Félix Mazza, 73 ans : basketteur, clubbeur, champion de marche…
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Félix Mazza, 73 ans : basketteur, clubbeur, champion de marche…

Un dimanche matin avec Félix Mazza aux terrains du parc de la Citadelle dans le quartier de l'Esplanade à Strasbourg (Vidéo par Émiliez Sizarols / Rue89 Strasbourg)

Gagne à être connu – Prenez un grand terrain de basket, ajoutez 1m72 de rage de vaincre, 61 kilos d’aliments bio, une pincée de malice et un zest de passion. Laissez reposer et attendez 73 ans. Avec un peu – voire beaucoup – de chance vous obtiendrez Félix Mazza, survolté septuagénaire, qui va toujours en discothèque et entretient les terrains sur lequel il joue en plein air, parc de la Citadelle à Strasbourg. Son prochain objectif : les championnats du monde de marche, sport dans lequel il a déjà raflé plus de titres régionaux et nationaux qu’il n’en peut compter.

Si vous apercevez un dimanche matin, parc de la Citadelle à Strasbourg un personnage aux yeux rieurs, crâne chauve, au léger accent alsacien et en forme comme un marathonien, ne doutez plus : à tous les coups, cet homme-là s’appelle Félix Mazza. Et s’il tient un balai ou une échelle à la main, c’est parce qu’il est aux petits soins pour les terrains de basket :

« Je viens balayer ici de bon matin car sinon personne n’entretient. Cela fait dix ans que je répare les terrains. J’ai commencé en avril 2008, au playground de Broglie. J’ai changé les boulons qui étaient rouillés et j’ai mis des filets, car j’ai horreur de jouer sans filet. Cela me coûte de 60 à 80 euros par saison. Petit à petit, on a commencé à avoir du monde. La mairie ne faisait rien pour entretenir les terrains, alors j’ai choisi de dialoguer avec eux. Ici, à la Citadelle, ça a permis d’obtenir un terrain goudronné et de nouveaux panneaux. »

Dribbler au ras du sol, c’est une des techniques que recommande Felix Mazza pour être imbattable sur les terrains de basketball. (Photo Emilie Sizarols / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur le terrain du parc de la Citadelle à Strasbourg, le voilà qui dribble le ballon au ras du sol, esquive un joueur, avant de finalement se poser aux abords du terrain, à peine haletant, le teint frais de sa course de bon matin. Difficile de l’arracher à son jeu. Si le fringuant retraité met la pâtée aux petits jeunes, c’est qu’il est tombé dans la marmite du basket dès son plus jeune âge :

« J’avais sept ans quand j’ai commencé à faire du basket. Un jour, j’ai disputé un tournoi de juniors à Sélestat. Une équipe s’était désistée. Je ne savais pas que l’entraîneur des juniors au niveau national était présent ce jour-là. J’ai très bien joué, on a remporté le tournoi, et il m’a proposé de rejoindre l’équipe de France. C’était en 1961. Je ne marquais jamais en-dessous de 40 points par match, et j’ai même un record personnel à 62 points. Puis quand j’ai eu 19 ans, il ne m’ont plus gardé, car il fallait faire au moins 1m85. J’ai été écœuré et j’ai arrêté le basket pendant près de 30 ans. »

S’il a un jour dépassé les 110 kilos, le septuagénaire au regard malicieux n’en pèse plus aujourd’hui que la moitié ou presque, du haut de ses 61 kilos. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Félix l’autodidacte

Félix devient alors technicien à l’Université de Strasbourg, puis travaille en usine, et termine sa carrière comme chef de fabrication. À 42 ans, alors qu’il pèse 110 kilos, il se souvient d’une promesse qu’il s’était faite à lui-même : reprendre vers l’âge de 50 ans le basket. Et pour maigrir un peu, il décide, un peu par hasard, de se mettre à la marche à pied :

« J’ai appris en regardant les Jeux olympiques à la télévision. J’ai marché pendant cinq ans tous les jours, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il y ait du vent, ou de l’orage. Je travaillais dix heures par jour, mais j’arrivais quand même à marcher au moins deux heures tous les jours. Quand j’ai commencé la compétition, c’était même cinq heures par jour. J’ai maigri, j’ai remporté une compétition de marche alors que je n’étais pas licencié, et c’est là que j’ai démarré en club, alors que j’avais 45 ans. »

Sur le capot de sa petite voiture blanche – coupée sportive -, Félix pose le classeur dans lequel il range tous ses titres, précieusement conservés. Multi-champion d’Alsace sur le 20 kilomètres, vice-champion d’Alsace sur 50 km, record de vétéran sur 30 kilomètres piste en 2h30, champion de France à Bordeaux et Hénencourt : malgré ses 10 centimètres d’épaisseur, le classeur de Félix ne compte guère plus que quelques pages libres.

