Hautepierre : la rénovation des mailles Brigitte et Éléonore se prépare
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Hautepierre : la rénovation des mailles Brigitte et Éléonore se prépare

Le nouveau projet de rénovation de Hautepierre va être soumis à l’Agence nationale de rénovation urbaine le 28 mars. En parallèle, la municipalité rouvre une phase de concertation. Quelles sont les priorités du projet ? Qu’attendent les habitants des mailles Eléonore et Brigitte concernées ? Rue89 Strasbourg fait le point avant la réunion publique de mardi 12 mars.

« Ça ne peut plus durer, on vit dans une poubelle et on paie jusqu’à 600 ou 700 euros de loyer pour ça ! », s’impatiente la locataire d’un logement du bailleur social CUS Habitat, lors d’une réunion organisée par la Confédération nationale du logement (CNL) à Hautepierre. Alors, que les mailles résidentielles Jacqueline, Catherine et Karine ont bénéficié du premier programme de rénovation urbaine entre 2009 et 2013, la maille Eléonore, où elle habite, attend toujours la deuxième tranche de rénovation, comme la maille Brigitte. « Mon balatum n’a jamais été changé depuis mon emménagement en 1979″, renchérit une autre. « Il y a de l’humidité sur les murs, les toilettes sont fissurées… « .

Article connecté

Cet article a directement été suggéré à la rédaction par les participants aux conférences de rédaction publiques du quartier de Hautepierre, dans le cadre de l’opération « Quartiers connectés ».

Quatre ans après la signature du contrat de Ville pour la deuxième tranche de rénovation urbaine à Strasbourg, l’échéance se rapproche. Comme pour tous les quartiers de Strasbourg concernés, la Ville va soumettre le schéma général de rénovation des mailles Brigitte et Éléonore au comité d’engagement de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) le 28 mars. L’objectif de Strasbourg est de mobiliser 157,4 millions d’euros pour le quartier, dont 33,1 millions de subvention de l’Anru.

Concertations publiques

Pour définir son projet, la Ville s’est appuyée sur des concertations publiques entre 2015 et 2018. L’évocation de cette phase surprend les locataires impatients réunis par la CNL. Pourtant, la direction de proximité de Hautepierre assure que celle-ci aurait déjà permis à 450 personnes de s’exprimer. Céline Tattegrain, cheffe de projet renouvellement urbain pour Hautepierre, détaille pour Rue89 Strasbourg :

« Un forum d’une demie journée s’est tenu en 2015 qui a fait un bilan de la première rénovation et amorcé la réflexion sur le nouveau projet. Il avait fortement mobilisé. En 2016, une opération de porte à porte sur les mailles Brigitte et Eléonore a permis de recueillir les impressions et les attentes de 180 ménages. En 2017, deux balades urbaines avec les élus et une du conseil citoyen avec l’architecte chargé de l’étude de projet ont eu lieu dans le quartier. On a aussi tenu trois réunions d’information et des groupes de travail réguliers avec les partenaires associatifs. En 2018, on a fait une vingtaine de sorties pour des rencontres en pieds d’immeubles et dans l’espace public et nous étions présents sur les temps forts du quartier. Enfin, le conseil citoyen de Hautepierre s’est réuni une dizaine de fois sur le sujet et a donné son avis formel. »

Cette étape de consultation des habitants relevait d’une volonté de la municipalité strasbourgeoise . Du 4 février au 5 avril, c’est désormais la phase de concertation réglementaire qui se met en place dans les quartiers concernés. Depuis le 26 février, une exposition est ainsi à la disposition du public, chaque jeudi à la maison de l’enfance de Hautepierre pour prendre connaissance des grandes lignes du projet. Une ultime réunion publique se tiendra au même endroit mardi 12 mars à 18h.

(Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

À ce stade, « les choses restent encore très ouvertes à l’échelle des îlots et des immeubles », assure Mathieu Cahn, adjoint au maire de Strasbourg en charge de ce dossier. « La convention Anru est vivante, il y aura encore beaucoup de concertation », promet-il tout en soulignant qu’ « on n’en n’est plus à pouvoir remettre en cause les grands principes. »

Trois priorités

Ces grands principes, quels sont-ils ? Le projet de rénovation d’Éléonore et Brigitte va viser trois grandes priorités : d’abord continuer à « transformer l’image du quartier » en accentuant son attractivité, centrée sur la proximité du centre commercial Auchan, du Zénith, de l’hôpital et d’équipements sportifs. Le projet soumis à l’Anru propose ainsi une « ouverture » de la maille Eléonore par un cheminement piéton continu de l’hôpital jusqu’au collège Érasme dans la maille Brigitte.

