Îlots de chaleur : les Deux-Rives en surchauffe
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Îlots de chaleur : les Deux-Rives en surchauffe

L’Agence d’urbanisme strasbourgeoise a approfondi son étude sur les îlots de chaleur et de fraîcheur. La zone la plus chaude de la ville se trouve du côté du plus grand quartier en construction, les Deux-Rives.

En 2015, l’enquête de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (Adeus) avait permis de projeter à Strasbourg le phénomène des îlots de chaleur. Les écarts de températures entre ville et campagne étaient déjà connus à l’échelle d’un pays ou d’un département, mais les mesures très fines permettaient de visualiser les écarts entre les places, les parcs et les rues.

Publiée par Rue89 Strasbourg, reprise de nombreuses fois par la suite, l’étude qui portait sur une journée normale de juillet 2013 (22 degrés) nécessitait néanmoins d’être précisée.

Un étude de nuit

Pour l’étude de 2019, les experts se sont intéressés au phénomène de nuit. Quand le soleil se couche, les coins les plus chauds gardent la chaleur, là où d’autres retrouvent une température plus supportable.

L’agence a croisé la température relevée au sol par satellite et celle mesurée dans l’air par une trentaine de capteurs de l’Université de Strasbourg. L’écart moyen n’est que de 1,5 degré, des variations beaucoup moins fortes qu’en journée où les surfaces ensoleillées donnent des écarts de températures plus importants.

Ainsi, à la friche Fischer ou au skatepark de Cronenbourg, des températures de plus de 36 et 38°C étaient relevées là où d’autres coins de l’agglomération se maintenaient à 22 ou 24 degrés au même moment.

En raison de la situation géographique et topographique de Strasbourg, les îlots de chaleur peuvent provoquer des écarts jusqu’à 7 degrés, là où à Marseille, pourtant moins réputée pour ses espaces verts, il ne se limitent qu’à 3 ou 4°, notamment grâce au mistral et à la Méditerranée.

Cette fois-ci, l’Adeus a mesuré les températures le 29 juin à 23h30, pendant le premier épisode caniculaire de 2019. Ses résultats sont un peu moins détaillés mais permettent une vision plus large.

Ainsi Haguenau apparaît comme un îlot de chaleur, ou encore la communauté de communes de Barr, pourtant plus rurale, ainsi que plusieurs zones industrielles le long du Rhin. Ce soir-là, 43% de la population du Bas-Rhin a passé la nuit à plus de 23 degrés, soit 100% des Strasbourgeois et plus de 80% à des habitants des 33 communes de l’Eurométropole.

Mesure du 29 juin 2019 dans le Bas-Rhin, un soir de canicule, par l’Adeus à 23h30 (carte remise)

Les Deux-Rives chauffent le plus

L’urbanisme en question

L’étude a aussi comparé les formes de villes. À occupation du sol égale, des bâtiments plus hauts favorisent aussi les îlots de chaleur. On parle « d’effet ping-pong » entre les immeubles qui se renvoient la chaleur. Cette conclusion semble plaider pour de la « dé-densification » de la ville. Mais créer des zones pavillonnaires favorise l’étalement urbain et donc… des îlots de chaleur (certes, moins intenses que les quartiers plus en hauteur, mais plus répartis), sans parler des transports plus longs et polluants, souvent en voiture.

À Strasbourg, ce spectre plus large permet de faire apparaître le quartier des Deux-Rives sur la carte. C’est là que la chaleur a été la plus intense, au-delà des 24°C. Ce sont les industries du port autonome nord et celles à Kehl, de l’autre-côté du Rhin qui emmagasinent le plus de chaleur. Cela a un impact sur les habitations voisines du quartier historique Port-du-Rhin, mais aussi celles du futur quartier Coop et toutes cette zone qui se développe notamment via de futures tours le long du Rhin.

Cette zone chaude est plus ou moins reliée par la route du Rhin et le nord de Neudorf qui créent « un corridor de chaleur » jusqu’au centre-ville selon Lucas Mertz, chargé d’études à l’Adeus. La Grande-Île historique, peu réputée pour ses espaces verts, est le deuxième endroit le plus chaud, ce qui n’a pas surpris les spécialistes. A contrario, la chaleur circule moins par le côté nord, vers l’Orangerie et la Robertsau, moins denses et plus proche d’une grande forêt.

À la Plaine des Bouchers à la Meinau, une autre zone industrielle où il existe peu d’espaces-verts ressemble à celle du Port, mais chauffe bien moins à cette heure-là. Une des explications avancée par les participants lors d’une réunion de présentation jeudi 17 octobre serait que les activités portuaires fonctionnent la nuit, ce qui est moins le cas à la Meinau.

Mesure du 29 juin 2019, un soir de canicule, par l’Adeus à 23h30 (carte remise)

Les îlots de chaleur, peu adressés par le Plan Climat

La version du Plan Climat de l’Eurométropole soumis à l’autorité environnementale en juin ne prévoit que… une cartographie des îlots de chaleur pour 2023, puis d’arriver à ce que 80% de la population habite « à proximité » d’un îlot de fraîcheur en 2030. Une mesure pas assez ambitieuse selon l’institution. L’Eurométropole peut amender son projet avant de voter sa version finale en décembre.

Au-delà même des risques industriels et technologiques, la question de la cohabitation des entreprises et des habitations aux Deux-Rives a plusieurs fois fait l’objet d’interrogations depuis le début des années 2000. Le projet d’urbanisation de la ville sur le Rhin, à l’époque sous le nom de Viaropa, a été initié sous Fabienne Keller (2001-2008), puis prolongé et densifié sous Roland Ries à partir de 2008.

Le sujet fera d’ailleurs l’objet d’une interpellation du conseiller municipal d’opposition Thierry Roos lors du conseil municipal de lundi 21 octobre. Son texte insiste davantage sur les risques dans les zones Seveso, au regard de l’explosion de l’usine Lubriziol à Rouen. À l’heure de « l’en-même temps » qui prévaut en politique, y compris localement, la question de cette cohabitation mériterait d’être tranchée sérieusement par les futures listes aux élections municipales. Elle pose en filigrane la question de la perte d’emplois industriels.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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