en raison de travaux dans son hémicycle.

Il suffit de regarder les points mis à l’ordre du jour en fin de séance par les oppositions : Fermetures des musées contestée, végétalisation des cours d’écoles qui ne va pas assez vite, inaction sur le camp de l’Étoile, une « commission indépendante du débat public » toujours pas en place, une avenue du Rhin toujours trop fréquentée et polluée…

Plans de sobriété et poursuite de projets

Avant cela, la séance ne manque pas de sujets saillants avec 61 points à l’ordre du jour. Alors que la municipalité va présenter en début de séance son « plan de sobriété » tout juste concocté suite à l’explosion du prix du gaz, la « fin de l’abondance » ne se retrouve guère dans les autres délibérations.

La municipalité va d’abord voter sur la poursuite d’importants projets avec la métropole, comme la prolongation du tram à l’ouest (point 1 – 122 millions d’euros) ou la rénovation du stade de la Meinau (point 4 – plus de 100 millions d’euros).

Il sera d’ailleurs question, une nouvelle fois, du Racing club de Strasbourg – dont le début de saison est compliqué, puisque les subventions annuelles aux clubs sportifs professionnels seront votées au point 43. La convention avec la Ville tente d’immiscer quelques actions écologiques dans la vie du club.

Ainsi, un joueur participera à une « cleanwalk », une opération de nettoyage des rues du quartier de la Meinau, avec des associations et écoles. Deux après-midi par exemple, indemnisées 35 000 euros pour le RCSA. L’ensemble de la convention pour la Ville s’élève à 535 000 euros pour la saison, en plus du marché publicitaire à 229 000 euros.

Tram, cultes, sobriété, musées, camp de l’Étoile… Le premier conseil municipal au Palais des Fêtes annonce d’importantes joutes entre majorité et opposition. (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg)

Les résidences secondaires plus taxées

Le seul point de tension sur les finances locales concerne la taxe d’habitation (point 22). Supprimée progressivement depuis 2017 par les gouvernements d’Emmanuel Macron sur les résidences principales, elle est maintenue pour les résidences secondaires. La loi permet même une majoration jusqu’à 60% de cette taxe, que la Ville a décidé d’activer en cette rentrée 2022.

L’objectif principal de cette augmentation est de remettre des logements sur le marché de la location pour contenir la hausse des loyers. Mais il n’est pas sûr que cette hausse convainque les 5 300 propriétaires concernés. Dans le cas où ces Strasbourgeois garderaient tous leur logement secondaire, cette augmentation représenterait 1,8 million d’euros supplémentaires pour la Ville. Une manne bienvenue en ces temps de disette.

Le financement des lieux de culte, débat le plus attendu

Mais le débat le plus attendu est celui sur les nouvelles règles de financement des lieux cultes (point 14), permis par le droit local (voir notre article détaillé). La municipalité a remis à plat les règles, en fixant un plafond à 1 million d’euros maximum par lieu tous les 10 ans et, surtout, saisira systématiquement la Préfecture pour savoir si les associations demandeuses représentent « une menace ». Même s’il n’est pas directement question de la mosquée Eyyub Sultan, l’épisode de mars 2021 reviendra forcément en filigrane.

Le sujet s’avère également périlleux pour l’opposition. Comme il s’agit d’un travail réalisé et salué par les représentants des cultes, difficile de s’y opposer frontalement ou de se dire contre le principe général de financer les lieux de cultes. Mais en même temps, il n’est pas question de donner un blanc-seing à leurs adversaires après avoir porté tant de critiques sur leur rapport aux religions.

Surtout que, selon ces règles, l’association décriée Milli Görüs pourrait à nouveau soumettre un dossier, si elle passe les contrôles de la Préfecture. Le groupe Renaissance va d’ailleurs proposer un amendement pour qu’un projet en cours de construction ne puisse être abondé, ce qui empêcherait tout financement futur pour la mosquée controversée. Une règle qui « n’existait pas » selon la municipalité.

Et aussi…

Parmi les autres points qui pourraient susciter des débats, figurent également :

  • La création d’un « périmètre de prise en considération » pour le centre commercial de l’Esplanade, où il est prévu de rénover les abords. (point 2)
  • La construction d’une passerelle vélo entre l’Elsau et la Montagne Verte. (point 3 – 1,6 million d’euros)
  • La déminéralisation des anciennes routes dans la forêt Illkirch-Neuhof, classée en réserve naturelle et dont la fermeture de certains accès en début d’année a suscité des protestations. (point 7)

L’évolution stratégique de l’opposition

En fin de séance, viendront les résolutions, interpellations, motions et autres questions d’actualité, avec une bonne dizaine de points à débattre. Les Socialistes par exemple proposent de financer la gratuité des fournitures scolaires pour tous, en s’inspirant de ce que fait Lille, une mairie PS. Le groupe Renaissance, lui, demande carrément de voter pour l’ouverture 6 jours sur 7 des musées, soit l’exact opposé de la décision de la maire Jeanne Barseghian.

Personne ne se fait donc d’illusion sur les suites données à ces suggestions, mais l’objectif est de provoquer un vote et de voir les écologistes voter « contre » des projets qu’ils n’ont pas prévus et financés. Une autre demande vise à retirer les pubs de la Ville des panneaux publicitaires vidéo, demande que la municipalité dit avoir formulée vendredi (voir notre article).

Après ces votes et débats, sont prévues les interpellations évoquées en début d’article sur les cours d’écoles, le camp de l’Étoile, le débat démocratique ou encore l’avenue du Rhin. Les thématiques choisies par les oppositions marquent une évolution dans les angles d’attaque. Plutôt que d’insister sur les désaccords idéologiques (l’économie, la place de la voiture), elles portent leurs critiques sur les actions de la municipalité concernant les sujets dits « de gauche », et qui figuraient dans le programme écolo (démocratie, sans-abrisme, solidarité, culture, cadre de vie, végétalisation, etc). Un manière peut-être de faire douter l’électorat écologiste et de gauche, plus nombreux à Strasbourg y compris aux élections législatives de juin, mais qui après plus de deux ans montre des signes d’impatience.

Article actualisé le 06/11/2022 à 21h21
L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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