Sur l’emplacement de l’ancien parking d’Eléonore, trois immeubles, déjà en chantier, devraient accueillir des bureaux d’entreprises issues de la pépinière de Hautepierre, ainsi que la direction de territoire. Le projet prévoit aussi la construction d’un hôtel hospitalier, au bord d’Eléonore, au niveau de la sortie d’autoroute et d’une maison de santé en bord de la maille Brigitte.

Deuxième priorité : varier les formes d’habitats pour encourager la mixité sociale. Les immeubles d’Eléonore qui longent l’avenue Racine face à l’entrée de l’hôpital devraient être démolis et laisser place à des constructions neuves, dédiées à l’accession sociale et classique à la propriété et à la location classique. En tout, 304 logements sociaux devraient être détruits, pour casser la continuité des actuelles barres de HLM.

Dernière priorité, et là on en revient à nos locataires impatientes : réhabiliter le bâti, c’est-à-dire les immeubles HLM et leurs abords publics comme privés. Et sur ce point, ça se complique. Mathieu Cahn confie :

« Le niveau de réhabilitation des logements sociaux est en cours de définition avec l’Anru qui va fixer le montant maximum que le bailleur pourra investir pour intervenir à l’intérieur de chaque logement. »

Comprendre : la Ville et l’Anru n’ont pas les mêmes vues sur le sujet…

Pour le reste, le projet prévoit la restructuration du groupe scolaire Eléonore, avec la création d’une cantine scolaire, et la rénovation et le retournement des entrées des gymnases de chaque maille et de nouveaux aménagements sur la plaine des sports, dont l’extension de la piscine de Hautepierre. Enfin, un nouvel échangeur routier doit être construit sur l’A351 à l’entrée de Hautepierre pour fluidifier le trafic près de la maille Éléonore.

Qu’attendent les habitants ?

En dehors de la rénovation de leurs appartements parfois insalubres, qu’attendent les habitants ? Rue89 Strasbourg est allé à leur rencontre, guidé par la porte-parole de la CNL à Hautepierre, Geneviève Manka.

La maille Brigitte compte la plus grande proportion d’habitat privé et est la moins dégradée des deux mailles à rénover, précise-t-elle. Ici comme à Eléonore, des fresques décorent certains murs des HLM. « Vont-elles disparaître avec l’isolation des bâtiments par l’extérieur comme dans les mailles déjà rénovées ? », s’interroge la militante. « Ça effacerait la vie de quartier », prévient-elle. Ailleurs, notamment dans la maille Karine, elle regrette que les immeubles n’aient pas été désamiantés lors de l’isolation : « Ils ont collé du polystyrène isolant thermique par-dessus les plaques d’amiante », rappelle-t-elle.

Dans la maille Eléonore, en attendant la rénovation de leur immeuble, des locataires en ont décoré l’entrée eux-mêmes. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Brigitte dispose d’un vaste et vert intérieur de maille, dont seuls les scooters des adolescents dérangent la tranquillité en cet après-midi de fin d’hiver. « Les bancs vont-ils disparaître comme dans la maille Karine ? Les lieux seront-ils maintenus en espaces verts ou accueilleront-ils de nouveau logements privés pour densifier la maille comme ça a été fait ailleurs ? Que vont devenir les arbres ? », s’inquiète Geneviève Manka.

Aujourd’hui, les immeubles sont traversants par des porches qui passent en dessous. Cela permet aux habitants de circuler rapidement à pied de l’extérieur à l’intérieur de maille. « Condamner ces porches traversants oblige à faire des kilomètres pour faire le tour de la maille », souligne-t-elle, sachant que la Ville n’est pas favorable pour les garder, puisqu’ils servent aussi d’abris aux trafics.

Manque de commerces

À côté de la Maison de l’enfance, au-delà du petit parc boisé, la maison de Hautepierre fait office de centre de vie dans le quartier, avec en son sein le centre socio-culturel du Galet. Elle accueille aussi des locaux pour les associations du quartier depuis 2013.