Félix le porte-bonheur

Il résume, une fierté non dissimulée dans la voix :

« J’ai cassé la baraque, et j’étais toujours le plus vieux ! Mais quand j’ai atteint le niveau mondial, j’ai arrêté, car mon objectif, c’était de refaire du basket ! J’ai repris dans un patelin près de Bischwiller. Puis j’ai été repéré en 2013 par le club de Souffelweyersheim, grâce à mon fameux bras roulé. »

Le bras roulé, c’est un peu la marque de fabrique et la signature de Félix. Le septuagénaire les enchaîne sur le playground, et marque grâce à lui des paniers de près ou à trois points. Certains l’appellent d’ailleurs « le sorcier blanc », car il fait « des passes d’extraterrestre. » Mais son originalité ne s’arrête pas là : celui qui fait du basket au moins trois fois par semaine a aussi été pendant deux ans… mascotte. Sous les traits d’un tigre, indomptable.

« Les gens étaient sciés. Ils avaient un peu peur pour moi, car on étouffe dans le costume. Mais moi je n’arrêtais pas de bouger, de danser. Les jours de match, je venais à 4h30 du matin pour préparer les panneaux publicitaires et les tables de marque, et j’étais sur place le soir jusqu’à une heure ! J’ai fait ça pendant 150 matchs. Puis un jour, un jeune a voulu reprendre le boulot, et le club de Souffelweyersheim qui était en pro B s’est mis à perdre ! »

En Italie, Félix Mazza a obtenu le titre de champion du monde…pour une heure seulement. Selon les juges, il aurait couru à l’arrivée, ce que lui a toujours contesté. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Félix le porte-bonheur ne s’est pas arrêté là. Quand il a pris sa retraite, il a déménagé exprès à Bischwiller pour entraîner deux marcheurs. Et ces derniers sont eux-mêmes devenus… champions de France. Merci monsieur le coach.

Le secret : une alimentation saine !

Son incroyable énergie et ténacité, Félix les doit peut-être à son parcours de vie, lui qui a passé toute son enfance dans des foyers. Mais aussi – secret de fabrication – à son alimentation bio :

« Je ne mange plus de viande, seulement des œufs. À l’époque quand je me suis mis à manger bio, on ne m’a pas pris au sérieux, mais maintenant, tout le monde s’y met ! Je n’ai jamais fumé ni bu d’alcool ».

Si Félix s’est mis à la marche, c’est avant tout pour pouvoir reprendre le basket. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Quant à arrêter le basket, ce n’est pas pour tout de suite, parole de Félix, qui révèle, un peu indigné :

« Je ne peux plus jouer en club, les entraîneurs me ménageaient trop, alors que j’ai des certificats médicaux qui attestent que j’ai un très bon cardio ! Mais si un jour mon corps me dit d’arrêter, j’arrêterai, car j’écoute mon corps. »

En attendant, le sportif accompli ne manque pas d’imagination pour s’entretenir. Il se prépare pour les prochains championnat du monde de marche, qui auront lieu dans deux ans, et auxquels il ne se rendra que s’ils ne se déroulent pas trop loin de la France.

Qu’à cela ne tienne : le samedi soir ou en semaine, il arrive aussi à Félix de se rendre en discothèque, environ une fois par mois. Au Rétro à Strasbourg, au Manhattan à Haguenau, à Surbourg ou à « l’ancien 777, à Brumath » : Felix l’infatigable y va pour danser et entretenir son cardio. Son genre préféré ? La techno bien sûr :

« Mais j’aime aussi la musique des années 60, 70, 80. En discothèque, je danse le charleston et le boogie-woogie, comme ce sont des danses à trois temps, ça marche très bien sur de la techno. Je suis toujours le premier et le dernier sur la piste, quand je suis parti, on ne me tient plus ! J’y vais seul et je rencontre des gens. Quand je leur dis mon âge, en général ils ne me croient pas. Je suis parfois obligé de sortir ma carte d’identité pour leur prouver que je vais sur mes 74 ans ! »

C’est que Félix le champion, le tigre monté sur ressorts et le sorcier blanc vous le dira : la jeunesse, c’est dans la tête.

L'AUTEUR
Emilie Sizarols

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