« Avant, on faisait nos réunions en pieds d’immeubles », se souvient la défenseuse des locataires. Pour autant, elle regrette l’époque où les lieux abritaient un centre commercial :

« Il y avait la Poste, un coiffeur, une boutique de vêtements, un tabac. C’était vraiment le lieu de convivialité de Hautepierre. Mais Auchan l’a fait crever. Et on a raconté que c’était la faute des jeunes qui y faisaient des bêtises… »

Désormais, le manque de commerces de proximité est criant. À l’entrée de son immeuble face au collège Érasme, Paul Kabore exprime son attente de plus de sécurité dans la maille, ouverte sur le parking. Ce père isolé développe :

« Ce serait vraiment important qu’il y ait au moins des cassis et des dos d’âne pour ralentir la circulation et protéger les enfants. J’ai aussi l’impression que quand il neige, il n’y a pas de responsable pour déblayer. C’est très dangereux pour les enfants. »

Stationnement et hausse des loyers

Pour le reste, il espère que la rénovation de Brigitte soit « comme Karine » et insiste sur le besoin d’isolation des immeubles :

« Depuis que je vis ici, je paie bien plus de chauffage que quand j’étais ailleurs. Il n’y a pas d’isolation. »

Bien sûr, il reconnaît aussi un problème de places de parking, mais tient à relativiser :

« C’est un problème général ici, lié à la proximité de l’hôpital et de la mosquée, qui attire beaucoup de monde le vendredi. Mais on assume cet inconvénient. C’est la facture à payer pour l’emplacement. »

L’aide-soignant à temps partiel s’inquiète aussi pour la nouvelle augmentation de loyer à venir après la rénovation :

« Les augmentations de loyer, ça devient vraiment exagéré. Sur 550€, une fois les APL déduites, je payais 200 € l’an dernier. Maintenant je paie 247 €. Je me demande à quoi m’attendre pour la suite. »

De nouvelles augmentations de loyers et moins de places de stationnement, c’est ce que craignent tous les habitants rencontrés lors de cette visite.

Depuis l’installation d’un parking payant pour l’hôpital, le grand parking de la maille Éléonore est saturé par les voitures du personnel et des visiteurs. À cela s’ajoute la disparition d’un parking, en face celui de l’hôpital. La collectivité l’a cédé pour la construction de trois bâtiments dont le chantier est déjà bien avancé. Ils doivent abriter prochainement la direction de territoire et des bureaux privés, dont ceux de boîtes issues de la pépinière d’entreprises de Hautepierre.

Les enfants d’abord

Avec ses 50 entrées d’immeubles et ses quatre écoles, la maille Éléonore est immense. Geneviève Manka espère que les travaux d’isolation des HLM n’interviendront pas en pleine hiver comme ça avait été le cas dans la maille Catherine.

« Ils ont enlevé les écailles d’amiante alors qu’il faisait – 5 C° dehors. Pour compenser l’humidité, les gens ont dû chauffer à mort. C’était absurde. »

Sur des barres aussi étendues, il serait d’autant plus dommage de fermer les passages sous les immeubles, ajoute-t-elle en progressant par l’intérieur de maille à travers les aires pour enfants peu dotées en jeux.

Mohammed Ali mentionne sans s’attarder le manque de propreté des parties communes et le problème des cafards dans les appartements. Mais pour le père de famille, le plus fondamental est de bien réaménager l’intérieur de la maille, « très important pour les enfants ». Une préoccupation partagée par Yonis Roberto, installé dans sa chaise de camping au pied d’un immeuble près de l’école. Le jeune homme insiste :

« Il faut absolument maintenir et refaire les aires pour les enfants. »

Le jardin de nos rêves, paré pour le printemps. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Plus loin, Satsita Akhaeva, renchérit :

« Il leur faut plus de jeux, plus de places de balançoires, et de la place pour faire du vélo aussi. »

Le jardin de nos rêves

En son cœur, la maille Eléonore recèle une pépite, « le jardin de nos rêves », un jardin partagé de 18 parcelles où Béatrice, jardinière très investie, accueille les habitants de tous âges, depuis 2006. L’endroit est un lieu de rencontre précieux pour les habitants. Béatrice assure :

« On m’a promis qu’on ne toucherait pas au jardin. Un grillage plus haut autour va être installé, c’est tout. »

La retraitée a elle aussi une idée pour les enfants du quartier :

« Comme il fait de plus en plus chaud en été, on pourrait installer une dalle à jets d’eau, comme à Illkirch. Ça ferait du bien aux gamins. Et ce serait bien mieux que de les voir casser les bouches d’incendies qui inondent tout. »

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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